PEUT-ON RATTRAPER LE RETARD SCOLAIRE ?
Depuis plusieurs semaines, le monde de l’éducation gabonaise fait grise mine en demi-teinte. Les enseignants du collectif SOS Éducation La Base et le gouvernement sont engagés dans des négociations qui alimentent l’opinion publique. Une question revient avec insistance : le retard accumulé depuis le début de la grève pourra-t-il être rattrapé ?
Si l’école reprend progressivement son cours normal, les conséquences de la suspension des cours du 5 au 25 janvier 2026 restent visibles. Dans plusieurs établissements, de nombreux élèves peinent encore à regagner les salles de classe. Après plusieurs jours, voire des semaines sans enseignement, une interrogation demeure : est-il possible de combler ce retard pédagogique ?
Un retard sur le fil du rasoir
Nicaise Anguila Obame, enseignant, tente de rassurer. Il explique :
“Il faut préciser qu'avant de rentrer en grève, nous avions déjà assumé le premier trimestre, donc on va dire dans les cinq semaines de cours. Et nous sommes rentrés en grève après avoir entamé le second trimestre avec deux semaines de cours. Si on se réfère aux normes UNESCO, une année est valide lorsque nous avons assumé entre 25 et 32 semaines de cours dans l'année. Et si on regarde, nous ne sommes en grève qu'au trop depuis un mois et demi, s'il faut exagérer. Et un mois et demi, nous sommes dans les six ou trois, sept semaines. Donc l'année est rattrapable”
Pour lui, le retard n’est donc pas irrémédiable. Selon les normes internationales, une année scolaire peut encore être considérée comme complète si les semaines de cours manquantes sont récupérées.
Mettre les bouchées doubles pour les élèves
Malgré cette analyse optimiste, le chemin pour revenir à un rythme normal reste difficile. Les enseignants et les élèves doivent mettre les bouchées doubles. Nicaise Anguila Obame souligne :
“Tout reviendra maintenant au gouvernement. La façon dont la crise sera gérée et la modification du calendrier scolaire, nous n'en serons pas au premier coup. Parce que, je vous l'ai dit, si on regarde quatre, cinq ans en arrière, lorsque le monde a subi la COVID au Gabon, on a dû revoir le calendrier scolaire. On a même dû revoir la manière de donner cours. On a vu l'organisation des cours audio, des cours sur WhatsApp. On a vu plusieurs formules de travail. Mais on ne serait pas surpris de voir un rythme de travail un peu plus soutenu, plus précisément pour les classes de troisième et terminale. Qu'est-ce que j'entends par exemple de travail plus soutenu ? On a un programme annuel et l'enseignant est condamné ou, si vous voulez, invité à voir avec ses apprenants 60 à 90 % du programme. Et on va mettre les bouchées d’eau. Mais je peux même vous confirmer que certains collègues plus expérimentés, très expérimentés, sont même déjà en avance par rapport au programme qui doit se voir”
L’accent sera donc mis sur les classes les plus exposées, notamment celles qui passent des examens déterminants. Le gouvernement devra prendre le taureau par les cornes pour assurer un rattrapage efficace et éviter que le retard pédagogique ne tourne au vinaigre.
Les élèves, premières victimes
Même si les enseignants réussissent à compenser les jours de grève, les élèves apparaissent comme les premières victimes de la crise. Beaucoup d’entre eux ont perdu le rythme, et certains auront besoin d’un soutien supplémentaire pour comprendre les notions manquées.
Le retard scolaire n’affecte pas seulement les matières académiques. Il a aussi un impact psychologique. Les élèves se sentent parfois dépassés et peuvent perdre confiance en leurs capacités. Pour certains parents, cette situation est source de stress et de tension.
Expériences passées comme référence
Les souvenirs de la crise liée à la COVID au Gabon servent de guide. À l’époque, il a fallu réorganiser complètement le calendrier et adapter les méthodes d’enseignement. Les cours audio et les groupes WhatsApp ont permis de maintenir un minimum d’activité pédagogique.
Aujourd’hui, ces expériences peuvent servir à guider le rattrapage. Les enseignants savent que, même en période de tension, il est possible de récupérer du temps perdu. Mais il faut agir vite et efficacement, car le temps file et l’année scolaire est sur le fil du rasoir.
Une année rattrapable
Selon Nicaise Anguila Obame, le bilan n’est pas dramatique :
“Il faut préciser qu'avant de rentrer en grève, nous avions déjà assumé le premier trimestre… Donc l'année est rattrapable”
Les semaines manquantes peuvent donc être compensées par un rythme plus soutenu, surtout pour les classes concernées par les examens. Il faudra cependant que chaque partie prenante, enseignants, élèves et gouvernement, prenne ses responsabilités.
Une prise de conscience collective nécessaire
L’éducation nationale reste le socle et la clé de toute réussite. Comme le souligne Nicaise Anguila Obame :
“Aujourd'hui, ce qui a été fait ne peut être effacé. Aucun nouveau calendrier, aucune réorganisation des cours ne saurait corriger entièrement les erreurs du passé. L'enjeu est donc majeur toutefois. Une prise de conscience collective de l'ensemble des parties prenantes pourrait encore influencer le cours de l'année académique 2025-2026”
La mobilisation de tous est essentielle. Enseignants, élèves, parents et gouvernement doivent travailler ensemble pour éviter que le retard ne tourne au vinaigre et pour s’assurer que l’année scolaire se termine dans les meilleures conditions possibles.
Les élèves doivent s’accrocher et suivre un rythme plus soutenu
L’année scolaire 2025-2026 n’est pas perdue. Même si le début de l’année a été marqué par un arrêt des cours, le retard peut être rattrapé. Il faudra toutefois mettre les bouchées doubles, faire preuve de rigueur et d’organisation. Les enseignants expérimentés, déjà en avance sur le programme, seront un atout précieux.
Les élèves, eux, devront s’accrocher et suivre un rythme plus soutenu. Si chaque acteur prend ses responsabilités et agit avec sérieux, il est possible de transformer une situation qui semblait tourner au vinaigre en une réussite collective. L’avenir de l’éducation gabonaise dépend de cette coopération et de la capacité à prendre le taureau par les cornes.