S’OCTROIE UNE QUATRIÈME ÉTOILE
Le général Horta N’Tam, président de la transition en Guinée-Bissau, a officiellement accédé au grade de général de division par un décret signé par lui-même. L’acte, rendu public jeudi 29 janvier à Bissau, lance une nouvelle étape dans la consolidation du pouvoir militaire installé depuis le coup de force du 26 novembre 2025. Jusqu’alors brigadier général, Horta N’Tam portera désormais quatre étoiles sur son uniforme, symbole d’une ascension éclair qui ne manque pas de susciter interrogations et critiques.
Un décret qui interroge
Selon le texte officiel, cette promotion fait suite à une proposition du gouvernement bissau-guinéen, validée par les chefs militaires. Mais le fait que le principal intéressé ait signé lui-même le décret alimente les soupçons d’un pouvoir qui n’hésite pas à se servir des leviers institutionnels à son profit. Pour nombre d’observateurs, la tentation était trop forte : dans un contexte de transition incertain, le chef de la junte s’est fait plaisir en consolidant son statut au sommet de la hiérarchie militaire.
Âgé d’une soixantaine d’années, Horta N’Tam est un officier chevronné, présenté par ses soutiens comme un homme ayant plusieurs cordes à son arc : expérience militaire, connaissance des arcanes du pouvoir et réseaux solides au sein des forces armées. Ses détracteurs y voient surtout une manœuvre de plus dans un paysage politique déjà fragilisé.
Un coup d’État aux zones d’ombre persistantes
Le 26 novembre 2025, les militaires ont renversé le président élu Umaro Sissoco Embaló dans des circonstances restées troubles. Officiellement, l’armée affirme être intervenue pour éviter « un bain de sang » entre les partisans des candidats rivaux à l’issue des élections présidentielle et législatives organisées trois jours plus tôt, le 23 novembre. Les résultats provisoires n’ont jamais été publiés, laissant place à toutes les spéculations.
Fait notable, Umaro Sissoco Embaló était accusé par certains d’avoir lui-même fomenté un putsch préventif après des résultats qu’il jugeait défavorables. Proche de ce dernier, Horta N’Tam est apparu comme une figure de compromis au sein de la junte, avant d’être nommé président de la transition pour une durée annoncée d’un an.
Une transition sous contrôle militaire
Dans la foulée du coup de force, la junte a fixé la date des prochaines élections présidentielle et législatives au 6 décembre 2026. L’annonce, révélée le 21 janvier, vise à rassurer partenaires régionaux et internationaux. Mais sur le terrain, les militaires semblent avoir fait sauter le verrou institutionnel qui séparait encore l’armée du pouvoir politique.
À Bissau, les patrouilles des forces de sécurité sont devenues un élément familier du paysage urbain. Si la population ne manifeste pas de peur ouverte, beaucoup expriment une lassitude croissante face à l’instabilité chronique du pays.
Une image peu reluisante à l’international
Sur le plan diplomatique, la situation reste délicate. Fernando Dias de Costa, principal candidat de l’opposition, a trouvé refuge à l’ambassade du Nigeria, qui lui a accordé l’asile. Umaro Sissoco Embaló, quant à lui, a quitté le pays. Cette configuration contribue à donner de la transition bissau-guinéenne une image peu reluisante, marquée par l’exil des acteurs politiques et la prééminence des militaires.
La promotion du général Horta N’Tam, loin d’apaiser les tensions, ravive ainsi le débat sur la sincérité de la transition annoncée. Entre promesses de retour à l’ordre constitutionnel et gestes perçus comme des signes d’autosatisfaction, le nouveau général de division avance sur une ligne étroite.