LIBERTÉ DE LA PRESSE : BAMAKO INTERDIT “JEUNE AFRIQUE” POUR “APOLOGIE DU TERRORISME” ET “DIFFAMATION”
Coup de tonnerre médiatique à Bamako.
Les autorités maliennes ont annoncé, ce vendredi 16 janvier, l’interdiction immédiate de la circulation, de la distribution et de la vente du magazine Jeune Afrique sur tout le territoire national.
Le ministère de l’Administration territoriale justifie cette décision par des accusations lourdes : “apologie du terrorisme”, “diffamation” et “incitation à la haine”.
En ligne de mire, un article publié la veille et intitulé « Crise du carburant au Mali : pourquoi Assimi Goïta ne parvient pas à sortir de l’ornière », dans lequel le média pointait du doigt la gestion gouvernementale de la pénurie d’hydrocarbures.
Les autorités dénoncent des “accusations fallacieuses et subversives” et affirment vouloir préserver “l’ordre public”.
Depuis plusieurs mois, le Mali, dirigé par le général Assimi Goïta à la suite des coups d’État de 2020 et 2021, multiplie les mesures répressives contre la presse et les médias étrangers.
De nombreux correspondants ont déjà été expulsés, réduits au silence ou privés d’autorisation de travail.
Les accès à certaines chaînes internationales, dont RFI et France 24, avaient déjà été suspendus.
Sur le fond, l’article de Jeune Afrique évoquait un dispositif sécuritaire jugé “coûteux et difficilement soutenable” mis en place pour accompagner les convois de carburant, alors que le pays subit depuis octobre une grave pénurie provoquée par un blocus du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Les militaires au pouvoir réfutent également des “allégations d’exactions” attribuées à leurs forces et à leurs alliés du groupe paramilitaire russe Africa Corps, successeur du groupe Wagner, engagés dans la lutte contre les djihadistes.
Cette nouvelle interdiction illustre la fermeture progressive de l’espace médiatique malien, dans un contexte où toute critique envers le pouvoir est désormais perçue comme une attaque contre l’État.
Une mesure qui alimente les inquiétudes sur la liberté d’informer au Mali, déjà fragilisée par des années de tensions politiques et de guerre contre les groupes armés.