tvplusafrique

Société

ACCIDENTS MORTELS SUR LES LIEUX DE TRAVAIL

ACCIDENTS MORTELS SUR LES LIEUX DE TRAVAIL
Accidents mortels au travail au Gabon : hausse inquiétante en 2024 dans le BTP, bois et mines, sécurité insuffisante, sous-déclaration, drame à Nkok relançant l’urgence de prévention nationale, travailleurs, contrôles, renforcés.

Au Gabon, les accidents survenus en milieu professionnel prennent une ampleur préoccupante et s’installent progressivement parmi les priorités nationales en matière de santé publique. Les chiffres les plus récents, recueillis en 2024 par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en collaboration avec le ministère du Travail, révèlent une recrudescence significative des accidents graves et parfois mortels, notamment dans certains secteurs stratégiques de l’économie. Le bâtiment et travaux publics, l’exploitation forestière, les mines et les transports concentrent l’essentiel des sinistres recensés, exposant chaque jour des milliers de travailleurs à des risques élevés.


Des statistiques encore incomplètes mais une tendance inquiétante


Bien que le pays ne dispose pas encore d’un système statistique aussi exhaustif que celui de certaines nations industrialisées, les autorités reconnaissent que la tendance actuelle est alarmante. Les accidents entraînant des décès ou des incapacités permanentes se multiplient sur les chantiers et dans les sites d’exploitation, suscitant de vives inquiétudes tant au sein des pouvoirs publics que des partenaires sociaux.


D’après les données de la CNSS, environ deux tiers des accidents officiellement déclarés concernent le BTP, les filières bois et les industries minières. Ces secteurs, véritables moteurs de l’économie gabonaise, emploient à eux seuls plus de 40 % des salariés du secteur formel.


Le poids de l’économie informelle dans la sous-déclaration


À cette réalité s’ajoute une dimension plus difficile à cerner : celle des accidents non déclarés, particulièrement répandus dans l’économie informelle, qui regroupe près de 60 % de la population active. Cette sous-déclaration massive fausse l’évaluation globale du phénomène et laisse supposer que le nombre réel d’accidents graves est bien supérieur aux chiffres officiels.


La sécurité au travail érigée en priorité politique


Conscient de l’ampleur du problème, le gouvernement issu de la transition politique d’août 2023 a décidé de placer la sécurité au travail au cœur de son action sociale. Dès les premiers mois de la transition, un plan national de prévention des risques professionnels a été mis en œuvre sous l’impulsion du ministère du Travail et de la Lutte contre le chômage, avec l’appui de la CNSS, de l’Inspection générale du travail et des organisations syndicales représentatives.


Renforcement des contrôles et des moyens de l’inspection du travail


Ce programme repose sur plusieurs leviers. L’un des axes majeurs consiste à renforcer les capacités humaines et matérielles de la Direction générale du travail et des services d’inspection. Le recrutement progressif de nouveaux inspecteurs est prévu afin d’intensifier les contrôles, en particulier sur les sites identifiés comme les plus dangereux. Les inspections sur les chantiers, longtemps insuffisantes faute de moyens, connaissent ainsi une relance progressive.


Sensibilisation et culture de la prévention


Parallèlement, les autorités ont réactivé les campagnes nationales de sensibilisation à la prévention des risques professionnels. Ces actions ciblent prioritairement les grandes zones industrielles et minières de Libreville, Port-Gentil et Moanda, où la fréquence des accidents demeure élevée. L’objectif est d’inculquer aux employeurs comme aux travailleurs les réflexes indispensables en matière de sécurité et de respect des normes.


Vers un dispositif national de recherche et de financement


Dans une logique de durabilité, l’exécutif gabonais projette la création ou le renforcement d’un organisme national dédié à la recherche et à la prévention en santé et sécurité au travail. Inspirée d’expériences étrangères, cette structure travaillerait en synergie avec les universités et les centres de formation professionnelle.


Un fonds spécifique consacré à la prévention des accidents du travail est également en cours de mise en place. Alimenté conjointement par l’État et les cotisations sociales, ce mécanisme devrait bénéficier d’un financement pluriannuel de plusieurs milliards de francs CFA à l’horizon 2028.


Un enjeu de crédibilité pour l’action publique


Pour le ministre du Travail, la prévention constitue un investissement stratégique, tant pour la sauvegarde des vies humaines que pour la compétitivité des entreprises. La promotion d’une véritable culture de la sécurité devient ainsi un impératif national. Des distinctions officielles visant à valoriser les entreprises exemplaires en matière de sécurité au travail sont d’ailleurs envisagées à partir de 2026.


Dans un pays où chaque accident grave fragilise des familles entières et pèse lourdement sur l’économie, la réduction des morts et des blessures professionnelles apparaît désormais comme un indicateur clé de l’efficacité de l’action publique. Le chantier reste immense, mais les autorités assurent que les réformes engagées depuis 2023 amorcent un tournant décisif pour la protection des travailleurs gabonais.


 

Par Pamphil

Top Articles