LA BAISSE DU NIVEAU SCOLAIRE AU GABON EST-ELLE UNE MENACE POUR L’ÉCONOMIE NATIONALE ?
Il y a quelques semaines, le patron de Thales, Patrice Caine, a tiré la sonnette d’alarme, estimant qu’il y avait « urgence à agir » pour relever le niveau des jeunes Français en mathématiques. Il rappelait que la France se situe à peine dans la moyenne de l’OCDE, avec une tendance préoccupante à la baisse. Dans le même registre, le directeur général de Safran, Olivier Andriès, s’est dit inquiet d’un déclin progressif, pointant du doigt la réforme du bac de 2019 ayant rendu les mathématiques optionnelles pendant un temps. Pour lui, cette parenthèse constitue « une bombe à retardement » pour l’économie française.
Un malaise éducatif plus silencieux mais profond
Au Gabon, le débat sur le niveau scolaire est souvent moins bruyant, mais tout aussi préoccupant. Depuis plusieurs années, enseignants, parents et employeurs constatent une dégradation progressive des performances des élèves, particulièrement en mathématiques, physique et chimie. Les résultats aux examens nationaux oscillent, mais sans véritable amélioration structurelle. Dans les universités, les filières scientifiques peinent à attirer et surtout à retenir les étudiants. Cette situation s’inscrit dans un contexte de fragilités du système éducatif. Manque d’enseignants qualifiés, insuffisance des équipements de laboratoire, et désintérêt croissant des élèves pour les sciences dites « dures ».
Un niveau scolaire en recul : un signal d’alarme économique
La question du niveau scolaire n’est pas une simple affaire d’école. Elle est profondément économique. Un pays comme le Gabon, engagé dans une diversification de son économie au-delà du pétrole, ne peut ignorer la qualité de sa formation scientifique. Lorsque les bases en mathématiques s’effritent, c’est toute la chaîne de compétences qui se fragilise. Iingénieurs, techniciens, informaticiens, chercheurs.
Or, l’économie moderne repose sur la précision du calcul, la rigueur scientifique et la capacité d’innovation. Une économie qui manque de profils solides en sciences fondamentales devient dépendante de l’extérieur, incapable de maîtriser ses propres projets industriels. Le recul du niveau scolaire agit donc comme un ralentisseur silencieux du développement.
Mathématiques, physique-chimie : le socle invisible de l’économie moderne
Les mathématiques, la physique et la chimie ne sont pas de simples disciplines académiques. Elles constituent le langage de la modernité. Construire une route, gérer un réseau électrique, exploiter un gisement pétrolier ou développer une application numérique repose sur ces compétences fondamentales.
Dans un pays comme le Gabon, riche en ressources naturelles mais encore en quête d’industrialisation avancée, la maîtrise de ces disciplines est stratégique. Sans ingénieurs bien formés, les projets d’infrastructures coûtent plus cher, prennent du retard ou dépendent excessivement d’expertises étrangères. Le déficit en sciences fondamentales devient alors un facteur de perte de souveraineté technique et économique.
Les causes profondes d’un déclin préoccupant
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse du niveau scolaire. D’abord, les conditions d’enseignement restent très difficiles dans de nombreux établissements. Classes surchargées, manque de matériel pédagogique, laboratoires insuffisants. Ensuite, la formation continue des enseignants ne suit pas toujours les évolutions scientifiques et pédagogiques.
Il faut aussi évoquer un facteur plus sociologique. La perception des sciences comme disciplines difficiles, réservées à une élite. Beaucoup d’élèves se détournent des filières scientifiques dès le secondaire, faute d’accompagnement suffisant ou de motivation. Enfin, les inégalités territoriales entre zones urbaines et rurales accentuent encore ces écarts de niveau.
Une économie sous tension
Les conséquences de cette situation sont déjà perceptibles. Le marché du travail gabonais peine à trouver des profils techniques qualifiés localement. Les entreprises doivent souvent recruter à l’étranger, notamment pour les postes d’ingénierie et de haute technicité. Cela engendre des coûts supplémentaires et limite le transfert de compétences.
Dans le secteur public également, la faiblesse des compétences scientifiques ralentit la mise en œuvre de politiques industrielles ambitieuses. À long terme, c’est la capacité du pays à innover, à transformer ses ressources et à créer de la valeur ajoutée qui est en jeu. Un système éducatif fragilisé produit une économie fragile.
Quelles réponses possibles pour inverser la tendance ?
Face à ce constat, plusieurs pistes s’imposent. D’abord, investir massivement dans la formation des enseignants en sciences, afin de renforcer leur maîtrise des contenus et des méthodes pédagogiques modernes. Ensuite, équiper réellement les établissements en laboratoires fonctionnels pour rendre les sciences plus concrètes et attractives.
Il est également nécessaire de revaloriser les filières scientifiques auprès des jeunes, en montrant leurs débouchés concrets dans l’économie nationale. Des partenariats entre écoles, universités et entreprises pourraient jouer un rôle décisif. Une politique éducative de long terme, stable et cohérente, est indispensable pour éviter les réformes dispersées et inefficaces.
Un enjeu de souveraineté nationale
La baisse du niveau scolaire en mathématiques, physique et chimie ne doit pas être perçue comme un simple problème académique. Elle est un enjeu de souveraineté économique et de développement national. Le Gabon, à l’instar d’autres pays, se trouve à un moment très important de son histoire. Soit il investit dans le savoir scientifique, soit il accepte une dépendance accrue aux compétences extérieures.
Dans un monde dominé par la technologie et l’innovation, l’avenir d’une nation se mesure aussi à la qualité de ses équations et à la rigueur de ses laboratoires. Le défi est immense, mais il n’est pas impossible.
Le taux chute à environ 80% pour le général et 82,15% pour le technique
Au Gabon, les données récentes confirment une tendance contrastée du système éducatif. En 2023, le taux global de réussite au baccalauréat s’établit à 81,65%, contre 76,06% en 2022, soit une progression de +5,59 points. Mais cette amélioration cache des fragilités, notamment en sciences. En 2024, le taux chute à environ 80% pour le général et 82,15% pour le technique, contre 82,1% et 84,44% en 2023, soit une baisse respective de -2,1 et -2,3 points. Au premier tour 2024, seulement 34,87% à 36,07% des candidats réussissent, illustrant la difficulté persistante en mathématiques et sciences