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DES MILLIARDS GASPILLÉS SOUS LE SIGNE DE L’OPACITÉ

DES MILLIARDS GASPILLÉS SOUS LE SIGNE DE L’OPACITÉ
Marchés publics au Gabon : milliards engloutis, transparence sacrifiée, appels d’offres contournés

Au Gabon, la commande publique n’est pas un simple outil de gestion administrative. Elle est un centre névralgique du pouvoir économique, un espace où se croisent intérêts financiers, décisions politiques et choix de gouvernance. Chaque année, ce sont des milliers de milliards de francs CFA qui sont engagés par l’État à travers les marchés publics. En 2021, à elle seule, la commande publique a représenté près de 1 700 milliards de francs CFA. Une somme vertigineuse, à la hauteur des attentes des citoyens. Mais aussi des dérives constatées.


Car derrière ces montants astronomiques se cache une réalité qui fait froid dans le dos.  93,25 % des marchés publics, en valeur, ont été attribués sans appel d’offres, selon un rapport gouvernemental publié en 2025. Autrement dit, l’écrasante majorité de l’argent public a échappé aux règles élémentaires de concurrence et de transparence.


Une manne financière hors normes


Dans un pays de moins de trois millions d’habitants, des engagements publics de plusieurs milliers de milliards de francs CFA par an devraient logiquement se traduire par des infrastructures modernes, des services publics performants et un tissu économique dynamique.


Pourtant, les routes inachevées, les chantiers abandonnés, les bâtiments administratifs délabrés et les équipements publics défaillants restent monnaie courante. Une question s’impose. Cmment expliquer un tel décalage entre les sommes engagées et les résultats visibles sur le terrain ?


La commande publique gabonaise, au lieu d’être un levier de développement, apparaît de plus en plus comme un système opaque, où l’argent circule beaucoup plus vite que les comptes rendus.


L’appel d’offres, un principe vidé de sa substance


Dans tous les textes officiels, l’appel d’offres est présenté comme le socle de la commande publique. Il garantit la concurrence, l’égalité de traitement et la recherche du meilleur rapport qualité-prix. En pratique, ce principe semble largement théorique.


Le chiffre de 93,25 % de marchés attribués sans appel d’offres est moins une anomalie qu’un symptôme. Il révèle un système où l’exception est devenue la norme, et où la procédure régulière est marginalisée.


Le recours massif aux ententes directes et aux marchés de gré à gré ne peut plus être justifié par de simples contraintes techniques ou des urgences ponctuelles. À ce niveau, il s’agit d’un choix de gestion, voire d’une culture administrative assumée.


L’urgence permanente, un alibi commode


Pour expliquer cette situation, les autorités invoquent souvent l’urgence des projets. Mais comment expliquer que l’urgence devienne permanente, année après année, ministère après ministère ?


Une administration bien organisée planifie ses investissements. Elle anticipe, lance des appels d’offres, compare les offres. Lorsque l’urgence devient systématique, elle cesse d’être crédible et se transforme en alibi commode pour contourner les règles.


Cette logique interroge directement la capacité de l’État à planifier ses politiques publiques, mais aussi sa volonté réelle de soumettre la dépense publique à un contrôle rigoureux.


Des bénéficiaires toujours les mêmes


L’un des effets les plus visibles de cette gestion opaque est la concentration des marchés entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises. Année après année, les mêmes noms reviennent, souvent dans les secteurs les plus lucratifs : BTP, infrastructures, fournitures stratégiques, services publics.


Pendant ce temps, une majorité d’entreprises gabonaises,  notamment les PME, restent à l’écart de la commande publique. Faute d’appels d’offres ouverts, elles n’ont ni la possibilité de soumissionner, ni celle de se développer.


Cette exclusion fragilise le tissu économique national et renforce une économie de rente, où la proximité avec le pouvoir compte davantage que la compétence ou la compétitivité.


Une transparence minimale, un contrôle symbolique


L’autre problème majeur est l’accès à l’information. Les citoyens gabonais ne disposent que de très peu de données claires sur les marchés publics. Qui gagne quoi ? Pour quel montant ? Selon quelle procédure ? Avec quels résultats ?


Les rapports existent, mais ils sont souvent tardifs, techniques, peu diffusés et rarement suivis de sanctions visibles. Le contrôle apparaît davantage comme un exercice administratif que comme un véritable outil de reddition des comptes.


Dans ce contexte, le soupçon de favoritisme et de mauvaise gestion prospère, alimentant la défiance envers les institutions.


Un coût élevé pour les finances publiques


L’absence de concurrence a un prix. Sans appel d’offres, l’État se prive de la possibilité de comparer les coûts, de négocier les tarifs et d’exiger des prestations de qualité. Le résultat est sans appel. Des projets surévalués, des délais non respectés et des travaux parfois mal exécutés, des routes dégradées en quelques 4 à 4  mois, des bâtiments qui présentent des fissures.


Ce surcoût est directement supporté par les finances publiques, donc par les citoyens. Chaque franc mal utilisé est un franc qui manque à l’éducation, à la santé ou à la protection sociale. La question des marchés publics devient ainsi un enjeu central de justice économique et sociale.


Les réformes annoncées, la réalité attendue


Face aux critiques récurrentes, les autorités annoncent régulièrement des réformes. Il y a la digitalisation des procédures, le renforcement des contrôles, la modernisation du cadre juridique. Mais sur le terrain, les pratiques évoluent lentement.


Tant que les procédures dérogatoires resteront massivement utilisées sans justification convaincante, ces réformes risquent de rester cosmétiques. La véritable rupture suppose une volonté politique manifeste. Remettre l’appel d’offres au centre du système, publier systématiquement les données et sanctionner les abus, mettre le système judiciaire en branle.


Un test de crédibilité pour l’État


La gestion des marchés publics est un test grandeur nature de la gouvernance gabonaise. Elle révèle la capacité  ou l’incapacité  de l’État à gérer l’argent public avec rigueur, équité et transparence.


Les chiffres de 2021 et les conclusions du rapport de 2025 posent une question simple mais fondamentale. A qui profite réellement la commande publique au Gabon ?


Des coûts artificiellement gonflés


La surfacturation constitue l’un des maux les plus persistants des marchés publics au Gabon. Elle se manifeste par des coûts artificiellement gonflés, bien au-delà des prix du marché, en l’absence de concurrence réelle. Sans appel d’offres, les prix ne sont ni comparés ni négociés, ouvrant la voie à des abus massifs. Cette pratique pèse lourdement sur les finances publiques et réduit considérablement l’impact réel des investissements de l’État.


Ni amélioration de la qualité ni des prestations additionnelles


Dans le système des marchés publics, la surfacturation transforme souvent des projets ordinaires en gouffres financiers. Un marché dont le coût réel est estimé à 400 millions de francs CFA peut ainsi être attribué à 500 millions, voire davantage, sans justification technique crédible. L’absence de concurrence et de mécanismes de contrôle efficaces favorise ces dérives. Les montants supplémentaires ne correspondent ni à une amélioration de la qualité ni à des prestations additionnelles, mais alourdissent inutilement la facture pour l’État. À grande échelle, ces écarts répétés représentent des pertes considérables pour les finances publiques.


 





Par Pamphil

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