MOBILISATION DES PARTENAIRES
La crise du gaz butane qui affecte le Grand Libreville depuis plusieurs jours a poussé hier matin les autorités gabonaises à organiser une réunion d’urgence au ministère du Pétrole et du Gaz. L’objet était de faire le point sur les tensions d’approvisionnement, responsabiliser les opérateurs du secteur et annoncer des mesures concrètes pour un retour rapide à la normale.
La situation, marquée par une raréfaction du produit sur les étals des revendeurs et des files d’attente devant les points de vente, a été évoquée par plusieurs responsables gouvernementaux présents à cette rencontre de haut niveau. Les populations ont constaté depuis plusieurs jours une rareté préoccupante de bouteilles de gaz, avec parfois de la spéculation sur les prix, au détriment des ménages.
Une réunion stratégique au cœur de la crise
Les responsables du ministère du Pétrole et du Gaz ont accueilli les principaux acteurs de la chaîne gazière : représentants des opérateurs pétroliers, distributeurs, logisticiens et autorités de régulation. Objectif affiché par le ministre : « identifier les causes de cette tension et envisager des solutions urgentes pour que le retour rapide à la norme se fasse». Cette rencontre a duré plusieurs heures. Ce qui a souligné l’importance institutionnelle donnée à la problématique.
Sur le plan politique et institutionnel, la tenue même de cette réunion traduit la volonté des autorités de prendre la mesure du mécontentement populaire et d’y répondre de façon structurée, en coordination avec les opérateurs du secteur.
Capacité de production et chiffres clés du marché gabonais
Le Gabon dispose actuellement d’une usine de production de gaz butane à Batanga, dont la capacité annuelle est estimée à 15 000 tonnes par an. Cette usine, construite par Perenco, vise à réduire significativement les importations de GPL et à renforcer l’offre locale.
Pour mieux comprendre l’échelle de consommation, certaines sources techniques du secteur gazier indiquent que la production et le remplissage gaziers journaliers tournent autour de 200 tonnes de gaz, ce qui correspond à environ 16 000 bouteilles remplies sur 10 heures de production dans les centres de remplissage nationaux.
Si l’on extrapole ces volumes, ce sont des centaines de milliers de bouteilles qui sont vendues chaque année au Gabon, sachant qu’une production de 15 000 tonnes/an représente une part significative de la consommation locale. Dans des villes comme Libreville, où la densité de population est la plus élevée du pays, des milliers de bouteilles sont distribuées chaque jour pour assurer les besoins domestiques des ménages.
Engagements et annonces des responsables
Parmi les prises de parole, Thibault Gaël Idoumi, directeur général de l’Aval pétrolier et gazier, a insisté sur l’urgence de rassurer les populations et d’optimiser l’exploitation du gaz sur le terrain. Selon lui, le ministère veut une distribution plus rapide et plus fiable afin de combler le déficit observé ces derniers jours.
« Il était question de rassurer les populations et que les marketeurs viennent nous dire comment ils vont mettre en exploitation le gaz sur le terrain pour pouvoir avoir une distribution plus rapide… augmenter les capacités de production de gaz, donc d’emplissage, pour permettre à tous les ménages d’avoir le gaz… les partenaires ont pour leur part rassuré la tutelle sur la disponibilité des stocks et annoncé le renforcement du ravitaillement des points de vente dans le Grand Libreville »
De son côté, Jean Baptiste Bikalou, directeur général de Pétro Gabon, a réaffirmé devant le ministre son engagement à étendre l’amplitude des centres de production. Il a notamment annoncé que la Société Gabonaise d’Entreposage de Produits Pétroliers (SGEPP) allait travailler dans un premier temps jusqu’à 24h/24, avec l’étude de la mise en place d’une troisième équipe pour assurer une production continue :
«Nous allons pouvoir ouvrir ou alors augmenter l’amplitude de nos centres emplisseurs… maintenant en train de regarder la possibilité de mettre une troisième équipe pour travailler 24h sur 24 pour nous permettre de pouvoir résoudre dans les 15 jours qui arrivent au maximum »
Mesures concrètes adoptées
À l’issue de la réunion, plusieurs mesures concrètes ont été présentées :
Renforcement du ravitaillement des points de vente dans le Grand Libreville, afin de réduire les ruptures en rayon.
Augmentation progressive des capacités d’emplissage grâce à une organisation du travail en 24 h/24 dans les centres de remplissage existants.
Déploiement accéléré de nouveaux centres relais dans les autres provinces pour désengorger Libreville.
Contrôle renforcé des stocks et coordination logistique pour optimiser le flux de gaz depuis les ports jusqu’aux zones de distribution.
Communication publique accrue pour rassurer les populations sur la disponibilité des volumes et éviter la spéculation abusive sur les prix.
Rôle central du ministère : coordination et concertation
Les autorités ont insisté sur le rôle central du ministère du Pétrole et du Gaz dans cette crise — non seulement comme régulateur, mais aussi comme coordonnateur des actions entre les opérateurs privés et publics. Les responsables ont souligné l’importance d’une concertation permanente pour anticiper les tensions d’approvisionnement, notamment à Libreville, où la consommation de gaz est la plus forte.
Le ministère a appelé les populations à garder leur calme, affirmant que les efforts en cours — tant du côté de la production que de la distribution — permettront de rétablir durablement l’accès au gaz domestique dans les jours et semaines à venir.
Alors que les initiatives annoncées doivent encore se concrétiser sur le terrain, l’engagement politique et institutionnel affiché hier constitue une avancée dans la gestion de cette crise, avec des mesures qui, selon les autorités, devront permettre de normaliser rapidement l’approvisionnement en gaz butane pour les ménages gabonais.