UNE QUESTION DE MENTAL
« Nous n'avons jamais perdu face au Cameroun en phase finale et nous souhaitons que ça reste ainsi» La phrase est lâchée sans détour par Thierry Mouyouma, en conférence de presse le 23 décembre 2025. Elle résume à elle seule l’état d’esprit qui entoure ce rendez‑vous très attendu. Plus qu’un simple match, c’est un derby de l’Afrique centrale. La confrontation entre le Gabon et l’ogre camerounais se joue aussi, et peut‑être surtout, dans les têtes.
Dans le discours du sélectionneur gabonais, la psychologie occupe une place centrale. Mouyouma ne cherche pas à masquer l’enjeu ni à édulcorer la rivalité. Il l’assume, la convoque, l’utilise comme moteur. « Ce sont des matchs qui me motivent intrinsèquement », explique‑t‑il, rappelant la proximité géographique, culturelle et footballistique entre les deux pays. Même frontières, des clubs qui cherchent à se ressembler, mêmes générations de joueurs qui se croisent dans les championnats européens : la rivalité est presque familiale. Mais sur le terrain, il n’est plus question de fraternité. Il s’agit d’accélérer pied au plancher et de ne pas faire dans la dentelle.
L’histoire comme bouclier mental
Cette approche mentale repose d’abord sur un socle historique solide. En phase finale, le Cameroun est la bête noire de bien des sélections africaines. Pas du Gabon. Cette invincibilité, entretenue au fil des compétitions, agit comme un bouclier psychologique. « L’histoire, elle compte », insiste Mouyouma. Non pas comme une garantie de victoire, mais comme un rappel de ce que ce groupe est capable de faire quand il croit en lui. Une série d’invincibilité crée une pression, certes, mais aussi une forme de sérénité et d’assurance. Les joueurs savent qu’ils ne partent pas battus, même face à des adversaires pétris d’expérience.
Selon plusieurs spécialistes de la psychologie du sport, cette confiance héritée du passé peut devenir un avantage compétitif décisif. « Quand un groupe se sait capable de rivaliser historiquement, il aborde le match avec moins de peur et plus d’intentions de succès », explique un psychologue du sport africain. « La clé est de transformer l’histoire en énergie, sans tomber dans l’excès de confiance » C’est précisément l’équilibre que cherche Mouyouma : rappeler les succès passés tout en exigeant une concentration maximale sur le présent.
Organisation et stratégie : attaquer pour ne pas subir
Dans son discours, le sélectionneur gabonais insiste aussi sur l’organisation. Face à un Cameroun souvent imprévisible, il ne s’agit pas de subir. « Il faut s’organiser pour être une équipe compétitive », martèle‑t‑il. Mentalement, cela signifie accepter l’idée que le rapport de force peut s’inverser. Acculer l’adversaire dans ses retranchements, imposer un rythme, refuser de reculer : autant de choix tactiques qui trouvent leur origine dans une préparation psychologique assumée. La meilleure défense, c’est l’attaque, surtout quand on veut faire mordre la poussière à un géant du continent.
Focalisation sur soi et introspection collective
Les joueurs, eux, semblent réceptifs à ce message. En interne, plusieurs cadres évoquent un groupe « libéré », qui veut aller très loin dans cette compétition. « On sait ce que représente le Cameroun, mais on sait aussi ce que nous valons », confie un international gabonais. « Le coach nous rappelle souvent que l’histoire est de notre côté, mais que c’est à nous de l’écrire encore. » Une manière de responsabiliser sans verser dans un optimisme demesuré.
La préparation mentale passe également par une focalisation sur soi. Mouyouma le répète : les changements côté camerounais, qu’il s’agisse du staff ou des joueurs, l’intéressent peu. « Nous connaissons leur football », dit‑il, préférant concentrer l’énergie de son groupe sur le plan technique, tactique et mental. Cette introspection collective vise à éviter la dispersion et à resserrer l’étau autour d’un objectif : se défaire d’un adversaire prestigieux sans complexe et lui faire très mal à la moindre occasion.
La pression transformée en défi stimulant
Reste la question de la pression. Préserver une invincibilité peut devenir un fardeau. Mais le staff gabonais semble avoir choisi d’en faire un défi stimulant plutôt qu’une crainte paralysante. « Nous voulons la garder intacte », affirme Mouyouma, conscient que chaque série a une fin, mais déterminé à repousser l’échéance. Dans cette optique, le discours est direct, sans faux‑semblants. Il s’agit d’assumer l’ambition, de regarder l’adversaire droit dans les yeux et de jouer avec personnalité.
Duel mental et physique sur le terrain
Au final, ce Gabon‑Cameroun se jouera autant sur la pelouse que dans les esprits. Entre un favori habitué aux grandes joutes continentales et mondiales et une équipe gabonaise portée par son histoire, sa confiance et une génération dorée, le duel promet d’être intense. Si le Gabon parvient à imposer son rythme, à attaquer sans calcul et à maintenir cette solidité mentale revendiquée par son sélectionneur, alors tout devient possible.