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9 LITRES

9 LITRES
Gabon, champion d’Afrique de la consommation d’alcool avec 9 litres par an et par personne, fait face à des enjeux majeurs de santé publique liés à l’alcoolisme et ses dangers.


Au Gabon, les fêtes de fin d’année riment très souvent avec consommation abusive d’alcool. De Libreville à Franceville, en passant par Port-Gentil, Mouila, Tchibanga, Makokou, Oyem, Koulamoutou ou encore Lambaréné, l’alcool coule à flots dans les quartiers. Bières, vins, spiritueux et boissons locales sont consommés sans modération. Les populations, souvent friandes de boissons alcoolisées, profitent de cette période festive pour boire encore plus que d’habitude. Pour beaucoup, faire la fête sans alcool semble tout simplement impensable.


Le Gabon, champion africain de la consommation d’alcool


Selon plusieurs rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Gabon est régulièrement cité comme le premier pays consommateur d’alcool par habitant en Afrique. Avec une moyenne d’environ 9 litres d’alcool pur par an et par personne de plus de 15 ans, le pays devance le Nigeria, le Cameroun et l’Ouganda. Ce classement, confirmé entre 2019 et 2024, fait du Gabon un cas préoccupant en matière de santé publique, notamment chez les jeunes adultes, qui affectionnent particulièrement la bière locale comme la Régab.


L’alcool, un divertissement bon marché


L’une des raisons majeures de cette forte consommation est l’absence de divertissements variés et accessibles. Dans de nombreuses villes et villages, il existe peu d’espaces culturels, sportifs ou de loisirs. Résultat : l’alcool devient le divertissement le plus simple et le moins cher. On boit pour passer le temps, pour oublier les difficultés, pour rire entre amis. Les Gabonais ne jurent que par les bars de quartier, les maquis et les coins de vente improvisés, ouverts jour et nuit.


Pourquoi boire la veille, le lendemain et le surlendemain ?


La consommation excessive d’alcool ne se limite pas à un seul jour. Beaucoup boivent la veille, continuent le lendemain et recommencent le surlendemain. Cette répétition s’explique par plusieurs facteurs : la pression sociale, l’ennui, le chômage, le stress de la vie quotidienne et l’habitude culturelle. Boire devient un rituel. On boit pour fêter, pour se consoler, pour discuter, mais aussi parce que “tout le monde boit”. Refuser un verre est parfois mal vu.


Qu’est-ce qui pousse les Gabonais à boire autant ?


Plusieurs éléments expliquent cette situation. D’abord, l’alcool est facilement disponible et relativement abordable. Ensuite, il existe une forte tolérance sociale vis-à-vis de l’ivresse. Enfin, le manque de sensibilisation réelle sur les dangers de l’alcool pousse beaucoup à minimiser les risques. Pour certains, boire est aussi une manière d’exprimer un mal-être profond face aux difficultés économiques et sociales.


Les dangers physiques de l’alcool


La consommation abusive et même moyenne d’alcool présente de nombreux dangers pour la santé. L’OMS classe l’alcool comme un cancérogène avéré. Il augmente le risque de cancers de la bouche, de la gorge, de l’œsophage, du foie, du sein et du côlon. Même une consommation régulière dite “modérée” augmente ces risques. Il n’existe pas de seuil totalement sans danger.


Des maladies graves et silencieuses


L’alcool attaque presque tous les organes. Il provoque des maladies du foie comme la stéatose (foie gras), l’hépatite alcoolique et la cirrhose. Il est aussi responsable de maladies cardiovasculaires : hypertension, troubles du rythme cardiaque et accidents vasculaires cérébraux (AVC). Le système nerveux n’est pas épargné, avec des troubles de la mémoire, de la concentration, de la dépression et de l’anxiété. Chez la femme enceinte, l’alcool peut entraîner des handicaps graves chez l’enfant.


L’alcool et les maladies mentales


Sur le plan psychique, l’alcool favorise la dépendance, les troubles du comportement et les violences. Il accentue les conflits familiaux, les agressions et les problèmes sociaux. L’association alcool-tabac est encore plus dangereuse, augmentant fortement les risques de cancers et de maladies chroniques.


L’alcool tue au volant : un danger mortel


L’alcool au volant est l’un des dangers les plus graves liés à la consommation excessive d’alcool au Gabon. Chaque année, de nombreux accidents de la route sont causés par des conducteurs en état d’ivresse. L’alcool diminue la vigilance, ralentit les réflexes et altère le jugement. Un conducteur alcoolisé surestime ses capacités et prend des risques inconsidérés.


Même à faible dose, l’alcool augmente considérablement le risque d’accident. Avec quelques verres seulement, la vision se trouble, la coordination baisse et la capacité à réagir rapidement disparaît. À forte dose, le conducteur peut perdre totalement le contrôle de son véhicule. Les conséquences sont souvent dramatiques : morts sur le coup, blessés graves, handicaps à vie.


