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FRAPPES RUSSES DÉNONCÉES

FRAPPES RUSSES DÉNONCÉES
Frappes russes au Mali : huit civils tués, Human Rights Watch dénonce.

Des frappes aériennes du Corps africain russe font huit victimes civiles, selon Human Rights Watch. Une nouvelle accusation vient assombrir le conflit qui ravage le centre du Mali. Selon un rapport publié par Human Rights Watch, des frappes aériennes menées le 15 juin 2026 par le Corps africain, une force placée sous le contrôle du gouvernement russe, ont tué huit civils, dont trois enfants, dans le village de Kyrnia, situé dans la région de Mopti. L'organisation de défense des droits humains estime que cette attaque, menée dans une localité contrôlée par un groupe armé islamiste, présente les caractéristiques d'une frappe apparemment aveugle et potentiellement illégale au regard du droit international humanitaire.


Cette affaire constitue un véritable pavé dans la mare dans un contexte où la coopération militaire entre Bamako et Moscou est de plus en plus scrutée par la communauté internationale.


Deux frappes meurtrières en quelques instants


Selon Human Rights Watch, un avion identifié par deux sources militaires maliennes comme un Sukhoi Su-24 a survolé Kyrnia dans la matinée du 15 juin avant de larguer au moins deux munitions.


La première explosion a frappé les abords de la résidence du chef du village. L'attaque a coûté la vie à son épouse, à deux de ses enfants ainsi qu'à un autre enfant. Une femme a également été blessée.


Quelques secondes plus tard, une seconde munition s'est abattue sur un petit marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres de la maison. Quatre hommes y ont trouvé la mort tandis que deux autres personnes ont été blessées.


Selon les conclusions de Human Rights Watch, aucun combattant du groupe armé islamiste présent dans la localité ne figure parmi les victimes recensées.


« Des avions du Corps africain, sous contrôle du gouvernement russe, ont tué des civils dans un village malien, au mépris apparent du droit de la guerre »


a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse principale sur le Sahel à Human Rights Watch.


« En donnant carte blanche aux autorités russes, le gouvernement malien doit être conscient qu’il est lui aussi responsable des atrocités commises par les forces alliées. »


Une enquête fondée sur des témoignages et des images satellites


Pour établir ses conclusions, Human Rights Watch indique avoir mené, entre le 24 juin et le 14 juillet, une enquête approfondie reposant sur des entretiens réalisés à distance avec 19 personnes, parmi lesquelles six témoins directs, des responsables communautaires, des représentants de la société civile, des sources militaires maliennes ainsi que des journalistes locaux.


L'organisation affirme également avoir analysé des images satellites des zones frappées, une vidéo diffusée par le Corps africain lui-même ainsi que plusieurs photographies publiées sur les réseaux sociaux par un groupe armé islamiste.


Le 22 juillet, Human Rights Watch a adressé un courrier au ministre russe de la Défense afin de présenter ses conclusions et de solliciter des explications. Aucune réponse n'avait été reçue au moment de la publication du rapport.


Le Corps africain revendique une opération contre des « terroristes »


Quelques jours après les bombardements, le 23 juin, Africa Corps a annoncé sur ses comptes Facebook et X avoir mené avec succès, le 15 juin, une frappe aérienne contre un


« lieu de rassemblement de groupes terroristes »


dans la région de Mopti.


Selon cette communication, plusieurs


« commandants sur le terrain »


auraient été tués lors de cette opération. Une vidéo des frappes et de leurs conséquences a également été diffusée.


Après géolocalisation des images, Human Rights Watch affirme que les deux impacts visibles correspondent précisément au village de Kyrnia.


Un village sous contrôle du JNIM depuis six ans


Kyrnia est contrôlé depuis six ans par le Groupe pour le soutien de l'islam et des musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.


D'après plusieurs témoins interrogés par Human Rights Watch, près de 100 combattants du mouvement, parmi lesquels un commandant de haut rang, étaient présents dans le village au moment de l'attaque. Ils étaient principalement regroupés autour de la mosquée et d'un magasin situé à proximité du marché aux bestiaux.


Ni la mosquée ni le magasin n'ont toutefois été touchés par les frappes. En revanche, l'une des munitions est tombée directement sur le marché.


Le rapport précise que le JNIM utilise occasionnellement ce secteur pour entreposer des armes, des munitions, du carburant ainsi que diverses fournitures. Le magasin appartient au chef du village, présenté comme un riche commerçant. Un pick-up similaire aux véhicules habituellement employés par le groupe armé était stationné devant son domicile.


Ces éléments placent désormais les opérations aériennes russes dans le collimateur de nombreuses organisations qui réclament davantage de transparence sur le respect des règles de la guerre.


Le renforcement de la coopération militaire avec Moscou


Depuis le début de l'insurrection djihadiste en 2012, les autorités maliennes successives tentent de reprendre le contrôle de vastes portions du territoire.


Après les coups d'État de 2020 et 2021, le général Assimi Goïta a profondément réorienté les alliances militaires du pays en mettant fin à la coopération avec les forces françaises et les missions des Nations unies, tout en renforçant les liens avec la Russie.


À partir de 2021, les autorités maliennes se sont appuyées sur le groupe Wagner. Après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine, en 2023, cette organisation a été réorganisée sous l'appellation Africa Corps et placée sous le contrôle direct de Moscou.


En juin dernier, le ministère russe des Affaires étrangères a reconnu que des militaires russes participaient aux opérations conduites avec les forces armées maliennes afin de reprendre le contrôle du territoire après les attaques coordonnées du JNIM du 25 avril.


Le ministère russe de la Défense a également confirmé l'utilisation d'avions Sukhoi Su-24 contre les groupes armés.


Selon plusieurs médias spécialisés et des analyses d'images satellites, ces appareils sont déployés au Mali depuis au moins avril 2025. Aucun document public ne fait cependant état d'un transfert officiel de ces avions aux forces maliennes. Capables d'emporter des munitions guidées de gros calibre, ces appareils disposent d'une puissance de frappe correspondant aux dégâts observés à Kyrnia.


Cette évolution militaire continue de faire tâche d’huile dans un conflit déjà marqué par une série noire d'accusations portant sur les atteintes aux populations civiles.


Les témoignages des survivants


Les récits recueillis par Human Rights Watch décrivent des scènes de panique et de destruction.


« C'était un avion de chasse, très rapide… il volait bas… d'ouest en est »


a déclaré un commerçant de 35 ans.


« Je l'ai vu larguer une bombe… comme une boule de feu… et j'ai couru me mettre à l'abri sous un arbre. »


Un berger de 37 ans, présent au marché aux bestiaux au moment des faits, raconte avoir entendu un grondement avant qu'une première explosion ne secoue le village.


« Le marché était dévasté »


a-t-il déclaré


« des étals arrachés sur plusieurs mètres, des vaches et des moutons déchiquetés »


L'homme explique avoir ensuite participé aux opérations de secours avec d'autres habitants tandis que des combattants du JNIM coordonnaient les premiers secours.


« La seconde épouse du chef était morte, elle avait perdu ses bras »


a-t-il dit.


« Puis nous avons trouvé les corps des deux enfants et d'un autre garçon projeté par l'explosion »


Ces bombardements risquent de rester en travers de la gorge des habitants de Kyrnia, dont les pertes civiles viennent alimenter les interrogations sur la conduite des opérations militaires dans cette région du Mali. Au-delà du drame humain, cette attaque ajoute un nouveau point noir à un conflit où les civils demeurent les premières victimes.


 


 


 

Par Pamphil

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