SERA-T-ELLE RÉELLEMENT “TRAQUÉE” ?
À l’issue de 48 heures de travaux intenses, les experts de la 18ᵉ commission ministérielle de l’enseignement privé ont reçu instruction d’organiser une caravane sur le terrain afin de traquer les établissements supérieurs privés se refusant de suivre les procédures d’ouverture et de création d’une école privée supérieure laïque sur le territoire gabonais. L’annonce est forte, presque martiale. Mais est-on sûr que cette opération ira jusqu’au bout ? Est-on sûr que tous les contrevenants, souvent guidés par l’appât du gain, seront réellement inquiétés, dans un contexte marqué par des pressions de toutes natures qui existent au Gabon ?
Publier la liste noire : un acte de courage ou un effet d’annonce ?
La commission a examiné 436 dossiers, en a retenu 380, dont 221 habilitations à fond, et rejeté plus d’une centaine de dossiers jugés non conformes. Logiquement, la publication de la liste des établissements autorisés et de ceux recalés devrait suivre. Mais est-on sûr qu’ils publieront dans les médias la liste de la centaine d’établissements se refusant de respecter la réglementation ?
Dans un pays où les ramifications des promoteurs de ces établissements s’étendent parfois jusqu’aux sphères de décision, le scepticisme est permis. Beaucoup adoptent la posture du Saint Thomas : faut voir pour croire. Sans une communication claire, exhaustive et assumée, la méfiance persistera.
Une caravane médiatisée pour percer l’abcès… vraiment ?
L’idée d’une caravane médiatisée pour percer l’abcès séduit sur le papier. Descendre sur le terrain, constater, fermer, sceller : le symbole est fort. Mais rien n’est moins sûr que l’opération échappe aux compromis de coulisses. Face à des promoteurs sans foi ni loi, prêts à piétiner la réglementation, la fermeté annoncée devra résister aux appels, aux interventions et aux arrangements.
L’expérience passée incite à la prudence. En octobre 2019, une telle opération avait déjà eu lieu, avec fracas et communiqués. Pourtant, le phénomène est revenu de plus belle.
2019–2025 : quand le fléau double
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À l’époque, 57 établissements avaient été examinés et 12 fermés ou interdits d’ouverture. Aujourd’hui, au lieu de 57, on a affaire à plus de 100 qu’il faut fermer. Le fléau a doublé, preuve que la première opération n’a pas eu l’effet escompté, censé couper la gangrène.
Pire encore, les faux sont revenus avec plus de vigueur. Des établissements fantômes, des diplômes sans valeur, des programmes bricolés : autant de dérives qui mettent en péril l’avenir de milliers d’étudiants et ruinent la crédibilité du système universitaire gabonais.
Est-on sûr que cette fois sera la bonne ?
Le ministère de l’Enseignement supérieur a récemment publié les résultats d’une inspection du privé. L’effort est salué. Mais la question demeure : est-on sûr que les établissements recalés fermeront réellement leurs portes ? Est-on sûr que les sanctions seront appliquées sans distinction, sans passe-droit, sans report ?
Tant que les contrevenants pourront renaître sous un autre nom, changer de façade ou rouvrir ailleurs, la lutte restera incomplète. La crédibilité de l’État se joue maintenant, sur le terrain, loin des salles de réunion.
Le bien-fondé d’une commission indispensable
La mission de la commission n’est ni punitive ni politique : elle est d’intérêt public. Chargée de vérifier la conformité des établissements supérieurs privés aux critères de l’État — qualité des infrastructures, conformité des programmes pédagogiques, qualifications du personnel enseignant, respect des normes administratives — la commission agit comme un garde-fou. Sans ce filtre, l’enseignement supérieur risquerait de frôler la catastrophe. Publier la liste des établissements autorisés et des dossiers rejetés devient alors un acte de transparence, parfois vécu comme une mise au supplice par certains promoteurs, mais nécessaire pour protéger les étudiants et leurs familles.
Entre espoir et vigilance
La caravane annoncée est une opportunité. Mais elle sera jugée à ses résultats, non à ses intentions. Cette fois, l’opinion publique observe, sceptique, prête à croire… si les actes suivent.