tvplusafrique

Société

UN NOUVEAU-NÉ DANS LES DÉCOMBRES

UN NOUVEAU-NÉ DANS LES DÉCOMBRES
Accouchement choquant à Plaine-Orety : détresse humaine des familles déguerpies oubliées

À la Plaine-Orety, dans le 2ᵉ arrondissement de Libreville, derrière l’Assemblée nationale, un drame humain s’est déroulé ce week-end. Une adolescente de 17 ans a donné naissance à son enfant dans des conditions extrêmes, à la belle étoile, au milieu des décombres laissés par les déguerpissements. La scène, aussi choquante qu’émouvante, montre la souffrance persistante qui touche de nombreuses familles abandonnées à leur sort.


Sans le soutien de sa famille, à l’exception de sa mère âgée avec qui elle vit depuis plusieurs mois derrière l’Assemblée nationale, Sarah Angoué, 17 ans, a accouché ce samedi soir. L’accouchement s’est déroulé dans un abri de fortune, au cœur du site des déguerpis, là où elle partage un quotidien difficile avec d’autres familles sans solution durable.


Une naissance dans la peur et la précarité


La mère de Sarah, Angué, elle-même déguerpie de Plaine-Orety, raconte avec émotion les circonstances de cette nuit éprouvante.
« Vers les 22 heures, elle a commencé à perdre les os. C'est là que je lui ai dit que quand tu vas accoucher là, on va faire comment ? Là où nous sommes sur la route là, je n'ai pas même l'argent pour t'amener à l'hôpital. Quand je lui ai dit cela, je savais que je n’ai personne. Je n'ai pas personne pour appeler sur la route comme ça. C'est là que je lui ai écarté les fesses comme ça. Quand je lui écarte les fesses, c'est la tête de l'enfant qui sort »


Les cris du nouveau-né ont alors retenti dans cet environnement marqué par la précarité, un lieu où la joie semble absente et où les conditions de vie sont jugées inhumaines. Pour cette famille, chaque jour est une corde raide, un équilibre épouvantable entre survie et abandon.


Le poids des frais hospitaliers


Après l’accouchement, une autre épreuve attend la jeune mère. Sans couverture sociale, l’accès aux soins devient un véritable supplice. Angué lance un cri de détresse :
« Même si tu as accouché à la maison, comme il n'y a pas la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantis sociale (CNAMGS), même si tu as accouché à la maison, tu dois donner 80 000 francs CFA. Je vais trouver 80 000 francs CFA Où ? Il faut que les autorités m'aident. Oligui vient m'aider. Il doit envoyer les gens pour venir m'aider, pour venir me payer l'hôpital. Je n'ai personne. Tout le monde m'a abandonné. Quand j'étais, je vivais, je gardais ma famille. Maintenant, quand ils voient que je suis déjà comme je suis là, ils m'ont abandonnée et tous »


Cette déclaration traduit la réalité de nombreuses familles déguerpies, prises à la gorge par la pauvreté et livrées à elles-mêmes.


Une prise en charge temporaire, un avenir incertain


Sans ressources, avec un nouveau-né dans les bras et une mère âgée à sa charge, Sarah a finalement été admise à l’hôpital. Toutefois, cette prise en charge reste temporaire et ne garantit en rien son avenir immédiat. À sa sortie, la jeune mère risque de retourner vivre dans cet espace insalubre et dangereux de Plaine-Orety, tirant le diable par la queue pour nourrir son enfant.


La colère des déguerpis


Le président du collectif des déguerpis de Plaine-Orety, Abogué, dénonce la manière dont les opérations ont été menées :
« Nous sommes obligés d'affronter les circonstances. Nous les affrontons dans des situations où nous déplorons la situation à partir du moment où nous avons été cassés ici, là, sans que nous soyons avertis, sans que nous soyons évalués, sans que quoi que ce soit. D'une manière effectivement un peu plus sauvage, je dirais que l'État a agi sans pourtant respecter l'ordre des choses. Maintenant que nous sommes là, nous sommes obligés de faire avec la situation de survie. Vous voyez très bien, vous pouvez filmer les conditions, ce ne sont pas des conditions humaines ».


Pour ces familles, vivre ici n’est pas une sinécure. Beaucoup estiment que leur situation file du mauvais coton et que leurs déboires s’accumulent sans réponse concrète.


Un appel à la solidarité


Ce drame relance le débat sur le sort des déguerpis situés derrière l’Assemblée nationale, souvent considérés comme les oubliés de la société. Si certaines familles ont été relogées, nombreuses sont celles qui demeurent encore sans abri, exposées aux risques sanitaires et sociaux. Sans une aide urgente des pouvoirs publics ou des élans de solidarité, la jeune mère et son enfant pourraient replonger dans un quotidien au supplice. Ces familles lancent un nouvel appel à la mobilisation, espérant que cette fois-ci, leur cri trouvera enfin un écho favorable.

Par Pamphil

Top Articles