FACE AU 1382 BREVETS SUR L'IBOGA DANS LE MONDE, LE GABON DOIT AGIR
Utilisé depuis des générations dans les pratiques thérapeutiques, spirituelles et rituelles au Gabon, l’iboga suscite un intérêt scientifique et commercial croissant à l’échelle mondiale. Depuis plusieurs décennies, des entreprises, des universités et des centres de recherche, principalement établis hors d’Afrique, multiplient les dépôts de brevets portant sur cette plante et ses alcaloïdes.
La biopiraterie des savoirs traditionnels
La multiplication des brevets liés à l’iboga met en lumière un phénomène de biopiraterie qui interroge la protection des savoirs traditionnels gabonais. Alors que cette plante est utilisée depuis des générations, notamment dans le traitement des addictions, les innovations qui en découlent sont aujourd’hui majoritairement brevetées par des acteurs étrangers, avec 380 dépôts enregistrés aux États-Unis contre à peine une vingtaine sur l’ensemble du continent africain. Ce déséquilibre illustre l’appropriation de connaissances autochtones sans véritable reconnaissance ni partage des bénéfices avec les communautés qui les ont préservées, soulevant d’importants enjeux économiques, culturels et de justice pour le Gabon.
Le Gabon doit reprendre le contrôle de sa ressource
Au-delà de la question des brevets, l’iboga pose celle de la souveraineté du Gabon sur son patrimoine biologique et ses savoirs traditionnels. Face à l’intérêt croissant de la recherche et de l’industrie pharmaceutique pour cette plante endémique, le pays est confronté au défi de reprendre le contrôle de cette ressource stratégique en renforçant la gouvernance de ses ressources génétiques et en garantissant une exploitation conforme à ses intérêts. Cette ambition passe notamment par une application effective des instruments juridiques nationaux et internationaux, tels que le Protocole de Nagoya et la Convention sur la diversité biologique (CDB), afin d’assurer le consentement préalable des communautés concernées, un partage juste et équitable des bénéfices issus de l’exploitation de l’iboga, ainsi qu’une meilleure valorisation scientifique, économique et culturelle de ce patrimoine national