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LA RÉPONSE DES GABONAIS APRÈS LA SORTIE MÉDIATIQUE DE SYLVIA BONGO

LA RÉPONSE DES GABONAIS APRÈS LA SORTIE MÉDIATIQUE DE SYLVIA BONGO
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La récente interview de l’ancienne première dame du Gabon, Sylvia Bongo-Ondimba, accordée à France 24, continue de provoquer des réactions vives à travers le pays. Plusieurs mois après la chute du régime d’Ali Bongo, ses déclarations relancent un débat sensible sur la situation de sa famille et les accusations qu’elle porte contre les autorités actuelles dans la capitale, Libreville. Cette sortie médiatique marque un retour très remarqué de l’ex-première dame dans l’espace public, après un silence prolongé qui avait laissé le pays spéculer sur ses intentions et sur la situation de son fils, Nouraudine Bongo-Valentin, actuellement poursuivi par la justice gabonaise.


Indignation et incompréhension 


Dans les rues de Libreville, sur les marchés et dans les lieux publics, la parole de Sylvia Bongo-Ondimba n’a pas laissé indifférent. Certains citoyens expriment leur indignation et leur incompréhension face à ses propos. « Elle traite les Gabonais de racistes. Pourquoi depuis le début elle n'a pas dit que nous sommes des racistes ? » s’interroge un habitant. « Pourquoi au début elle ne parlait pas comme elle parlait là ? Ou bien c'est parce que son mari n'est plus aux fonctions qu'elle veut maintenant traiter les Gabonais comme ça ? » ajoute un autre, exprimant un sentiment de trahison ressenti par une partie de la population.


D’autres, plus critiques encore, mettent en avant la durée du pouvoir exercé par son mari. « Elle est très méchante. Parce que depuis le début, elle a fait combien d'années au pouvoir avec son mari ? On l'a bien accueillie. On a beaucoup d'étrangers au Gabon. Et ils ne se plaignent pas que les Gabonais sont racistes » Ces réactions illustrent la fracture de perception qui persiste entre l’ancienne première dame et certains segments de la population, révélant une sensibilité particulière aux accusations de racisme et aux questions de mémoire collective.


Influencer l’opinion publique internationale


Selon certains observateurs de la vie politique gabonaise, cette intervention médiatique ne se limite pas à une simple expression de ressentiment personnel. Elle pourrait s’inscrire dans une stratégie de communication visant à influencer l’opinion publique internationale sur la situation de la famille Bongo. « Le choix de s'exprimer sur cette question-là, sur ce média français, vise en réalité non pas à s'adresser à l’opinion publique gabonaise, pour laquelle l’image est particulièrement délétère, mais plutôt à l’opinion publique française », explique un analyste politique. Cette dimension internationale s’explique notamment par la double nationalité de Sylvia Bongo-Ondimba et de son fils, qui sont également citoyens français.


L’objectif semble de mobiliser l’attention de l’opinion publique française afin de créer une pression indirecte sur les autorités gabonaises. « Il s'agit, je pense, dans cette stratégie-là, de mobiliser ou d'essayer d'attirer l'attention de l'opinion publique française pour que, en retour, celle-ci puisse se mobiliser pour les soutenir dans le cadre de la saisine des autorités judiciaires. Et donc mettre cette pression-là vers les autorités politiques, à travers l'Élysée, le Quai d'Orsay et le ministère de la Justice, pour qu’évidemment ils puissent obtenir réparation pour le préjudice qu'ils estiment avoir subi, notamment au lendemain du coup de libération », précise le même analyste.


Cette prise de parole n’a pas tardé à provoquer une réaction officielle du gouvernement gabonais. Le ministre de la Communication et des Médias a dénoncé ce qu’il qualifie de « campagne de désinformation », rejetant fermement les accusations de torture évoquées par l’ancienne première dame. Le gouvernement critique également le traitement de l’information par France 24, qui, selon lui, n’a pas donné la possibilité aux autorités gabonaises de répondre avant la diffusion du reportage. « On peut aussi regretter la manière dont l'information a été traitée au niveau de France 24, puisqu'elle ne donne pas la possibilité au gouvernement gabonais de pouvoir répondre à ces accusations avant la diffusion de ce reportage-là. »


France 24 suspendue dans plusieurs pays africains


La chaîne française est régulièrement accusée de partialité dans sa couverture de l’Afrique. Le ministre rappelle que France 24 a été suspendue dans plusieurs pays africains, dont le Burkina Faso, le Niger et le Mali, et qu’elle a déjà fait l’objet de restrictions au Gabon. Pour les autorités gabonaises, la diffusion de ce type de contenu nuit à l’image du pays et pourrait justifier des mesures de régulation plus strictes. « Les autorités gabonaises estiment que ces accusations portent atteinte à l'image du pays. Elles évoquent même la possibilité de mesures fermes à l'encontre de certains médias, pouvant aller jusqu'à une restriction de diffusion sur l'ensemble du territoire national », a averti le ministre.


La sortie de Sylvia Bongo-Ondimba arrive au moment où le Gabon tente de consolider sa stabilité politique et de renforcer sa crédibilité sur la scène internationale. Pour le gouvernement, protéger la réputation nationale est devenu un impératif stratégique.  « Alors que le Gabon cherche à consolider sa stabilité politique et à renforcer sa crédibilité sur la scène internationale, le gouvernement affirme vouloir protéger la réputation du pays face à toute information jugée préjudiciable»


Il est question pour les adversaires du Gabon actuel d’injecter des fausses informations autour de la mémoire collective et de l’héritage politique du Gabon. Pour certains, la démarche de l’ancienne première dame s’apparente à une tentative de réécrire l’histoire de son rôle et de celui de sa famille. « Moi je dis que mon père, papa Oligui, a fait un bon travail. » Cette phrase, prononcée par un citoyen, reflète l’opinion de ceux qui estiment que la critique de la famille Bongo devrait être nuancée et replacée dans le contexte de décennies de gouvernance.


Exploiter l’opinion publique extérieure


Pour les experts en communication politique, l’interview à France 24 est un exemple classique de gestion d’image à l’international, mais risquée sur le plan local. « Elle a choisi un canal médiatique international pour traiter de questions très sensibles sur le plan national. Cela montre qu’elle est consciente de la perception négative qu’elle pourrait avoir au Gabon, mais qu’elle cherche à exploiter l’opinion publique extérieure à son avantage », résume un analyste.


La sortie médiatique de Sylvia Bongo-Ondimba a ravivé un débat complexe au Gabon, mêlant politique, justice, mémoire collective et réputation internationale.  


 


 

Par Pamphil

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