OUGANDA–ÉTATS-UNIS : UN PACTE MIGRATOIRE QUI FAIT GRINCER DES DENTS
L’Ouganda, déjà connu comme l’un des pays africains accueillant le plus de réfugiés au monde, a accepté d’ouvrir ses portes à des migrants recalés du système d’asile américain. Un geste qui s’inscrit dans la stratégie de plus en plus visible des États-Unis : déléguer à d’autres nations le fardeau politique et humain de l’immigration.
« Dans le cadre de la coopération bilatérale entre l’Ouganda et les États-Unis, un accord de coopération pour l’examen des demandes de protection a été conclu », a affirmé Vincent Bagiire, secrétaire permanent du ministère ougandais des Affaires étrangères, dans un communiqué officiel. Il a toutefois précisé que les modalités restaient encore à définir et que l’arrangement se voulait « temporaire ».
Mais derrière ces formules feutrées se cache une réalité explosive. Concrètement, l’Ouganda pourrait devenir un sas migratoire pour des dizaines, voire des centaines de personnes jugées indésirables par l’administration américaine. Washington, empêtré dans un débat intérieur virulent sur l’immigration, cherche par ce biais à afficher une fermeté à ses électeurs tout en contournant les obligations morales et juridiques liées au droit d’asile.
De son côté, Kampala joue une carte diplomatique risquée mais stratégique. L’Ouganda, déjà sous pression économique et politique, pourrait voir dans ce partenariat une opportunité de renforcer ses relations avec son puissant allié américain — et pourquoi pas, obtenir en retour des aides financières ou sécuritaires.
Reste une question centrale : l’Ouganda a-t-il les moyens d’assumer ce rôle de « centre de tri » de l’Amérique ? Avec près de 1,5 million de réfugiés déjà installés, essentiellement venus du Soudan du Sud et de la RDC, le pays est au bord de la saturation. ONG et défenseurs des droits humains dénoncent un marchandage cynique, transformant des vies humaines en simples jetons d’échanges diplomatiques.
Un « arrangement temporaire », certes, mais qui pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle ère dans la gestion mondiale des migrations : celle où les grandes puissances externalisent leurs responsabilités vers des pays du Sud, en quête de reconnaissance et de soutien international.