BURKINA FASO – GABON : DEUX TRAJECTOIRES DE “SOUVERAINETÉ” ENTRE DISCOURS ET DÉCISIONS ÉCONOMIQUES
Sur les réseaux sociaux, le capitaine Ibrahim Traoré est souvent mis en avant comme une figure du souverainisme africain. Au Gabon, le général Brice Clotaire Oligui Nguema communique moins sur le panafricanisme, mais a multiplié, depuis son arrivée au pouvoir, des décisions économiques présentées comme une reprise de contrôle des ressources. Derrière les narratifs, les chiffres et les instruments financiers racontent deux approches très différentes.
Au Burkina Faso, la contrainte budgétaire passe par le FMI et le marché UEMOA
Le Burkina Faso est engagé dans un programme avec le Fonds monétaire international (FMI) via la Facilité élargie de crédit (ECF), approuvée en 2023 pour 228,76 millions de DTS (environ 302–305 millions de dollars selon les conversions au moment des annonces).
En novembre 2025, le FMI annonce un accord au niveau des services pour conclure une revue du programme ECF, avec un décaissement potentiel d’environ 32,7 millions de dollars, et évoque en parallèle un nouvel appui au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF), un instrument axé sur les réformes liées notamment aux chocs climatiques.
Dans ses documents, le FMI insiste sur un cap de consolidation budgétaire : mobilisation accrue des recettes et contrôle des dépenses, avec un objectif de déficit ramené progressivement vers 3% d’ici la fin du programme.
Autre marqueur : le financement régional. Le Burkina lève régulièrement sur le marché de l’UMOA (zone UEMOA), où les taux constatés sont élevés. Une note de pré-émission UMOA-Titres de juin 2025 affiche, selon maturités, des taux “derniers observés” pouvant monter jusqu’à 9,75%, et des adjudications avec des niveaux proches de 7–8% selon les lignes.
Côté dette, la Banque africaine de développement projette un ratio autour de 65% du PIB en 2024–2025, tiré par davantage d’émissions de titres pour couvrir le besoin de financement.
Enfin, l’économie reste très exposée à l’or : des sources institutionnelles américaines estiment que le métal représente plus de 80% des exportations et que la production industrielle a reculé en 2024 (53,3 tonnes, contre 57,3 en 2023), malgré des prix élevés.
Au Gabon, des actes de “souveraineté économique” autour du pétrole et du manganèse
Au Gabon, la ligne économique mise en avant par les autorités passe par un renforcement du rôle de l’État dans les secteurs extractifs. Symbole majeur : la “nationalisation” d’Assala Energy, finalisée via la société publique Gabon Oil Company (GOC), pour un montant de 1,3 milliard de dollars. Selon Le Monde, l’opération donnerait à l’État le contrôle d’environ 25% de la production nationale, soit ~45.000 barils/jour, et le pétrole pèserait 68% des exportations du pays.
Reuters confirme la finalisation de l’acquisition d’Assala (ex-Carlyle) par GOC.
Autre dossier stratégique : le manganèse. Le gouvernement gabonais a annoncé l’interdiction d’exporter du manganèse brut à partir du 1er janvier 2029, afin de pousser la transformation locale.
RFI rappelle que le Gabon représente environ 20% de la production mondiale (selon l’USGS), ce qui donne à cette décision un poids industriel considérable.
La pression mise sur la chaîne de valeur est également suivie par les acteurs privés : Reuters note qu’Eramet s’organise en interne en lien avec cette échéance et les discussions avec les autorités gabonaises.
Au Burkina Faso, la souveraineté revendiquée coexiste avec des mécanismes classiques de financement (FMI, marché UEMOA, dette en hausse projetée). Au Gabon, la stratégie affichée est moins idéologique dans la communication “panafricaine” et davantage centrée sur des leviers industriels et de contrôle des rentes (pétrole, transformation du manganèse) avec, là aussi, des questions ouvertes sur le coût et l’exécution à moyen terme.