GOUVERNANCE & TRANSPARENCE : UNE COMMANDE PUBLIQUE SOUS TENSION
Selon les données rendues publiques, 93,25 % des marchés publics attribués en 2025 l’ont été par procédure de gré à gré, c’est-à-dire sans mise en concurrence formelle entre opérateurs économiques. Dans un contexte où la commande publique représente une part conséquente du budget de l’État, ce taux extrêmement élevé met en lumière des dérives potentielles de gestion opaque et de contournement du cadre légal, en violation des prescriptions de l’article 71 du Code des marchés publics.
Un indicateur alarmant de transparence
La norme internationale en matière de passation veut que la majorité des marchés publics soient attribués par appel d’offres ouvert ou restreint, procédures considérées comme les plus protectrices contre le favoritisme et la corruption. Au Gabon, la quasi-absence de concurrence officielle (moins de 7 % des marchés) soulève des inquiétudes fortes sur l’équité d’accès et la fiscalisation des dépenses publiques.
Des impacts budgétaires significatifs
Le gouvernement a prévu pour 2026 une enveloppe de 3 321,5 milliards de FCFA consacrée à la commande publique. Or, l’absence de compétitivité dans l’attribution des contrats limite les économies potentielles pour l’État. Selon les estimations citées, un audit rigoureux permettant de corriger seulement 15 % de surcoûts pourrait rapporter plus de 490 milliards de FCFA aux finances publiques.
Enjeux de réforme et risques de corruption
Cette situation alimente les critiques d’un système encore imbibé de pratiques clientélistes et d’opacité, malgré les déclarations officielles sur la volonté de réforme administrative. L’absence de concurrence réelle favorise le copinage, le favoritisme et la dilution des responsabilités, difficiles à sanctionner sans mécanismes de contrôle indépendants et une transparence totale des contrats.
Vers un changement nécessaire
Pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires internationaux, experts et acteurs de la société civile appellent à renforcer les audits, publier l’ensemble des contrats, imposer des sanctions en cas de violation des règles, et moderniser les outils de passation et de suivi. Sans ces mesures, la crédibilité de la gestion de la commande publique restera fragile, au détriment de la performance économique et de la justice fiscale.