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Justice

EXTRADITION VERS LE GABON : LA STRATÉGIE MÉDIATIQUE DE SYLVIA ET NOUREDDIN BONGO

EXTRADITION VERS LE GABON : LA STRATÉGIE MÉDIATIQUE DE SYLVIA ET NOUREDDIN BONGO
Alors que Sylvia et Noureddin Bongo dénoncent des “tortures” et une justice aux ordres, leur communication s’organise entre Londres et Paris pour bloquer toute extradition vers le Gabon. Enquête sur une stratégie médiatique millimétrée, pensée pour peser sur l’opinion internationale et fragiliser la justice gabonaise en cas de condamnation.

Derrière les interviews, les vidéos et les prises de parole orchestrées depuis l’étranger, une question centrale se pose : et si l’objectif principal de Sylvia et Noureddin Bongo n’était plus de gagner leur procès au Gabon, mais d’empêcher qu’ils puissent un jour y être extradés en cas de condamnation ?


Car à y regarder de près, leur communication suit une logique claire, en deux temps : internationaliser le conflit avec l’État gabonais, puis fragiliser de l’intérieur la légitimité de la justice nationale.


Parler d’abord à Londres et Paris : verrouiller le terrain judiciaire


Premier constat : leurs grandes prises de parole ne se font ni à Libreville, ni devant des médias africains, mais avant tout dans des médias européens, principalement britanniques et français. Interviews fleuves, portraits dramatisés, récits de détention : tout est calibré pour une audience internationale sensible aux thèmes de la torture, de la persécution politique et des procès inéquitables.


Ce choix de cibles médiatiques n’est pas anodin. Il correspond exactement aux pays dont ils dépendent aujourd’hui pour leur sécurité juridique et, potentiellement, pour éviter une remise aux autorités gabonaises si une condamnation définitive venait à tomber. Dans ces États de droit, le principe est simple : un pays démocratique n’extrade pas vers un État où il existe un “risque sérieux” de torture, de traitement inhumain ou de procès fondamentalement inéquitable.


En saturant l’espace public européen de récits de mauvais traitements, d’arrestation arbitraire, de pressions et d’atteintes à leurs droits fondamentaux, Sylvia et Noureddin construisent un dossier médiatico-judiciaire dont l’effet possible est clair : permettre à leurs avocats de plaider, demain, qu’un retour au Gabon constituerait un danger pour leur intégrité physique et leurs droits fondamentaux.


Autrement dit : même s’ils étaient condamnés à Libreville, la bataille se poursuivrait devant les juges européens, sur le terrain des droits humains, avec ce récit déjà bien installé dans l’opinion.


Diviser l’opinion au Gabon : rendre politiquement coûteuse toute extradition


La seconde phase de la stratégie vise davantage le public gabonais. Elle passe par des vidéos tournées en cachette, des extraits montrant des signatures de documents, l’absence d’avocats, des scènes mises en scène comme des preuves de chantage ou d’abus de pouvoir. Ces contenus font réagir, choquent certains, révoltent d’autres.


L’effet recherché est double. D’abord, créer un doute moral : même ceux qui condamnent l’ancien système peuvent être tentés de dire « oui, mais pas comme ça ». Ensuite, fabriquer une division durable dans la société entre ceux qui les voient comme des responsables d’un passé lourd et ceux qui commencent à les percevoir comme des victimes du présent.


Plus le pays se montre divisé, plus il devient facile, à l’étranger, de présenter la situation gabonaise comme confuse, émotionnelle, instable. Et plus il devient politiquement risqué pour un gouvernement européen ou britannique de collaborer pleinement avec la justice gabonaise : personne ne veut être accusé d’avoir “livré” des justiciables à un État présenté comme incapable de garantir un traitement équitable.


Une bataille qui dépasse le seul prétoire


Au final, la stratégie actuelle de Sylvia et Noureddin Bongo semble s’inscrire dans un schéma classique des anciens dirigeants contestés : déplacer le centre de gravité du combat, du tribunal national vers l’arène internationale.


Le procès au Gabon n’est alors plus la fin de l’histoire, mais une étape parmi d’autres. L’enjeu réel se déplace : non plus seulement “sont-ils coupables ou innocents ?”, mais “peut-on encore, au nom du droit, les renvoyer devant la justice de leur propre pays ?”.


C’est là que se joue, en filigrane, le bras de fer : entre un État qui veut juger ses anciens dirigeants, et des anciens puissants qui misent sur l’opinion et le droit internationaux pour transformer une éventuelle condamnation nationale en simple décision difficilement applicable.

Par Rédaction TV+ AFRIQUE

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