PROJET GAP-PÊCHE : LES COOPÉRATIVES DÉNONCENT UNE "GESTION OPAQUE ET PRÉDATRICE"
Au cours d’une conférence de presse tendue, les représentants de dix coopératives bénéficiaires du projet Gap-Pêche ont dénoncé ce mardi une gestion opaque, centralisée et financièrement douteuse orchestrée, selon eux, par Herman Omanda, ancien directeur général du projet. Au cœur des accusations : plus de 2,7 millions de francs CFA issus de la vente de poisson qui n’auraient jamais été reversés à la banque, comme prévu.
Retards, opacité financière, racket organisé, non-respect des engagements contractuels, détournements présumés de recettes issues de la première sortie en mer : les accusations sont nombreuses et détaillées. Les coopératives dénoncent notamment une répartition inéquitable des recettes (40 % aux pêcheurs contre 60 % à la direction), des salaires jugés "faramineux" pour l’équipe de gestion (jusqu’à 16 millions de FCFA mensuels), et l’absence de versement à la BCEG des recettes de vente de poisson pourtant prévues pour le remboursement des crédits alloués.
« On a voulu faire de nous des esclaves de la mer pendant que d’autres s’enrichissaient sur notre dos », a fustigé Édouard Marcel, président de la coopérative PG-Cooper de Banquo-Chine. Selon le collectif, seule l’intervention du ministère de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue a permis de débloquer la situation et d'assurer une première sortie en mer réussie, en septembre.
Le collectif salue la suspension conservatoire de l’ADG, décidée par le ministère, et appelle à une relance du projet sur des bases saines, transparentes et inclusives, en accord avec la vision du président de la République, Brice-Clotaire Oligui Nguéma .
L’affaire révèle au grand jour les tensions profondes entre les acteurs de terrain et l’ancienne équipe dirigeante de GAP-Pêche. Le collectif affirme maintenir son soutien au projet, tout en réclamant une gestion rigoureuse des fonds publics et un meilleur partage des bénéfices.
« Nous n’abandonnerons pas ce projet. Nous le défendrons comme la prunelle de nos yeux », conclut le collectif, qui dit vouloir redonner aux pêcheurs gabonais leur place légitime dans un secteur longtemps accaparé par des intérêts privés ou étrangers.