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LE CRI DU CŒUR DE LA DIGNITÉ

LE CRI DU CŒUR  DE LA DIGNITÉ
La grève est un droit

Le terrain de basket d’Awendjé a vibré, ce 17 janvier 2026, sous les acclamations d’un collectif d’enseignants plus soudé que jamais. Entre colère sociale et exigence de respect, l’Assemblée générale de SOS Éducation a marqué un tournant décisif dans le bras de fer qui oppose les pédagogues aux autorités. Le message est sans équivoque : la corporation ne reculera plus.


Un quotidien devenu insupportable


Ouvrant la série des interventions, Mme Engone a dressé un tableau alarmant du quotidien des enseignants, marqué par une précarité devenue, selon elle, insoutenable.
« Aujourd’hui, au-delà des revendications statutaires, c’est notre survie quotidienne qui est en jeu », a-t-elle déclaré.


Elle a dénoncé le poids des charges courantes dans un contexte d’inflation galopante :
« Quand un enseignant dépense jusqu’à 35 000 francs CFA par mois pour le transport, comment peut-il encore payer son loyer et nourrir sa famille ? »


Cette détresse touche également les enfants des enseignants :
« Même nos enfants subissent cette précarité. Certains ne peuvent pas intégrer des établissements comme le Prytanée militaire, le Berret Vert, faute de moyens », a-t-elle ajouté.


Marcel Libama : « La grève est un droit constitutionnel, nous sommes des résistants »


Marcel Libama a pris la parole sur un ton à la fois rassurant et combatif, appelant les enseignants à la sérénité et à la confiance.
« Pourquoi paniquer alors que vous avez la situation en main ? », a-t-il lancé, en s’adressant explicitement aux enseignants.


Usant d’une métaphore forte pour appeler à la lucidité collective, il a poursuivi :
« Vous savez que lorsqu’on veut connaître le sexe du serpent, il faut le brûler. Chers compatriotes, je suis venu vous rassurer : nous sommes sur la voie du respect, de la considération et de la dignité. »


Pour Marcel Libama, la force prêtée aux autorités repose avant tout sur la posture des enseignants eux-mêmes :
« S’ils sont forts, c’est parce que nous sommes à genoux. Levons-nous, et vous verrez qu’ils ne sont pas aussi forts que ça. »


Assumant la logique du rapport de force, il a ajouté :
« On n’obtient pas de changement si on ne fait pas peur. »


Abordant les pressions administratives, il a relativisé leur portée :
« Je veux vous parler des menaces à deux balles. Ces menaces ne fonctionnent qu’avec les chargés de cours, pas avec les enseignants. »


Sur le plan juridique, il a été catégorique :
« La grève est un droit constitutionnel. Nous sommes protégés. »
Avant d’insister :
« Ce droit est aussi un droit à la désobéissance, un droit à la résistance. Et nous sommes tous des résistants. »


Appelant à une résistance collective, il a conclu :
« Nous devons résister aux menaces, résister aux listes, résister aux inspections. Ce sont des ballons d’essai pour voir comment ça va marcher. »


Dans une formule symbolique, il a rappelé le prix du combat :
« Tous les chrétiens ne peuvent pas aller au paradis sans mourir. »


Revendi­quant son expérience syndicale, il a lancé :
« En matière de grévélogie, j’ai le CV le plus lourd. »


Enfin, il a remis en cause la réalité du dialogue institutionnel :
« S’il n’y a pas eu de procès-verbal, il n’y a pas eu de négociation. Donc il n’y a eu aucune négociation. »


Sur le plan institutionnel, il a précisé :
« Selon la Constitution, le vice-président n’a aucun pouvoir. Celui qui a le pouvoir, c’est le chef du gouvernement. »


Avant d’interpeller directement le président de la Transition :
« Le chef du gouvernement s’appelle le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema. »
Et de conclure :
« Quand il y a ce type de crise, tu prends tes responsabilités. »


La dignité face aux intimidations


Reprenant la parole après ces interventions, la base de SOS Éducation a réaffirmé son refus des pressions et des promesses non tenues. Mme Engone a martelé :
« La dignité n’a pas de prix. »


Elle a souligné que la mobilisation dépasse les intérêts individuels :
« Se lever aujourd’hui, c’est honorer notre statut de modèles pour la jeunesse qui nous regarde. »


Le scandale des “fiches bleues” : le prix de la magouille administrative


L’Assemblée générale a ensuite donné la parole aux enseignants bénévoles. Une collègue, précarisée depuis près de dix ans, est intervenue au nom des établissements confessionnels du Gabon.


« Les fiches bleues signées depuis le mois d’août ont été invalidées, au motif de prétendues magouilles entre les administrations », a-t-elle révélé, avant de s’interroger :
« Est-ce à nous de payer le prix de cette magouille administrative ? »


Le collectif exige que ces fiches soient prises en compte au même titre que celles des bénévoles de la Fonction publique.


Une solidarité à toute épreuve : « Prenez tous nos noms »


Face aux tentatives d’identification des grévistes, SOS Éducation oppose une solidarité totale.
« Si vous voulez nos noms, alors prenez-les tous », a lancé Mme ENGONE.


Appelant à une inscription massive sur les listes de présence, elle a conclu sous les applaudissements :
« Qu’ils construisent d’autres prisons, car nous sommes désormais unis par une cause commune et indivisible. »


L’heure du « tout ou rien »


L’Assemblée générale s’est achevée sur un mot d’ordre sans équivoque : « C’est tout ou rien ».
« Nous ne demandons pas des faveurs, mais simplement ce qui nous est dû », a rappelé Mme Engone.
« Nous sommes Africains et nous savons que la dignité est la chose la plus importante. Il faut se lever pour nous tous, parce que la cause est commune. »

Par NZENGUE BOULENDE

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