tvplusafrique

International

L’ÉTAT ISLAMIQUE REVENDIQUE L’ATTAQUE

L’ÉTAT ISLAMIQUE REVENDIQUE L’ATTAQUE
L’État islamique revendique l’attaque de l’aéroport de Niamey et de la base militaire 101, causant morts et dégâts.

Le Niger a été frappé par une attaque majeure dans la nuit de mercredi à jeudi, ciblant à la fois l’aéroport international Diori-Hamani et la base militaire 101, située à une dizaine de kilomètres du palais présidentiel. L’attaque, qui a duré près d’une heure, a été revendiquée vendredi par le groupe État islamique (EI), selon le site Site, spécialisé dans la surveillance des mouvements jihadistes, qui cite l’agence de propagande du groupe, Amaq.


Des frappes coordonnées à Niamey


Selon Site, « les combattants de l’État islamique étaient derrière l’opération à la base militaire de l’aéroport international Diori-Hamani ». L’organisation jihadiste affirme que l’attaque a causé « des dégâts significatifs », sans fournir davantage de précisions sur l’ampleur exacte des dommages matériels.
De son côté, la junte militaire au pouvoir à Niamey a indiqué que l’assaut a été stoppé après environ une heure de combats. Le bilan communiqué fait état de quatre militaires nigériens blessés, de vingt assaillants tués – parmi lesquels figure « un Français » selon la junte – et de onze autres interpellés.
L’aéroport de Niamey, qui joue un rôle stratégique à la fois pour le transport civil et pour les opérations militaires, se trouve à proximité immédiate de plusieurs installations sensibles, ce qui rend l’attaque particulièrement préoccupante.


Réactions de la junte et accusations internationales


Le chef de la junte, Abdourahamane Tiani, a affirmé avoir reçu l’aide de « partenaires russes » pour faire face à l’attaque. Dans une déclaration controversée, il a également accusé plusieurs dirigeants étrangers de soutenir indirectement les assaillants. Selon lui, les présidents français, béninois et ivoirien – Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara – seraient des « sponsors » de l’opération.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de tensions diplomatiques, alors que le Niger, dirigé par la junte depuis le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023, cherche à affirmer son indépendance vis-à-vis des puissances occidentales et à renforcer ses alliances avec la Russie et d’autres partenaires internationaux.


Une attaque inhabituelle dans la capitale


Le Niger est confronté depuis plus d’une décennie à une insécurité croissante liée aux groupes jihadistes opérant dans le Sahel. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel, actif dans l’ouest et le sud-est du pays, mènent régulièrement des attaques dans les zones frontalières et rurales.
Cependant, il est rare que la capitale, Niamey, soit directement ciblée. Les attaques se concentrent habituellement sur des zones périphériques, notamment dans les régions de Tillabéri et Diffa, où l’armée nigérienne est régulièrement confrontée à des raids et embuscades. La frappe contre l’aéroport et la base militaire illustre une escalade préoccupante, signalant la capacité des groupes jihadistes à frapper des zones jusque-là relativement sécurisées.


Un bilan contrasté et des interrogations sur les auteurs


Si l’EI a revendiqué l’opération, le gouvernement nigérien souligne que l’attaque a été repoussée avec succès et que l’impact sur les infrastructures a été limité. Toutefois, les termes employés par Amaq – « dégâts significatifs » – suggèrent que des installations de l’aéroport et de la base militaire ont subi des dommages notables.
Le fait qu’un ressortissant français figure parmi les assaillants tués pourrait soulever des questions sur l’internationalisation du recrutement jihadiste et sur la présence de combattants étrangers dans la région. L’identification complète de tous les assaillants n’a pas été rendue publique.


Contexte sécuritaire tendu au Niger


Depuis 2010, le Niger fait face à une montée de la violence jihadiste qui menace sa stabilité. Les attaques menées par le JNIM et l’EI au Sahel occidental et dans le sud-est ont provoqué des milliers de morts et des déplacements massifs de populations.
La capitale Niamey avait jusqu’ici été relativement épargnée par ce type d’attaque, ce qui explique l’inquiétude générée par l’assaut contre l’aéroport et la base militaire. Les forces de sécurité, bien qu’entraînées et soutenues par des partenaires internationaux, se retrouvent confrontées à des ennemis capables de planifier et d’exécuter des opérations complexes sur des zones densément peuplées.


L’aide internationale et les alliances stratégiques


Face à cette menace, la junte nigérienne a mis en avant le soutien de « partenaires russes » pour repousser l’attaque. Depuis la prise de pouvoir en 2023, le Niger a cherché à diversifier ses alliances militaires, réduisant sa dépendance vis-à-vis des puissances occidentales et nouant des liens plus étroits avec Moscou.
Cette stratégie suscite des tensions avec certains pays de la région et avec les partenaires traditionnels, notamment la France. Les accusations de Tiani contre Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara reflètent un contexte de méfiance et de rivalités géopolitiques.


Plusieurs questions pour la sécurité régionale


L’attaque de Niamey pose plusieurs questions pour la sécurité régionale. D’abord, elle illustre la capacité croissante des groupes jihadistes à frapper des cibles stratégiques dans des zones urbaines, ce qui pourrait marquer un tournant dans le mode opératoire des assaillants.
Ensuite, elle souligne la vulnérabilité persistante des infrastructures militaires et civiles face aux attaques coordonnées, malgré les mesures de sécurité renforcées. Enfin, la dimension internationale de l’opération, qu’il s’agisse de la revendication par l’EI ou de la présence de combattants étrangers, rappelle que la lutte contre le terrorisme au Sahel reste un défi complexe et multiforme.


Un nouveau rappel de la fragilité nationale


Alors que le Niger continue de gérer les conséquences de l’attaque, le pays reste confronté à une menace jihadiste active et en constante évolution. Les forces de sécurité doivent désormais non seulement protéger les régions frontalières, mais aussi renforcer la vigilance dans la capitale et autour des installations stratégiques.
Pour la population nigérienne, cette attaque représente un nouveau rappel de la fragilité de la sécurité nationale et de la complexité des alliances régionales et internationales qui influencent la lutte contre le terrorisme.
L’État islamique, en revendiquant cette opération, envoie un message : même les zones jusque-là jugées relativement sûres ne sont pas à l’abri. Pour Niamey et pour le Niger, la période à venir s’annonce donc particulièrement délicate, sur le plan sécuritaire mais aussi diplomatique, dans un contexte régional déjà marqué par des tensions et des rivalités.
 

Par Pamphil

Top Articles