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L’AGRICULTURE NE SÉDUIT-ELLE PAS COMME CARRIÈRE PRINCIPALE ?

L’AGRICULTURE NE SÉDUIT-ELLE PAS COMME CARRIÈRE PRINCIPALE ?
L’agriculture, pilier essentiel du développement économique, peine encore à attirer la jeunesse, particulièrement au Gabon

L’agriculture, pilier essentiel du développement économique, peine encore à attirer la jeunesse, particulièrement au Gabon. Yannick Mve, jeune agripreneur gabonais, partage son expérience et analyse les raisons pour lesquelles de nombreux jeunes considèrent cette activité comme secondaire, voire finissent par l’abandonner. Ce mercredi 11 novembre 2026, au carrefour débarcadère de Bambouchine, il nous a livré un témoignage éclairant, mettant en lumière des défis structurels et socio-économiques profonds.


La pénibilité et la perception de l'agriculture.


Selon Yannick Mve, l'une des premières raisons est la pénibilité de l'activité agricole. Il explique : « Effectivement, il faut le dire, l'activité agricole, c'est quelque chose de pénible. » Cette perception est renforcée par une mentalité ancrée : « beaucoup de jeunes aujourd'hui, avec la mentalité dans laquelle nous avons été élevés, c'était d'aller à l'école pour pouvoir avoir des diplômes et aller dans les bureaux pour travailler. » Demander à un jeune diplômé de se tourner vers l'agriculture est donc un défi, car « ce n'est pas quelque chose de facile. »


Le manque de suivi et les promesses non tenues


L'engagement initial des jeunes est souvent freiné par un manque de soutien et des promesses non respectées. Sur 50 jeunes formés, seuls quelques-uns ont persévéré. Il attribue cet abandon à un « suivi qui n'a pas été fait jusqu'au bout » et à l'impression que « l'État qui nous a, on peut dire ça comme ça, qui nous a abandonnés au bout de chemin. »


Un point crucial est l'accès à la terre. « Il est dit qu'à la fin de cette formation, on devait bénéficier des terres. On devait bénéficier des terres d'un hectare. » Cependant, ces promesses n'ont pas été tenues, ce qui est un obstacle majeur : « si vous n'êtes pas propriétaire d'une terre, ce n'est pas facile de se lancer dans l'agriculture. »


Le problème crucial du marché et de la commercialisation.


Au-delà de la production, la commercialisation représente un défi majeur. Yannick souligne que « le problème reste le marché, comment commercialiser, où vendre, à qui vendre, c'est tout un problème. » Il dénonce une situation où « le marché gabonais aujourd'hui est monopolisé par les Ouest-Africains. » Ces derniers, ayant une meilleure organisation, privilégient leurs propres réseaux, laissant les producteurs gabonais sans débouchés : « Il préfère privilégier ses autres acteurs Ouest-Africains qui sont dans le Gabon, qui représentent le 1% de la production agricole que nous produisions en terre gabonaise. »


Cette difficulté est particulièrement prégnante pour les mères célibataires : « Vous imaginez une mère célibataire attendre trois mois pour produire sa tomate, si elle est passionnée des tomates. Et pendant ce temps, elle a ses petits-enfants qu'elle doit nourrir. » Même avec des cultures à cycle court, le problème de la vente persiste.


Pour une agriculture gabonaise rentable et attractive.


Face à ces constats, Yannick Mve propose des solutions concrètes au gouvernement. La première est de « faire bien les choses » et de s'appuyer sur le ministère de tutelle. Il insiste sur le manque de suivi : « on n'est pas suivi, on n'est pas regardé. »


Pour attirer les jeunes, la formation est essentielle. Il préconise la « formation Duale », une méthode qu'il a lui-même expérimentée : « Il y a entre 15% de pratique et 25% de théorie. » Il met en avant l'importance de l'aspect pratique : « Ce n'est pas l'école, il faut aller faire six mois. C'est sur six mois et à la fin, on est un champion qui peut produire de l'oseille, qui peut produire de l'aubergine. »


Il appelle l'État à lancer des formations basées sur cette méthode et à « prendre en compte comment ces jeunes-là vivent, comment ils font pour survivre, comment ils font pour se débrouiller, pour pouvoir mettre tout un cadre autour d'eux, pour les permettre de se lancer et devenir autonomes demain ou après-demain. »


Pour résoudre le problème de la commercialisation, la mise en place d'une centrale d'achat est une priorité. « Si le gouvernement peut mettre en place vraiment de manière effective ces centrales d'achat, qui va permettre de limiter les producteurs rien qu'à produire, ils ne seront là seulement rien qu'à produire et la centrale d'achat viendra pour acheter leur production. »


En somme, pour que l'agriculture devienne une activité principale et attractive pour la jeunesse gabonaise, il est impératif de surmonter les obstacles liés à la pénibilité perçue, au manque de soutien étatique, aux difficultés d'accès à la terre et, surtout, à la commercialisation des produits.

Par NZENGUE BOULENDE

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