UN COMBAT ENTRE CICATRICES ET PÉTALES
A la plage du Lycée National Léon Mba, ce vendredi 27 janvier 2026, nous avons fait la rencontre d’un gabonais floriculteur. À 45 ans, Koumba Yalande porte sur son visage les stigmates d'un passé douloureux, mais dans ses mains, la délicatesse des fleurs qu'il compose. Entrepreneur, horticulteur et militant, il revient sur un parcours marqué par l'injustice et la volonté de se reconstruire.
Le drame du 11 octobre 1990 : Une enfance fauchée.
Tout bascule pour Koumba alors qu'il n'a que 10 ans. Victime d'un grave accident de la circulation entre Plein Ciel et l'échangeur d'Awendjé, sa vie prend un tournant brutal.
« À l'âge de 10 ans, le 11 octobre 1990, j'ai été victime d'un accident sur la voie publique... J'ai eu un traumatisme crânien, j'ai perdu mes dents. »
Ce choc n'est pas seulement physique ; il marque le début d'une longue errance administrative et médicale qui perturbera l'ensemble de son cursus scolaire.
Trente ans de bataille contre le "système" des assurances.
Le cœur du récit de Koumba Yalande réside dans le sentiment d’injustice face aux grandes compagnies d'assurance. Malgré les séquelles visibles et les besoins de chirurgie réparatrice, le dénouement financier est loin d'être à la hauteur du préjudice subi.
« Ma maman avait demandé 150 millions pour les dommages et intérêts... mais ils ont tourné le dossier pendant 30 ans pour dire à la fin que ce dossier avait déjà atteint la prescription. »
Finalement, après trois décennies d'attente, il ne percevra qu'une somme dérisoire par rapport aux attentes initiales.
« On m'a donné 4 millions chez Ogar et 2 millions chez Axa. Ça fait 6 millions... Pour moi, c'est comme un acompte, parce que l'accident a brisé ma vie. »
De la rue à l'art floral : L'éclosion d'une passion.
Face aux portes fermées de l'emploi formel, Yalande s’est réinventé. Des parkings de Mbolo aux chapiteaux de cirque, c'est finalement dans l'horticulture qu'il trouve sa voie dès 1998.
« Je suis devenu horticulteur... C'est un métier noble. Même si on me regarde d'un mauvais œil à cause de mon apparence, je prouve par mon travail que je suis capable. »
Aujourd'hui, il maîtrise l'art de marier les fleurs locales aux fleurs importées pour créer des compositions uniques, tout en militant pour une meilleure reconnaissance de la production gabonaise.
Un appel aux autorités pour l'avenir du secteur vert.
Au-delà de son histoire personnelle, se fait le porte-parole d'une profession qui manque de structures.
« Nous importons beaucoup de fleurs du Kenya... Je lance un appel à la Ministre des PME pour nous aider à installer des serres ici au Gabon. »
Il espère que son témoignage servira de catalyseur pour réformer le système des assurances et offrir de réelles opportunités aux jeunes Gabonais qui, comme lui, souhaitent entreprendre dans les métiers de la terre.