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CONDITIONS ROCAMBOLESQUES

CONDITIONS ROCAMBOLESQUES
À moins d’un mois du verdict très attendu dans le bras de fer judiciaire qui oppose deux factions rivales du parti souverainiste Réagir, un épisode aussi spectaculaire qu’inattendu vient de faire des remous dans la classe politique gabonaise.

À moins d’un mois du verdict très attendu dans le bras de fer judiciaire qui oppose deux factions rivales du parti souverainiste Réagir, un épisode aussi spectaculaire qu’inattendu vient de faire des remous dans la classe politique gabonaise. Le 15 juillet 2025, le siège du mouvement, niché au cœur du quartier Bas de Gué-Gué à Libreville, dans le 1er arrondissement de la capitale, a été entièrement vidé dans des conditions pour le moins opaques, dans ce qui ressemble fortement à une opération de repli organisée, voire préméditée.


Mobilier, archives, enseigne : tout a disparu. Jusqu’aux clés. Ce déménagement surprise, effectué dans une atmosphère de silence de cimetière, a pris tout le monde à contre-pied. Le site, désormais vide, donne aujourd’hui l’image d’un parti en ruine, dans un état de suspension qui glace le dos. L’événement a été passé au crible par les observateurs, qui tentent toujours de comprendre les motivations réelles d’un tel acte.


Selon plusieurs sources concordantes, le camion utilisé pour cette évacuation éclair aurait été affrété par François Ndong Obiang en personne, ministre de la Réforme des institutions, figure controversée, et président fondateur de Réagir. Le geste, à rebrousse-poil de toute logique de dialogue, a mis de l’huile sur le feu dans un contentieux déjà explosif.


 


Une manœuvre cavalière et musclée


Difficile d’y voir autre chose qu’un coup de force unilatéral, destiné à tordre le cou à toute tentative de conciliation. Pour de nombreux militants du camp rival, c’est une stratégie de la terre brûlée, exécutée dans le plus grand secret, qui éclabousse une fois de plus l’image des individus à l’origine de cet acte.


« Le bâtiment a été vidé de fond en comble. Même l’enseigne a disparu. Il n’y a plus rien, c’est comme si ce parti n’avait jamais existé ici »


s’indigne une source interne. Le vice-président du parti, Félix Bongo, principal plaignant dans l’affaire, dit n’avoir reçu aucune notification et affirme ne pas détenir les clés.


« Je suis sidéré. Je ne possède absolument aucune information sur ce qui s’est passé »


a-t-il confié, le moral en berne.


Le camp Ndong Obiang, lui, reste mutique. Et pourtant, trois de ses proches collaborateurs, Bruno Ondo Mintsa, Fabrice Ekomo Ossazeh et Denard Ovono alias « Wayne », ont déjà été inculpés au début du mois pour leur rôle supposé dans l’occupation illégale des locaux rapporte Gabon Media Time et Gabon Review. L’opération du 15 juillet, qualifiée en interne de « retrait stratégique », s’apparente désormais à un acte de sabotage.


 


Une pomme de discorde à quelques semaines des élections


À l’approche des élections locales et législatives, l’image d’un parti sans siège, désarticulé, soulève des questions fondamentales sur sa capacité à peser dans les urnes. Le siège fantôme est devenu le symbole d’une crise interne, révélant un champ de mines idéologique et juridique.


Au cœur de ce chaos: le « président naturel » qui, en partant, aurait emporté avec lui non seulement les meubles, mais aussi les restes d’un semblant d’unité, expliquent les rivaux de François Ndong Obiang.


« Ce déménagement clandestin, en pleine bataille judiciaire, est une méthode cavalière qui en dit long sur la fracture interne de Réagir. On assiste à une guerre de position qui dépasse le juridique : c’est une tentative de contrôle. Ce coup de théâtre met à nu un parti devenu champ de mines, incapable de gérer ses contradictions. À l’approche des élections, cet épisode pourrait entamer la crédibilité des deux camps et tordre le cou à toute perspective de reconstruction politique sérieuse »


souligne un enseignant de l’Université Omar Bongo (UOB).


Les versions des faits divergent profondément. Tandis que certains parlent de « retrait tactique », d’autres dénoncent une « exfiltration politique » qui pourrait viser à enrayer le phénomène de normalisation judiciaire en cours. D’aucuns ont émis des hypothèses : serait-ce une manière de désavouer par avance une décision judiciaire défavorable, en rendant les lieux inutilisables ? Ou bien un simple coup d’éclat pour marquer les esprits ?


 


Un verdict très attendu


Le 12 août 2025, la justice gabonaise devra trancher ce différend. Mais quelle que soit l’issue du procès, les déboires de Réagir montrent à quel point la politique nationale demeure une véritable poudrière. 

Par Pamphile EBO

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