RENDRE DES COMPTES
Le couperet est tombé pour les partis politiques dissous au Mali : ils ont jusqu’au 30 juin 2025 pour justifier l’utilisation des subventions publiques perçues au cours des 25 dernières années. C’est ce qu’a annoncé la Section des Comptes de la Cour suprême à la télévision nationale ce mercredi 18 juin 2025. Le compte à rebours est donc lancé pour ces formations, aujourd’hui disparues du paysage institutionnel mais toujours dans le viseur de la justice malienne.
Dans un pays engagé dans une refondation de ses institutions, le spectre de l'impunité ne semble plus de mise. L'étau se resserre autour des dirigeants des anciens partis politiques, appelés à produire une comptabilité détaillée couvrant la période de juillet 2000 à mai 2025. États financiers, relevés bancaires, justificatifs de dépenses, tout devra être passé au crible par les magistrats de la Cour.
Pour rappel, ces partis politiques, officiellement dissous par décret présidentiel en mai 2025, bénéficiaient chaque année d’une coquette somme issue de l’aide publique, censée soutenir leur fonctionnement et favoriser la participation à la vie démocratique. En 2018, année électorale, pas moins de 2,6 milliards de francs CFA (près de 4 millions d’euros) avaient été répartis entre les formations jugées éligibles.
Mais depuis cette année-là, la légitimité même de cette aide suscite des remous. Dans l’opinion publique comme dans certaines sphères administratives, le sentiment s'est installé que certains partis s’engraissent avec l'argent de l’État, dilapidant des fonds publics sans réel contrôle. Le ton s’est durci au fil des ans, avec des appels insistants à en finir avec ce que beaucoup considèrent comme un système d’enrichissement illicite organisé.
Dans ce contexte tendu, les anciens chefs de partis doivent aujourd’hui répondre à l'exigence de transparence.
« Comment vont-ils s’en sortir ? »
s’interroge un analyste politique malien. La question se pose d’autant plus que cette opération d’audit s’inscrit dans une volonté d’assainissement et d’exemplarité affichée par les autorités de transition.
Du côté des principaux intéressés, les réactions sont pour l’instant rares. Maître Mountaga Tall, président du CNID-Faso Yiriwa Ton, a ironisé sur les réseaux sociaux : « Le gouvernement demande aux morts d’assister à leurs funérailles ». Quant à Amadou Koita, du Parti socialiste Yelen Kura, il s’est dit « surpris » et a exhorté la Cour à « faire respecter la loi », rappelant que 3 millions de Maliens ont adopté une nouvelle Constitution en 2023 lors d’un référendum. Mais cette sortie ne semble pas freiner la mécanique judiciaire.
« Tous les partis devront être audités sans exception. Aucun ne sera épargné »
a insisté un membre de la Section des Comptes. Une véritable épée de Damoclès est désormais suspendue au-dessus de leurs têtes. Pour certains, le risque d’être rattrapés par l’engrenage judiciaire devient très réel. Les formations politiques, jadis piliers de la vie démocratique, se retrouvent ainsi dans le collimateur de la justice malienne.