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LE DÉCLIN DES CENTRALES SYNDICALES HISTORIQUES

LE DÉCLIN DES CENTRALES SYNDICALES HISTORIQUES
Crise sociale au Gabon : syndicats historiques contestés, montée des mouvements autonomes, critiques de Zué Ondo et Malanda sur la gouvernance, la corruption et l’avenir du dialogue social.

Le front social gabonais est en ébullition. C’est le moins que l’on puisse dire. Depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, la rue sociale semble ne plus parler d’une seule voix. Grèves à répétition, mouvements sectoriels autonomes, slogans radicaux et prises de position musclées se multiplient. Une situation qui pousse de nombreux Gabonais à se poser une question fondamentale : assiste-t-on réellement au déclin des centrales syndicales historiques ?


C’est autour de cette interrogation centrale que s’est articulée une récente édition de l’émission « Restez Avec L’Actu », diffusée sur TV+ Afrique. Sur le plateau, juristes, acteurs politiques et anciens syndicalistes ont tenté d’apporter des éléments de réponse, parfois sans détour, parfois avec émotion, mais souvent avec une lucidité brutale.


Une rue sociale en pleine mutation


Selon l’élément de reportage diffusé en ouverture de l’émission, le pays traverse une « mue silencieuse mais déterminée ». De l’éducation nationale à l’enseignement supérieur, en passant par la santé, le secteur pétrolier ou encore les rangs des chômeurs, la contestation ne s’exprime plus comme avant.


Ce qui frappe immédiatement, c’est cette désolidarisation assumée vis-à-vis des centrales syndicales traditionnelles, longtemps considérées comme les seules boussoles de la lutte sociale. Désormais, ces structures historiques ne sont plus au centre du jeu.


À leur place émergent des mouvements sectoriels autonomes, souvent portés par des jeunes, structurés autour des réseaux sociaux, avec un discours beaucoup plus frontal. Ici, on ne négocie plus dans des bureaux feutrés. On pose des ultimatums. On assume la rupture.


Le slogan « No money, no school » dans le secteur de l’éducation illustre parfaitement cette impatience nouvelle. Une impatience qui traduit le ras-le-bol d’une génération qui ne croit plus aux compromis à répétition.


Les centrales syndicales face à leurs limites


Cette recomposition du paysage social interroge directement l’avenir des centrales syndicales classiques. Accusées d’essoufflement, de proximité excessive avec le pouvoir ou de résultats jugés insuffisants, elles peinent aujourd’hui à incarner l’espoir d’un changement réel.


Leur méthode traditionnelle — dialogue prolongé, négociations progressives, concessions mutuelles — semble en décalage avec une base sociale confrontée à l’urgence du quotidien. Pourtant, cette nouvelle dynamique n’est pas sans risques. L’éparpillement des luttes et l’absence de coordination nationale solide peuvent affaiblir l’impact global des revendications.


C’est dans ce contexte tendu que Harold Steeve Zué Ondo, juriste et acteur politique, a été interpellé sur le plateau.


Harold Steeve Zué Ondo : « Nous sommes en 2026, dans une nouvelle ère »


Pour Harold Steeve Zué Ondo, le débat ne doit pas être éludé. Selon lui, le constat est clair :


« Nous sommes en 2026 aujourd’hui et nous sommes dans une nouvelle ère. »


D’entrée de jeu, le juriste estime que les centrales syndicales traditionnelles ont fait leur temps.


 « Il faut comprendre que les différentes centrales syndicales qui ont existé dans les différents secteurs ont quand même fait leur temps et ont montré leurs limites. »


Il explique cette situation par l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes politiques et de dirigeants, qui ont observé les échecs du passé.


 « Nous sommes en face d’une nouvelle classe d’hommes politiques, d’une nouvelle génération qui a vu les limites de ce qui a été produit depuis le passé. »


Mais au-delà du renouvellement générationnel, Harold Steeve Zué Ondo pointe surtout l’incapacité des syndicats classiques à résoudre durablement les problèmes sociaux.


 « Le problème de l’éducation est sur la table aujourd’hui, mais dans la santé, les mêmes problèmes subsistent. »


Pour lui, cela signifie une chose :


 « Les différents acteurs qui ont représenté ces départements ont atteint leurs limites. »


Une crise de confiance envers les leaders syndicaux


Pourquoi cette défiance grandissante envers les leaders syndicaux ? À cette question, Harold Steeve Zué Ondo répond sans détour.


