LES PIEDS DANS L’EAU
La pluie qui s’est abattue récemment sur Libreville a encore une fois mis à nu la fragilité des infrastructures de la capitale gabonaise. À Ozoungué 1 et Ozoungué 2 Poubelle, dans le 5ᵉ arrondissement, les habitants se sont réveillés les pieds dans l’eau. Les routes sont devenues impraticables, les maisons menacées par l’érosion, et les familles, désemparées, tentent de sauver ce qu’il reste de leurs biens.
Dans ce quartier où les pluies diluviennes emportent tout ou presque, la population croupit dans la misère et se demande comment se défaire de l’étau de l’insalubrité et du manque d’infrastructures. Ce matin-là, les visages étaient marqués par la fatigue et la colère.

« Je m’interroge sur la capacité des autorités à prévenir de telles catastrophes »
Jean-Jacques Emane, habitant d’Ozoungué 1 depuis 1984, raconte :
« L’eau est arrivée jusqu’aux reins et c’est catastrophique. Vous allez voir derrière vous là, quand il pleut, même une grande personne peut mourir s’il tombe. C’est grave »
Pétri d’angoisse, il avoue ne jamais avoir vu pareille situation.
« Aujourd’hui, je m’interroge sur la capacité des autorités à prévenir de telles catastrophes »
Les habitants, pris à la gorge par les inondations, ne savent plus où donner de la tête. Une mère de famille confie :
« C’est déplorable. Nous pleurons. Je ne suis pas partie au travail. Pourquoi ? Ma maison était complètement inondée »
Dans ce décor de désolation, certains se sentent abandonnés, coincés dans la mouise.
« Il a suffi d’une trentaine de minutes pour que nous arrivions à l’état que vous voyez. On n’a rien que les yeux pour pleurer »
ajoute un autre riverain, les vêtements encore trempés.

Certaines maisons tiennent à peine debout
Le constat est alarmant : la voie principale d’Ozoungué 2 Poubelle, déjà très détériorée, est désormais coupée à la circulation. Certaines maisons, au bord du gouffre, tiennent à peine debout. Un habitant raconte avec tristesse :
« Voilà quelqu’un qui va perdre sa maison. Et au moment où je vous parle, le monsieur est très malade. Nous implorons la présence du chef de l’État, qu’il fasse au moins un tour ici pour voir la réalité»
Du côté des autorités locales, un auxiliaire de commandement du 5ᵉ arrondissement admet que la situation devient critique.
« Si ces inondations n’ont pas encore atteint des proportions catastrophiques, où des familles se retrouvent à la belle étoile, le phénomène reste redoutable. Nous restons en alerte »
« On vit dans l’eau pendant la saison de pluie, il n’y a pas de canalisation »
Mais à Libreville, les problèmes d’assainissement achoppent sur une question épineuse : celle de la gestion durable des eaux pluviales. Au PK7, derrière la station, les habitants vivent dans la peur. Le projet de construction d’une route menace leurs maisons déjà fragilisées.
« Ici, vraiment, c’est la catastrophe. Nous vivons avec la peur, on vit dans l’eau pendant la saison de pluie, il n’y a pas de canalisation, rien n’a été fait depuis des années »
déplore une résidente, visiblement dans de sales draps.

Pris dans les remous d’un système qui semble à bout de souffle, les habitants d’Ozoungué et du PK7 attendent que les autorités prennent enfin le taureau par les cornes.
« Nous aimerions savoir ce qu’ils vont faire de nous. Nous voulons juste vivre dignement, à l’abri des eaux et de la peur »
conclut un père de famille, la voix tremblante.