RETOUR À LA PEINE DE MORT ?
Le débat fait rage au Gabon autour d’un sujet aussi sensible que radical : le retour de la peine de mort. Longtemps abolie, cette sanction ultime refait surface dans l’espace public, portée par une série noire de crimes particulièrement violents qui choquent l’opinion. Meurtres, mutilations, crimes rituels impliquant parfois des enfants : pour une partie importante de la population, le temps serait venu de « couper court » à l’horreur.
Une colère populaire nourrie par les crimes de sang
Dans les quartiers populaires, les villages reculés et les zones périurbaines, la colère est palpable. Beaucoup de Gabonais disent oui à la peine de mort. Les crimes de sang se multiplient et ne lésinent pas sur les moyens de barbarie : hommes tués avec une facilité déconcertante, femmes mutilées, enfants parfois assassinés, corps abandonnés dans les broussailles ou à l'arrière de véhicule. À cela s’ajoutent des crimes rituels, où certains organes des victimes sont enlevés, alimentant un climat de peur et de suspicion généralisée.
Pour les familles des victimes, les familles éplorées, la peine de mort apparaît comme une réponse légitime, voire nécessaire. Elles estiment que la société doit envoyer un signal fort pour inverser la tendance et dissuader ceux qui tuent « sans foi ni loi ». À leurs yeux, l’impunité actuelle encourage les criminels et banalise la mort.
Des criminels rapidement identifiés, mais après ?
Un autre argument avancé par les partisans du retour de la peine capitale concerne la facilité avec laquelle les criminels passent aux aveux. Dans de nombreux cas, les auteurs sont rapidement identifiés, arrêtés et reconnaissent les faits. Certains vont même jusqu’à désigner des commanditaires, souvent soupçonnés d’appartenir à des cercles influents. Pour ces citoyens favorables à la peine de mort, il est incompréhensible que des individus capables de tels actes puissent espérer un jour retrouver la liberté.
« Quand on sait qui a tué, comment et pourquoi, pourquoi hésiter ? », s’interrogent-ils. Pour eux, la page sombre de ces violences ne pourra être tournée qu’avec des sanctions exemplaires. Le couperet de la peine de mort serait alors un moyen de restaurer la peur du châtiment et de protéger les innocents.
La crainte de l’arbitraire et d’une justice défaillante
Mais en face, les voix opposées sont tout aussi déterminées. Beaucoup craignent l’arbitraire, car la justice gabonaise est régulièrement accusée d’être corrompue et instrumentalisée. Dans un tel système, le coupable pourrait ne pas être le véritable coupable. Les erreurs judiciaires, irréversibles en cas de peine de mort, hantent les esprits.
Les enquêtes sont parfois bâclées, faute de moyens matériels, financiers et techniques nécessaires et suffisants. Dans ces conditions, certains estiment qu’il serait dangereux de remettre en place une sanction aussi définitive. « Ce serait mettre la charrue avant les bœufs », disent-ils, plaidant d’abord pour une réforme profonde de la justice avant toute décision radicale.
Une justice à deux vitesses dénoncée
Un autre reproche majeur concerne l’inégalité devant la loi. Les gens hauts placés dans l’administration, les riches et les puissants seraient souvent privilégiés aux dépens des faibles. Dans ce contexte, la peine de mort risquerait de s’abattre surtout sur les pauvres, pendant que les véritables commanditaires échapperaient au couperet.
Pour ces opposants, le retour de la peine capitale ne résoudrait pas les causes profondes de la criminalité : pauvreté, chômage, dérives occultes et perte de repères. Ils appellent plutôt à renforcer les enquêtes, à moderniser la police et la justice, et à lutter sérieusement contre la corruption.
Les voix de l’Église et des chrétiens gabonais
Les gens d’Église, notamment certains chrétiens gabonais, se positionnent clairement contre le retour de la peine de mort. Au nom du respect de la vie et du pardon, ils estiment que l’État ne doit pas se substituer à Dieu pour ôter la vie. Pour eux, même le pire des criminels doit avoir la possibilité de se repentir.
Ils reconnaissent la souffrance immense des victimes, mais appellent à ne pas répondre à la violence par la violence. Selon eux, la société gabonaise doit chercher des solutions qui réparent, protègent et préviennent, plutôt que de simplement punir.
Un choix de société encore incertain
Entre désir de justice expéditive et peur des dérives, le Gabon est divisé sur la question. Le débat fait rage et révèle les fractures profondes d’une société en quête de sécurité et de confiance.