CRÉDIT EN HAUSSE AU GABON
La dernière note de conjoncture sectorielle publiée par la Direction Générale de l’Économie et de la Politique Fiscale (DGEPF) révèle une dynamique contrastée du crédit intérieur à la fin du deuxième trimestre 2025. Selon ce document, les crédits intérieurs nets ont enregistré une hausse de 10,7 %, soutenue à la fois par le renforcement des crédits à l’économie et par l’accroissement des créances sur l’État. Si cette progression peut apparaître comme une bouffée d’oxygène pour le secteur financier, elle laisse aussi entrevoir des zones de fragilité qui imposent de revoir certaines stratégies.
Une évolution globalement positive
L’évolution des crédits intérieurs depuis janvier 2016 montre une tendance en dents de scie, avec des variations trimestrielles souvent contrastées. Les chiffres de la DGEPF indiquent qu’après une période de croissance modérée au deuxième trimestre 2024 (+4,5 %), suivie d’un recul au troisième trimestre (-1,0 %), le crédit intérieur a repris vigueur au deuxième trimestre 2025 avec une augmentation notable de 10,7 % par rapport au trimestre précédent. Sur un an, la progression atteint 14,7 %.
Cette reprise s’explique en grande partie par la dynamique des crédits à l’économie, qui représentent 47,1 % du total du crédit intérieur, contre 49 % au trimestre précédent. Après une période difficile marquée par une baisse de 7,1 % au premier trimestre 2025, les crédits à l’économie ont progressé de 6,4 % sur trois mois, signe que le mécanisme de relance monétaire commence à fonctionner à plein régime.
Les crédits à l’économie : une pilule dure à avaler pour certains secteurs
L’augmentation des crédits à l’économie reste toutefois inégale selon les secteurs. La reprise intervient après l’assouplissement de la politique monétaire de la Banque des États de l’Afrique Centrale (B.E.A.C.) lors de son Comité de Politique Monétaire de mars 2025, et grâce au renforcement des ressources des banques commerciales. Cependant, certains acteurs économiques continuent de faire grise mine en demi-teinte face à la lenteur des décaissements et aux conditions encore restrictives pour les PME.
Certains analystes estiment que cette hausse des crédits est une pilule dure à avaler pour les institutions financières, qui doivent corriger les lacunes observées dans l’octroi des prêts tout en gérant le risque de surendettement. Le secteur reste donc en lice pour une reprise durable, mais il faudra procéder à quelques ajustements pour que l’effet de relance profite à l’ensemble de l’économie.
Les créances nettes sur l’État : une contrainte persistante
Parallèlement, les créances nettes sur l’État se sont accrues de 14,9 % au deuxième trimestre 2025, sous la pression des contraintes budgétaires. Cette situation reflète le besoin constant de financement public, mais elle grince des dents auprès des banques, qui voient leur exposition à l’État s’alourdir. La note de la DGEPF souligne que cette tendance pourrait amener certaines institutions à revoir leurs objectifs à la baisse en matière de prêts aux entreprises, afin de sécuriser leur portefeuille.
En d’autres termes, si les crédits à l’économie reprennent, la forte croissance des créances sur l’État constitue un signal d’alerte : les ressources du système bancaire restent limitées et le secteur doit conjuguer relance et prudence.
Une relance qui nécessite des ajustements
La reprise des crédits intérieurs est donc encourageante, mais elle doit être analysée avec prudence. La relance économique amorcée par l’assouplissement monétaire et l’augmentation des ressources bancaires fonctionne, mais certaines lacunes structurelles subsistent. Le secteur bancaire doit revoir ses objectifs à la baisse dans certains segments et procéder à quelques ajustements dans ses politiques de prêt.
Le gouvernement, de son côté, devra trouver un équilibre entre le financement de ses besoins et la santé financière du système bancaire. Le défi est de taille, car il faudra éviter que la relance se transforme en surchauffe du crédit ou en accumulation excessive de créances douteuses.
Vers une stabilisation durable ?
L’indice des crédits intérieurs montre que le chemin vers une reprise durable est encore semé d’embûches. Sur un an, la progression des crédits à l’économie reste modeste (+0,7 %), tandis que les créances sur l’État ont bondi de 7,6 %. Ce contraste illustre une réalité que les acteurs financiers connaissent bien : le crédit fonctionne à plein régime pour répondre aux besoins de l’État, mais peine encore à atteindre certains segments de l’économie productive.
Pour les analystes, la situation appelle à une réflexion sur les mécanismes de soutien aux entreprises, notamment les PME, qui doivent bénéficier d’un accès plus fluide au crédit. La note de conjoncture souligne la nécessité de corriger les lacunes, d’adapter les outils de financement et de renforcer la coordination entre les banques et les autorités monétaires.
Un regain d’optimisme mesuré
En définitive, les chiffres du deuxième trimestre 2025 offrent une bouffée d’oxygène pour le secteur financier et pour l’économie en général. La progression des crédits intérieurs et le renforcement des crédits à l’économie témoignent d’une reprise après plusieurs trimestres difficiles.
Cependant, la pilule reste dure à avaler pour certains acteurs, et la forte hausse des créances sur l’État rappelle que le chemin vers une reprise équilibrée est encore long. Le secteur bancaire devra procéder à quelques ajustements et corriger certaines lacunes pour que la relance bénéficie pleinement à l’économie réelle. La prudence reste de mise, même si le regain d’optimisme est réel : le crédit est en marche, mais il faudra éviter que certains rouages ne grincement des dents en cours de route.
D’un point de vue économique
D’un point de vue économique, cette évolution du crédit intérieur traduit une relance en cours mais encore déséquilibrée de l’économie gabonaise. La hausse de 10,7 % du crédit intérieur constitue une bouffée d’oxygène pour l’activité, en signalant que le canal bancaire recommence à fonctionner à plein régime après une période de tensions. Le redémarrage des crédits à l’économie soutient la demande, l’investissement privé et la trésorerie des entreprises, même si certaines PME affichent encore une grise mine en demi-teinte face à des conditions d’accès au crédit qui restent sélectives. Pour le tissu productif, cette reprise demeure en lice pour soutenir la croissance, mais elle reste une pilule dure à avaler tant que les financements ne sont pas mieux répartis.
Pour le budget annuel de l’État gabonais, l’augmentation marquée des créances sur l’État révèle un besoin de financement public persistant. À court terme, cela permet de couvrir les dépenses budgétaires et d’éviter des arriérés, mais à moyen terme, cette situation peut faire grincer des dents le secteur bancaire et l’inciter à revoir ses objectifs à la baisse en matière de crédits au privé. D’où la nécessité, pour les autorités, de corriger les lacunes de la gestion budgétaire et de procéder à quelques ajustements afin que la relance ne repose pas excessivement sur l’endettement bancaire de l’État, au risque de freiner l’économie réelle.
Le crédit intérieur désigne l'ensemble des ressources financières (prêts, achats de titres, crédits commerciaux) fournies par des institutions financières nationales (banques, assurances, etc.) à d'autres entités nationales, notamment le secteur privé (entreprises, ménages) et parfois les entreprises publiques, créant des créances à rembourser.