LA PROTECTION DES REQUINS
À Mayumba, petite ville côtière du sud du Gabon, la conservation des requins prend une tournure nouvelle. Ici, ce ne sont pas seulement les scientifiques ou les administrations qui décident : ce sont avant tout les communautés locales qui sont au cœur du processus. Pêcheurs, chefs coutumiers, ONG et acteurs de la filière halieutique sont invités à partager leur avis et leurs connaissances, pour que la protection des zones sensibles devienne une opportunité collective, et non une contrainte.
Un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes
Après la phase préparatoire et les échanges institutionnels, la mission de terrain est entrée au cœur du processus : la consultation des communautés locales autour de la zone de nurserie de requins. Pendant plusieurs jours, les équipes ont rencontré des chefs coutumiers, des pêcheurs, des consommateurs, des représentants religieux, des administrations locales et des ONG. L’objectif était d’ouvrir un dialogue direct, franc et inclusif, pour mieux comprendre les besoins et préoccupations de chacun.
Ces rencontres permettent d’expliquer les enjeux liés à la protection de la zone, de partager les données scientifiques existantes et d’écouter les pratiques locales. Les discussions portent aussi sur les modalités de protection qui permettent de préserver la ressource tout en maintenant les activités de pêche et les usages locaux.
Cartographie et compréhension concrète du terrain
Pour que chacun comprenne exactement de quelles zones il est question, un géomaticien de l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) a présenté les limites précises de la zone de nurserie. Cette démarche favorise une meilleure compréhension et évite toute ambiguïté sur les espaces d’activité des pêcheurs.
En parallèle, les échanges ont porté sur les types d’engins et de pratiques de pêche susceptibles de réduire les captures accidentelles de requins. L’accent a été mis sur la nécessité d’accompagner ces changements avec des mesures adaptées pour que la conservation soit perçue comme une opportunité collective, et non comme une restriction imposée.
La voix des pêcheurs et des chefs coutumiers
Pour beaucoup de pêcheurs, la consultation est une première étape importante. Samuel, pêcheur depuis 20 ans à Mayumba, explique :
« Avant, nous avions l’impression que les décisions étaient prises sans nous. Aujourd’hui, on nous écoute. On peut dire ce qui fonctionne, ce qui est difficile pour nos familles. Et ça change tout, parce qu’on se sent impliqués. »
De son côté, le chef coutumier local insiste sur le rôle de médiateur entre la tradition et la conservation :
« Nos ancêtres respectaient la mer. Aujourd’hui, nous devons protéger les jeunes requins pour que nos enfants puissent aussi pêcher un jour. Les scientifiques viennent avec leurs cartes et leurs données, mais nous, nous savons comment la mer vit chaque saison. Ensemble, on trouve un compromis. »
Ces témoignages montrent que la consultation ne se limite pas à écouter, mais à co-construire les solutions.
Une conservation qui devient une opportunité collective
L’ensemble des contributions recueillies lors de ces consultations servira à enrichir les analyses techniques et les propositions de gestion du futur sanctuaire de requins. L’approche adoptée à Mayumba est concertée, réaliste et durable, fondée sur l’écoute et le respect des usages locaux.
Les communautés locales ne sont plus de simples bénéficiaires de décisions prises ailleurs : elles participent activement à la définition des règles, à l’identification des zones à protéger et aux stratégies pour réduire les impacts sur la pêche. Cette méthode transforme la conservation en projet collectif, où chaque acteur trouve sa place.
Un modèle à suivre
À Mayumba, la protection des requins montre qu’une conservation réussie ne peut pas se faire sans la participation des habitants. En impliquant pêcheurs, chefs coutumiers, ONG et administrations, la démarche devient inclusive et bénéfique pour tous. Ce modèle, basé sur le dialogue et la co-construction, pourrait bien inspirer d’autres initiatives au Gabon et ailleurs.
Ici, protéger les requins ne signifie pas interdire, mais construire ensemble un avenir durable, où la mer et les communautés vivent en harmonie.