« Les gens ont réalisé que derrière tout ça, beaucoup de leaders syndicaux se sont illustrés dans des comportements très peu recommandables. »


Sans parler directement d’idéologie figée, il évoque plutôt une perte de crédibilité morale. Une parole syndicale qui ne convainc plus, parce qu’elle ne semble plus alignée avec les attentes de la base.


C’est alors que la parole est donnée à Ghislain Malanda, président du Mouvement Sauvons La République et ancien syndicaliste au ministère des Transports.


Ghislain Malanda : le témoignage d’un ancien de la lutte


Dès ses premières phrases, Ghislain Malanda impose un ton grave.


 « J’ai été syndicaliste pendant 15 ans. L’environnement syndical est extrêmement délicat et ingrat. »


Il raconte une anecdote personnelle, presque douloureuse, illustrant la solitude du syndicaliste face à l’administration.


 « On m’a demandé de regarder la cour du ministère des Transports. Il n’y avait personne. C’était une manière de me dire : vous êtes seul. »


Pour lui, le mal est profond.


 « Il y a eu trop d’ego. Beaucoup trop d’ego. »


Selon Malanda, les centrales syndicales sont aujourd’hui toxiques pour le dialogue social.


« La dette de préemption de ces centrales est largement dépassée. Elles deviennent extrêmement toxiques. »


Régénérer ou disparaître


Pour Ghislain Malanda, une seule solution s’impose : la régénération.


 « Il faut régénérer. Il faut organiser les élections professionnelles pour faire émerger une nouvelle classe. »


Mais le problème, selon lui, c’est que certains leaders refusent de lâcher prise.


 « Il y en a qui s’accrochent. »


Il décrit aussi une situation qu’il juge dangereuse, notamment dans l’éducation nationale.


 « Pendant que les enfants sont à la maison, il y a des leaders qui font des vidéos pour se disputer l’argent du taxi. C’est scandaleux. »


Des pratiques qui alimentent la colère populaire et renforcent la perte de confiance.


La responsabilité du gouvernement pointée du doigt


Malgré ses critiques envers les syndicats, Ghislain Malanda rappelle que le dernier mot revient toujours aux autorités.


« Celui qui a le dernier mot, c’est le gouvernement. »


Il insiste sur le rôle de l’État dans l’organisation des élections professionnelles et dans l’assainissement du climat social.


« Si les autorités tirent la couverture d’un côté, on arrive à des situations de blocage. »


Pour lui, certaines crises, notamment dans l’éducation nationale, sont entretenues par l’administration elle-même.


Une crise morale très importante 


Le débat s’élargit ensuite à une réflexion plus profonde sur la société gabonaise dans son ensemble.


 « Le problème n’est pas seulement le renouvellement des élites syndicales. Le problème, c’est la moralité de notre société. »


Une phrase lourde de sens, qui résonne fortement sur le plateau.


 « On est prêt à la corruption. On ne se bat plus pour l’intérêt général. »


Selon cette analyse, syndicats et gouvernants seraient pris dans une même spirale, celle des intérêts personnels et des compromis douteux.


 Quel avenir pour le syndicalisme gabonais ?


Au terme de cette émission, une chose apparaît clairement : le paysage syndical gabonais tel qu’on l’a connu appartient déjà au passé. Soit les centrales syndicales traditionnelles se réinventent profondément, en reconnectant avec les réalités du terrain et en restaurant leur crédibilité morale, soit une nouvelle architecture de contestation sociale s’imposera durablement.


Comme l’a rappelé un des intervenants :


 « Pour un gouvernant qui a une vision, les syndicats devraient être une valeur ajoutée, pas un problème. »


Mais encore faut-il que cette vision existe, et que la confiance puisse être reconstruite.


Le front social gabonais est donc à un tournant historique. Un tournant incertain, mais décisif. Et comme souvent dans l’histoire sociale du pays, l’issue dépendra autant de la capacité des acteurs à se remettre en question que de la volonté réelle des autorités à changer les pratiques.


 


 


 


 

Par Pamphil

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