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GBAGBO ET THIAM

GBAGBO ET THIAM
À quatre mois de la présidentielle, le PPA-CI et le PDCI unissent leurs forces pour tenter de peser sur un scrutin jugé à haut risque.

À l’approche d’une élection présidentielle sous tension, un nouveau tandem vient bousculer la hiérarchie établie de la politique ivoirienne. Ce jeudi 19 juin 2025, l’attention est cristallisée sur Cocody-Attoban, où le Parti des peuples africains, Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire, Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) de Tidjane Thiam ont annoncé la création d’un « front commun ».


L’initiative, portée par deux figures emblématiques de la vie politique ivoirienne, entend « sauver les meubles » d’un processus électoral que l’opposition juge de plus en plus verrouillé.


« Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons garantir une présidentielle inclusive, équitable et transparente »


 ont déclaré de concert Sébastien Dano Djédjé (PPA-CI) et Noël Akossi Bendjo (PDCI-RDA), lors de la signature officielle de l’accord au cabinet de l’ancien président Gbagbo.


 


Une réaction musclée à une exclusion contestée


Dans la foulée de la présentation du mouvement citoyen « Trop c’est trop », lancé par Laurent Gbagbo le 26 mai 2025, l’annonce du front commun a pris de court nombre d’observateurs. Les deux partis entendent faire bloc contre ce qu’ils qualifient de dérives autoritaires du régime en place.


« Ils parlent d’une même voix, ils parlent le même langage »


confie un cadre du PPA-CI, visiblement soulagé de voir une opposition longtemps morcelée enfin réunie.


La déclaration lue par Kouassi Bredoumy Soumaïla Traoré (PDCI-RDA) énumère une série de revendications : réintégration sur la liste électorale de plusieurs personnalités écartées du jeu politique; dont Gbagbo lui-même, Charles Blé Goudé, Cheick Tidjane Thiam, Guillaume Soro et Akossi Bendjo, audit indépendant du fichier électoral, réforme de la Commission électorale indépendante (CEI), et ouverture immédiate d’un dialogue politique avec tous les acteurs civils.


Une spirale positive ? Peut-être. Mais une ombre au tableau subsiste : le régime acceptera-t-il de plier face à ce front recomposé ? Car à écouter Gbagbo, la tension est à son comble. L’ex-président a bondi de son fauteuil en dénonçant ce qu’il considère comme « une exclusion arbitraire » orchestrée par les « fossoyeurs de la démocratie ». Et d’ajouter, dans un ton grave :


« Si on ne laisse pas la capacité aux autres de se battre pour être aussi au pouvoir, ce n’est plus la démocratie »


 


Une intervention remarquée, voire controversée


Depuis l’Europe, Cheick Tidjane Thiam est intervenu par visioconférence. Il a salué l’alliance comme un


« pari fou mais nécessaire »


L’ex-banquier, souvent accusé de distance avec les réalités locales, vole ainsi au secours d’une opposition en mal de figures rassembleuses. Il espère enrayer ce qu’il perçoit comme une dérive électorale et institutionnelle.


« Nous tentons de limiter les dégâts avant qu’il ne soit trop tard »


a-t-il déclaré.


Mais certains analystes s’interrogent : cette coalition peut-elle réellement infléchir le cours du processus électoral ? Ou s’agit-il d’un baroud d’honneur d’une opposition reléguée au second plan ?


 


Un climat sous pression


En attendant, le climat politique reste tendu. Dans plusieurs quartiers populaires d’Abidjan, les militants des deux camps évoquent déjà des consignes de mobilisation. Et à mesure que l’échéance du 25 octobre approche, nombreux sont ceux qui redoutent que certains quartiers ne replongent dans l’anarchie, si le dialogue n’est pas engagé à temps.


Laurent Gbagbo, lui, ne désarme pas.


« Pour le troisième mandat, je n’étais pas là. Mais je n’abandonnerai pas le combat contre le quatrième »


a-t-il prévenu, en visant sans ambages le Président sortant Alassane Ouattara.





Par Pamphile EBO

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