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SALAIRES IMPAYÉS DANS LE PRIVÉ

SALAIRES IMPAYÉS DANS LE PRIVÉ
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Un mois sans salaire. Puis deux. Trois. Six. Huit. Dix mois parfois. Dans les établissements secondaires et primaires privés, laïcs comme confessionnels, la scène se répète inlassablement. Les enseignants attendent. Les surveillants espèrent. Les secrétaires comptent les jours. Et les directions promettent.


De Libreville à Oyem, de Port-Gentil à Franceville, jusqu’à Makokou, Koulamoutou, Lambaréné, Mouila et Tchibanga, la même question gronde : comment des établissements privés, financés par les frais de scolarité, peuvent-ils laisser leur personnel sans salaire pendant des mois ? Le scandale est silencieux. Mais il enfle.


Le mythe du privé « mieux organisé »


Dans l’imaginaire collectif, le privé est synonyme de rigueur, de gestion efficace, de discipline financière. Les parents paient des frais parfois élevés en espérant un meilleur encadrement et une stabilité.


Pourtant, la réalité est parfois brutale. Dans certains établissements laïcs, les enseignants accumulent des arriérés comparables, voire supérieurs, à ceux observés dans le public.


Plus troublant encore : même des établissements confessionnels, souvent associés à des structures religieuses solides, ne sont pas épargnés. Comment expliquer cette contradiction ?


Les frais de scolarité sont versés, mais où va l’argent ?


La première réaction des enseignants est simple. Les parents paient. Chaque trimestre, des milliers de francs CFA entrent dans les caisses des écoles privées. Alors pourquoi les salaires ne suivent-ils pas ?


Certaines directions évoquent les impayés des parents. D’autres parlent de charges lourdes. Loyers, eau, électricité, impôts, matériel pédagogique. Mais ces arguments suffisent-ils à justifier six à dix mois de retard ?


Dans plusieurs établissements de Libreville et Port-Gentil, des enseignants affirment que les classes sont pleines. Les inscriptions se font chaque année. Pourtant, les salaires arrivent au compte-gouttes. Le soupçon s’installe. Mauvaise gestion ? Priorités financières déplacées ? Manque de transparence ?


Des directions fragiles face à la crise économique


Il serait trop simple de tout réduire à une mauvaise foi généralisée. Certains promoteurs d’écoles privées reconnaissent des difficultés réelles.


La crise économique nationale affecte les familles. Les retards de paiement des frais de scolarité se multiplient. Dans des villes comme Franceville et à Oyem, des parents étalent les paiements, négocient des délais, ou quittent l’établissement en cours d’année.


Les résultat sont sans appel. Des budgets déséquilibrés, une trésorerie fragile, et au final les salaires deviennent la variable d’ajustement. Mais est-ce acceptable que les enseignants portent seuls le poids de cette instabilité ?


Les enseignants, otages du système


Dans les établissements privés, les contrats sont souvent précaires. Pas toujours de sécurité sociale. Pas toujours de garantie écrite solide. Parfois même, pas de contrat formel. Parfois, l'accord est verbal. 


Quand les salaires tardent, les enseignants hésitent à protester. Peur de perdre leur poste. Peur d’être remplacés. Peur d’être « blacklistés » dans un milieu éducatif où tout le monde se connaît. Et dans un contexte où au Gabon, le taux de chôamage avoisinne le 40%. 


À Makokou ou à Tchibanga, certains racontent avoir continué à enseigner pendant huit mois sans être payés, par sens du devoir… ou faute d’alternative. Cette situation frôle l’exploitation voire l'esclavage.


Confessionnel certes, mais la foi ne paie pas les factures


Le cas des établissements confessionnels choque particulièrement. Ces écoles, souvent rattachées à des structures religieuses, inspirent confiance aux parents.


Mais même là, les arriérés existent


Dans certaines localités comme Lambaréné ou Koulamoutou, des enseignants affirment que les retards sont justifiés par « des difficultés passagères ». Les directions invoquent des subventions tardives ou des baisses d’effectifs.


Pourtant, le paradoxe est cruel . On enseigne des valeurs de justice et de droiture tout en laissant des travailleurs sans rémunération régulière. La morale et la gestion financière ne devraient pas s’opposer.


Quand le privé copie les dérives du public


Longtemps, le privé s’est présenté comme une alternative aux lenteurs administratives du secteur public. Mais aujourd’hui, les deux systèmes semblent partager un mal commun. L’irrégularité salariale.  À Mouila comme à Franceville, des enseignants passent d’un établissement privé à un autre pour retrouver les mêmes problèmes. Le constat est inquiétant. L’éducation devient un secteur où l’engagement ne garantit plus la sécurité financière.


La conséquence est la démotivation  


Un enseignant qui ne touche pas son salaire pendant des mois finit par décrocher. Certains multiplient les petits boulots pour survivre. D’autres abandonnent purement et simplement le métier. Dans les écoles privées de Libreville, le turnover devient alarmant. Les élèves voient défiler plusieurs professeurs dans l’année. La continuité pédagogique est brisée.


Les parents, eux, paient toujours. Mais que paient-ils vraiment si les enseignants sont épuisés, stressés, démotivés ?


Un vide réglementaire inquiétant


Contrairement au public, le privé bénéficie d’une autonomie de gestion. Mais cette liberté s’accompagne-t-elle d’un contrôle suffisant ? Les inspections académiques vérifient les programmes et les infrastructures. Mais qu’en est-il du respect des droits du personnel ? L’absence de mécanismes de contrôle strict sur la régularité salariale laisse la porte ouverte aux abus.


Le silence qui nourrit la colère


Beaucoup d’enseignants se taisent. Par peur. Par résignation. Par fatigue. Mais sur les réseaux sociaux, la parole se libère. Les témoignages se multiplient. Les captures d’écran de conversations avec les directions circulent. La colère monte. La question devient collective. Peut-on accepter que ceux qui forment la jeunesse gabonaise vivent dans une précarité permanente ?


L’école privée à la croisée des chemins


Le secteur privé éducatif joue un rôle crucial au Gabon. Il absorbe une part importante des élèves et soulage le système public. Mais si les arriérés de salaire deviennent la norme, la crédibilité même du privé est en jeu.


Les solutions proposées


Transparence financière accrue.


Fonds de réserve obligatoires pour garantir les salaires.


Contrôles renforcés des autorités éducatives.


Contrats clairs et opposables juridiquement.


Dialogue social structuré.


Sans cela, la crise risque de s’aggraver.


Une bombe sociale à retardement


Chaque mois impayé constitue un enseignant qui s’endette. Une famille qui souffre, un foyer qui se disloque. Un enfant qui ressent le stress de ses parents ou qui abandonne le chemin de l'école.


Dans toutes les villes, Oyem, Port-Gentil, Franceville, Makokou, Koulamoutou, Lambaréné, Mouila, Tchibanga,  le problème est le même. L’école privée ne peut pas fonctionner durablement sur la base de promesses salariales. La vraie question n’est plus de savoir si les arriérés existent. Ils existent. Partout. La vraie question est  de savoir combien de temps encore le personnel acceptera-t-il de travailler sans être payé ?


 


 

Par Pamphil

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