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LES SOLUTIONS CHINOISES

LES SOLUTIONS CHINOISES
Gabon : vers l’autosuffisance alimentaire grâce aux méthodes agricoles chinoises. Formation, techniques modernes, élevage intégré et infrastructures rurales pour réduire les importations et renforcer la production locale de poulet.

Alors que l’agriculture gabonaise traîne une épine dans le pied liée à une dépendance coûteuse aux importations alimentaires, notamment le poulet de chair, une délégation de l’Association des agriculteurs de Chine est récemment venue présenter des pistes techniques et économiques susceptibles de transformer durablement le paysage agricole national.


Cette présence chinoise s’inscrit dans le prolongement de la vision impulsée par les plus hautes autorités gabonaises pour atteindre la souveraineté alimentaire. Après un moratoire sur les importations de poulet de chair annoncé pour prendre effet au 1ᵉʳ janvier 2027, le gouvernement multiplie les rencontres, séminaires et rencontres avec des experts internationaux pour faire bloc autour de solutions concrètes.


Importations massives, production locale faible


Selon les statistiques officielles, le Gabon importe chaque année environ 55 000 à 65 000 tonnes de poulet de chair des marchés internationaux, tandis que la production locale ne dépasse guère 4 000 tonnes par an.  


Avec une population estimée à près de 2,6 millions d’habitants en 2025, cela signifie qu’en moyenne chaque Gabonais consomme environ 38,5 kg de viande de volaille par an. Ce chiffre, bien que comparable à des normes mondiales moyennes, repose presque entièrement sur des produits importés, créant une balance commerciale défavorable et un secteur avicole encore embryonnaire.


Au rythme actuel, il manque donc près de 51 000 à 61 000 tonnes de poulet pour satisfaire la demande intérieure, soit un déficit abyssal que le pays souhaite combler d’ici l’interdiction des importations en 2027. 


La Chine : un géant avicole en ligne de mire


La principale question que se posent maintenant les acteurs gabonais est la suivante : les méthodes agricoles chinoises sont-elles adaptées au contexte gabonais ?


D’abord, il faut replacer le contexte chinois. La Chine est l’un des plus grands producteurs mondiaux de viande de volaille, avec une production de plusieurs dizaines de millions de tonnes chaque année (environ 26,6 millions de tonnes en 2024 selon des estimations récentes). En outre, ses exportations de poulet ont connu une forte croissance, atteignant plus de 770 000 tonnes – preuve que ce pays ne dépend pas uniquement de son marché domestique et qu’il peut être un fournisseur et un expert crédible.  


Techniquement, l’agriculture chinoise repose sur des méthodes modernes, une intensification raisonnée, des chaînes logistiques intégrées et une mécanisation avancée. C’est vers ces composantes que l’association souhaite orienter les agriculteurs gabonais, avec pour objectif de faire de l’agriculture un pilier de l’économie locale.


Les six leviers techniques proposés


Lors de l’audience avec Mark-Alexandre Doumba, ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural par intérim, la délégation chinoise a présenté un bilan d’étude approfondi de l’écosystème agricole gabonais. Six axes ont été mis en avant :


1. La formation des talents agricoles


Le Gabon a déjà lancé un programme ambitieux de formation de 40 000 professionnels dans l’aviculture, couvrant toute la chaîne de valeur, de la production d’aliments pour volailles à l’abattage et à la transformation. 


Les experts chinois vont proposer des modules pratiques et techniques inspirés de leurs propres écoles agricoles, adaptés au climat et aux sols gabonais.


2. Transfert de techniques agricoles modernes


Sur le terrain, les méthodes chinoises incluent des pratiques innovantes de fertilisation, de gestion des sols, de prévention des maladies et d’irrigation. L’objectif est d’augmenter les rendements tout en réduisant les coûts.


3. Développement intégré de la plantation, l’élevage et la transformation


À Ntoum et dans le Grand Libreville, la délégation a visité des sites pilotes d’élevage. Les Chinois proposent des systèmes intégrés où l’élevage est lié à la production de fourrage local et à des unités de transformation pour conserver la valeur ajoutée sur place.


4. Économie des petites exploitations


Plutôt que d’imposer de grandes fermes standardisées, l’approche préconisée combine micro-exploitations reliées à des plateformes de services (accès à la technologie, financement, marchés). Cela pourrait faire du petit exploitant un acteur économique viable.


5. Renforcement des infrastructures rurales


La délégation chinoise a mis en évidence l’importance des abattoirs modernes, des chaînes du froid et des routes rurales pour réduire les pertes post-récolte et améliorer la distribution.


6. Innovation et recherche agricole


Enfin, les partenaires chinois insistent sur la recherche appliquée : sélectionner des races de poulets adaptées au climat tropical, des aliments pour volailles issus des cultures locales, et des systèmes de production plus durables.


Confrontation aux réalités locales du Gabon


Pour beaucoup, ces propositions techniques sont intéressantes sur le papier, mais plusieurs questions persistent :




  • Adaptabilité des technologies étrangères aux conditions climatiques spécifiques (forte humidité, sols pauvres) ;




  • Capacité d’investissement des petits agriculteurs pour adopter les équipements modernes proposés ;




  • Disponibilité d’infrastructures de transformation suffisantes pour soutenir une production à grande échelle.




Dans un contexte où l’agriculture représente encore une faible part du PIB national, ces défis sont loin d’être anecdotiques. C’est précisément la pierre angulaire de la transformation agricole : comment appliquer des modèles venus d’ailleurs tout en tenant compte des facteurs locaux ?


Mesures gouvernementales et rencontres bilatérales


Depuis l’annonce de l’interdiction des importations, le gouvernement a multiplié les initiatives. Outre les forums nationaux et la formation des 40 000 professionnels, plusieurs séminaires et ateliers techniques ont été organisés pour rapprocher les acteurs gabonais des investisseurs et des experts internationaux, y compris la délégation chinoise.  


L’audience avec le ministre Doumba illustre l’intention des autorités de placer ces discussions au cœur des décisions politiques. Les dés sont jetés pour une offensive technique qui va bien au-delà d’un simple transfert de compétences.


Une adaptation possible mais pas automatique


Alors que le Gabon tient en ligne de mire l’objectif d’autosuffisance alimentaire, les méthodes agricoles chinoises peuvent jouer un rôle significatif — à condition d’être adaptées aux réalités locales. Le transfert de formation, de technologies, et d’innovations pourrait être un catalyseur pour renforcer la production nationale. Mais sans une intégration cohérente avec les attentes des exploitants gabonais, ces solutions risquent de rester théoriques.


Dans ce tableau de la situation, il appartient désormais aux décideurs gabonais de transformer ces propositions en actions efficaces, de façon à ce que le secteur agricole devienne non seulement productif, mais également durable et économiquement viable pour tous.


 

Par Pamphil

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