EXONÉRATIONS SANS CONTREPARTIES
Depuis l’instauration du dispositif d’exonérations fiscales en faveur des importateurs, destiné officiellement à lutter contre la vie chère, les résultats semblent loin des promesses gouvernementales. Alors que les Gabonais continuent de voir leurs factures alimentaires grimper, les opérateurs économiques bénéficient d’avantages fiscaux conséquents, sans qu’aucune baisse notable des prix ne soit constatée dans les supermarchés et marchés locaux.
Des exonérations massives pour les importateurs
Le gouvernement gabonais a annoncé que certaines taxes sur les importations seraient suspendues jusqu’en 2026. L’objectif affiché : réduire le coût des produits alimentaires et faciliter l’accès aux denrées de première nécessité. Concrètement, ces exonérations concernent les droits de douane et la TVA sur un large éventail de produits importés, allant des céréales aux produits laitiers, en passant par les huiles et les légumineuses.
Pour les opérateurs économiques, ces mesures représentent une manne financière très considérable. Elles leur permettent de diminuer leurs charges, d’accroître leurs marges et, dans certains cas, d’investir davantage dans leurs activités. Les grands importateurs se retrouvent donc dans une situation privilégiée, bénéficiaires d’une aide indirecte de l’État qui n’impose aucune obligation stricte de répercussion des baisses sur les prix à la consommation. Ils se frottent les mains.
Des consommateurs laissés pour compte
De l’autre côté, les Gabonais continuent de faire face à la hausse du coût de la vie. Selon des associations de consommateurs et des lanceurs d'alerte, les prix des denrées alimentaires ont changé malgré les exonérations fiscales. Les ménages les plus modestes restent ainsi les principales victimes de ce dispositif, confrontés à des difficultés quotidiennes pour nourrir leur famille.
Cette situation soulève une question centrale : pourquoi accorder des avantages fiscaux considérables aux importateurs si cela ne se traduit pas par une baisse concrète des prix pour les consommateurs ? Certains experts estiment que le dispositif actuel favorise avant tout les intérêts privés et les grandes entreprises, au détriment du pouvoir d’achat des ménages.
Connue pour ses prises de position sur la vie chère au Gabon, notamment en matière d'alimentation, une lanceuse d'alerte continue de dénoncer ce qu'elle considère comme des abus persistants. Dans de nombreuses surfaces commerciales, les produits de première nécessité ont enregistré des hausses vertigineuses. “Le Gabonais ne mange plus la boîte de cassoulet 2500 le kilo de poisson pêché dans nos eaux au Gabon 4500 F l'huile le riz le sac de riz qui coûtait à l’époque 3200 F , aujourd'hui ça coûte 4500 F. Nos Gabonais ne font même plus le petit-déjeuner le matin”, a-t-elle déclaré chez un confrère.
Une absence de contrôle et de suivi
Le problème majeur réside dans l’absence de mécanismes de contrôle et de suivi. Le gouvernement n’impose pas aux importateurs de conditions strictes pour que les économies réalisées grâce aux exonérations soient répercutées sur les prix de vente. Sans indicateurs précis ni sanctions en cas de non-respect, le dispositif reste largement symbolique pour les consommateurs.
Des observateurs dénoncent également un manque de transparence dans l’octroi de ces avantages fiscaux. Les critères de sélection des bénéficiaires ne sont pas clairement communiqués, ce qui alimente le sentiment de favoritisme économique et de clientélisme. Dans ce contexte, la lutte contre la vie chère semble servir davantage à soutenir les opérateurs qu’à protéger les ménages gabonais.
“Avec 10 000, tu ne peux pas acheter un seul kilo de poissons qui coûte 2500 F. Car ça ne fait que 3 poissons seulement. Tu as 5, 6 enfants, vous allez manger 3 poissons ? ”
a déclaré un consommateur gabonais
L’État face à ses responsabilités
Cette situation interpelle directement la responsabilité de l’État. Comment justifier que les importateurs profitent d’allègements fiscaux massifs alors que les familles gabonaises peinent à se nourrir ? Les critiques pointent du doigt une politique publique qui manque de cohérence de la part des autorités chargés sur le terrain de sa mise en oeuvre.
Certains économistes suggèrent que des mesures plus ciblées, comme des subventions directes aux consommateurs ou un contrôle strict des marges pratiquées par les distributeurs, seraient plus efficaces pour améliorer le pouvoir d’achat. D’autres proposent une révision complète du dispositif afin d’imposer des obligations concrètes aux importateurs, par exemple en exigeant une baisse proportionnelle des prix de vente au détail.
Vers un rééquilibrage nécessaire
Pour l’instant, le dispositif « vie chère » semble protéger avant tout les intérêts privés, laissant les Gabonais confrontés à la hausse constante des prix. L’expérience montre qu’une exonération fiscale sans contrepartie stricte ne suffit pas à améliorer le quotidien des ménages.
“Nous avons convoqué les opérateurs économiques en leur faisant comprendre que, sorti de la mercuriale, nous entrons dans la démarche centrale d'achat. Mais eux-mêmes, ils ont fait comprendre que par rapport à la fréquence de leurs importations, les importations pourraient jusqu'à avril 2026 être sous la bannière de l'agrément vie chère. Donc, jusqu'à avril 2026, ils vont continuer à faire venir leurs produits, bénéficiant ainsi de l'exonération par la présentation de l'agrément vie chère. Notre opération a consisté justement à s'assurer auprès d'eux qu'en principe, jusqu'à avril 2026, les prix ne devraient pas changer. Le prix doit rester tel qu'on le connaît dans la mercuriale jusqu'à ce jour”
a déclaré Elise Emmanuella Ntsame Obame, directrice générale de la direction générale de la consommation et répression des fraudes (DGCCRF)
Si l’État souhaite réellement soulager les familles et lutter contre la vie chère, il devra revoir ses priorités et mettre en place des mécanismes de suivi rigoureux. Sans cela, le fossé entre les opérateurs économiques bénéficiaires et les consommateurs reste béant, et le sentiment d’injustice sociale risque de se renforcer.