AFFAIRE NOUREDDIN BONGO VALENTIN : ENTRE DÉCLARATIONS ET DOCUMENTS, LES ZONES D’OMBRE
« Je n’ai jamais détourné d’argent », affirme-t-il, rejetant toute implication dans les circuits financiers du régime de son père, Ali Bongo Ondimba. Mais plusieurs documents officiels, dont certains datent de plusieurs années avant le coup d’État du 30 août 2023, soulèvent des questions sur la cohérence de ces déclarations.
Des éléments financiers intrigants à Londres
Un premier document, émis le 2 juillet 2017 par la Habib Bank Limited (Dubaï), atteste que M. Noureddin Bongo Valentin disposait d’un compte bancaire “opéré de manière satisfaisante” et de fonds suffisants pour acquérir un bien immobilier à Londres, au 66 Victoria Street, pour un montant de 3 millions de livres sterling soit environ 2,2 milliards de FCFA au taux actuel.
La banque précise qu’elle le connaît personnellement et le considère “en bonne situation financière”. Cette attestation, typique des transactions immobilières de prestige, contredit l’image d’un homme sans ressources ni gestion financière active telle qu’il la présente dans l’interview.
Une autre société liée à une propriété londonienne
Un second document, daté du 18 avril 2018, provient du HM Land Registry, le registre foncier du Royaume-Uni.
Il établit que la propriété située au 40 Charles Street, Londres (W1J 5EF), d’une valeur déclarée de 25 millions de livres sterling, appartient à la société Crystal Springs Management Limited, enregistrée aux Îles Vierges britanniques (BVI).
Le registre mentionne qu’aucun prêt n’est associé à ce bien ce qui indique un achat direct sans financement bancaire.
Or, un second document joint à ce titre foncier, émis le 11 janvier 2016 par les autorités des BVI, identifie Madame Sylvie Aimée Marie Valentin, la mère de Noureddin Bongo Valentin, comme l’unique détentrice des actions de la société Crystal Springs Management Ltd. En d’autres termes, le bien londonien est détenu par une société offshore contrôlée par sa mère.
Des incohérences entre parole et faits documentés
Ces documents, pris ensemble, ne prouvent pas à eux seuls un délit. Mais ils mettent en lumière une contradiction notable entre :
les propos tenus par Noureddin Bongo Valentin, qui affirme n’avoir « jamais eu accès à des fonds publics ni participé à la gestion financière du régime » ; et la réalité d’un patrimoine international constitué avant son arrestation, incluant au moins un achat immobilier de plusieurs millions de livres et des sociétés enregistrées dans des juridictions offshore.
Ces éléments alimentent les interrogations sur l’origine exacte des fonds utilisés pour ces acquisitions, surtout dans un contexte où plusieurs enquêtes judiciaires évoquent des transferts internationaux liés à la famille présidentielle.