Au Gabon, pendant les fêtes de fin d’année, les routes deviennent particulièrement dangereuses. Beaucoup prennent le volant après avoir bu toute la nuit. Les contrôles sont parfois insuffisants, et la prise de conscience reste faible. Pourtant, l’alcool au volant ne tue pas seulement le conducteur, mais aussi des passagers innocents, des piétons et d’autres usagers de la route.


Dire que “l’alcool tue au volant” n’est pas une exagération. C’est une réalité quotidienne. Derrière chaque accident, il y a des familles brisées, des enfants orphelins et des vies détruites. Réduire la consommation d’alcool et éviter de conduire après avoir bu sont des gestes simples qui peuvent sauver des vies.


19 décès directement attribuables à l'alcool


Chaque année, l'alcool est responsable d'environ 2,6 à 3 millions de décès dans le monde, principalement chez les hommes, touchant des maladies non transmissibles (cancers, maladies cardiovasculaires), des blessures (accidents, violences) et des maladies infectieuses, tandis qu'au Gabon, les données sont moins précises mais montrent une mortalité significative, avec des estimations de l'OMS de 2020 indiquant 19 décès directement attribuables à l'alcool, représentant environ 0,14 % des décès totaux, avec un taux de mortalité ajusté de 1,49 pour 100 000 personnes.


L'alcool fait perdre en moyenne environ 1 an d'espérance de vie


Chaque année, la consommation excessive d'alcool fait perdre en moyenne environ 1 an d'espérance de vie à l'échelle mondiale, voire plus, avec des études de l'OCDE et de l'OMS indiquant des pertes significatives (jusqu'à 2 ans pour des buveurs réguliers) dues aux maladies et accidents, un chiffre pouvant grimper à près de sept ans de moins pour les grands consommateurs. 


Un problème de santé publique majeur


L’OMS estime que l’usage nocif de l’alcool entraîne environ 2,5 millions de décès chaque année dans le monde, en grande partie chez les jeunes. La consommation d’alcool est le troisième facteur de risque de maladie mondiale. Au Gabon, ce fléau mérite une réponse forte, basée sur la prévention, l’éducation et la diversification des loisirs.


Changer les habitudes pour sauver des vies


Face à cette situation alarmante, il est urgent de sensibiliser davantage la population. Boire moins, boire mieux, ou ne pas boire du tout devrait devenir un choix respecté. Développer des activités culturelles, sportives et éducatives offrirait des alternatives saines. Sans cela, l’alcool continuera d’être le refuge facile, mais dangereux, d’une population en quête de divertissement et d’évasion.


Consommation journalière et annuelle


Si un Gabonais consomme en moyenne 9 litres d’alcool pur par an, cela représente environ 0,025 litre par jour (9 ÷ 365 ≈ 0,0247). Pour simplifier, nous dirons 0,025 litre par jour.
Les prix des boissons locales et importées :
Régab : 600 FCFA la bouteille
Beaufort : 800 FCFA la bouteille
Guinness : 1000 FCFA la bouteille
Booster Racine : 800 FCFA la bouteille
Supposons que la quantité d’alcool pur contenue par bouteille soit approximativement :
Régab : 0,33 litre × 5 % d’alcool ≈ 0,0165 litre d’alcool pur
Beaufort : 0,33 litre × 5 % ≈ 0,0165 litre d’alcool pur
Guinness : 0,33 litre × 5 % ≈ 0,0165 litre d’alcool pur
Booster Racine : 0,25 litre × 8 % ≈ 0,02 litre d’alcool pur
Pour arriver à 0,025 litre d’alcool pur par jour, un Gabonais peut consommer :
1 bouteille de Régab (0,0165 litre) + moitié d’une bouteille de Régab (0,00825 litre) → total ≈ 0,02475 litre
Coût : 600 + 300 = 900 FCFA par jour
Dépense journalière moyenne : environ 900 FCFA
Dépense annuelle moyenne : 900 × 365 ≈ 328 500 FCFA


Comparaison avec le coût d’une maison


Si une maison avec terrain coûte 10 millions de FCFA, combien d’années faudrait-il pour l’acheter avec l’argent dépensé en alcool ?
Dépense annuelle : 328 500 FCFA
Nombre d’années pour atteindre 10 millions : 10 000 000 ÷ 328 500 ≈ 30,45 ans
30 ans pour construire une maison. Il faudrait environ 30 ans de dépenses équivalentes à sa consommation d’alcool actuelle pour atteindre le montant nécessaire à l’achat d’une maison avec terrain de 10 millions FCFA.

Par Pamphil

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