TAXIS MULTIPLIENT DÉTOURS
Dans la capitale, la notion même de « course » semble avoir perdu son sens. Monter dans un taxi et arriver à l’heure relève parfois du défi. Une simple traversée de quartier peut se transformer en virée interminable. Entre détours, changements d’itinéraires et arrêts improvisés, ce sont les clients qui en paient le prix.
« Hier encore, j’ai pris un taxi pour rentrer chez moi, raconte Mireille, une usagère. Le chauffeur m’a d’abord fait le tour de plusieurs quartiers avant de me déposer. J’avais un rendez-vous important, et à cause de lui, je suis arrivée en retard »
Un autre témoin ajoute : « Je laisse souvent mes affaires dans le taxi pour qu’il me dépose rapidement. Mais ce n’est jamais simple. On sort du boulot, on met ses bagages, et le taxi part faire un tour, encore un tour, sans raison »
Ces témoignages traduisent une frustration grandissante chez les passagers, qui constatent que la course, conçue pour être rapide et efficace, perd peu à peu son objectif initial.
Les chauffeurs auraient des déviations « nécessaires »
Du côté des transporteurs, l’argument est simple : il n’est pas toujours possible de prendre des directions contraires. Selon eux, le client reste roi, et leur devoir est de le conduire à destination, même si cela implique parfois quelques déviations jugées nécessaires.
« Parfois, il n’y a plus de clients à prendre, explique un chauffeur. Mais lorsqu’il y a quelqu’un, on fait notre possible pour l’amener à sa destination »
Pour certains chauffeurs, ces détours permettent de maximiser le nombre de courses et de gagner un peu plus de revenus, une réalité qui prend de plus en plus de terrain dans le secteur du transport urbain.
Les passagers se sentent lésés
Un point de vue qui, toutefois, n’est pas partagé par les usagers. Ces derniers se sentent souvent négligés au profit des courses jugées plus rentables. Beaucoup y voient une preuve de manque de considération de certains transporteurs, davantage motivés par l’appât du gain que par leurs obligations envers la clientèle.
« J’avais une urgence médicale, raconte Kevin. J’ai payé une somme conséquente pour être conduit rapidement. Mais le chauffeur a pris une autre personne avant de m’emmener. Mon chemin a été retardé de plusieurs minutes. Quand je suis arrivé à l’hôpital, je n’ai pas pu recevoir les soins à temps. Ça m’a vraiment dérangé »
Pour d’autres, les conséquences vont au-delà de la simple frustration : « J’avais un rendez-vous professionnel important, poursuit Mireille. Le taxi a choisi de déposer quelqu’un d’autre avant moi. J’ai failli rater ma réunion. C’est comme si notre temps n’avait aucune valeur »
Quelles lois encadrent ce secteur ?
Face à des passagers régulièrement laissés pour compte, une question s’impose : quelles lois encadrent réellement ce secteur ? Les clients ont-ils les moyens de faire valoir leurs droits lorsqu'ils sont victimes d'abus ?
Selon le ministère du Transport, « il existe une tutelle qui régule le transport, avec des directions techniques chargées de superviser les opérateurs. Au Gabon, le Conseil national des transporteurs peut être saisi pour demander des mesures disciplinaires contre les chauffeurs fautifs »
En rappel, le Gabon est un État de droit et tous les secteurs d’activité sont soumis à des règles strictes. Dès l’instant où un passager hèle un taxi et qu’une destination est convenue, un contrat naît entre le transporteur et son client. Et ce contrat devrait être respecté, sans exception, par le transporteur.
Vers un meilleur respect des droits des clients
Si la réglementation existe, sa mise en œuvre reste encore faible dans la pratique. Les associations de consommateurs et certains médias alertent régulièrement sur ces pratiques, qui érodent la confiance des usagers.
« Nous espérons que les mesures disciplinaires vont s’intensifier, souligne un représentant du secteur. Les chauffeurs doivent comprendre que le respect du client est une priorité, et que chaque détour inutile est un manquement à leur engagement »
Pour les passagers, il s’agit d’une onde de sensibilisation : faire valoir leurs droits, connaître leurs recours, et ne pas subir en silence les abus. Car chaque course payée représente non seulement un déplacement, mais aussi le respect d’un contrat implicite entre le transporteur et le client.