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LES PRÊTS D’ARGENT AVEC INTÉRÊTS

LES PRÊTS D’ARGENT AVEC INTÉRÊTS
Prêts usuraires au Gabon : dettes écrasantes et cartes bancaires exploitées

Dans les rues animées de Libreville comme dans les quartiers périphériques de Port-Gentil, de Franceville ou de Lambaréné, un fléau silencieux mais dévastateur prend de l’ampleur. Les prêts d’argent avec intérêts. Présentés comme une solution rapide face aux urgences financières, ces crédits « express » se transforment bien souvent en véritable piège pour des milliers de Gabonais.


Des sommes modestes… mais des dettes écrasantes


À première vue, ces prêts semblent faciles à obtenir et faciles à rembourser. La discussion est rapide. Un emprunteur peut obtenir 10 000 francs CFA, avec la promesse d’un remboursement sous 30 jours. A l’échéance, on réclame souvent 12 000, 13 000, voire 15 000 francs. Pour une famille vivant au jour le jour, ces chiffres peuvent sembler acceptables, mais c’est la mécanique des intérêts qui rend le piège mortel.


Chaque retard de remboursement à l’échéance fixée d’avance entraîne une majoration automatique des intérêts. En quelques semaines, un petit prêt devient un fardeau insurmontable. « J’ai emprunté 10 000 francs pour payer des médicaments, raconte Aline M., habitante de Libreville. Au bout de 30 jours, on me demandait 15 000. Comme je n’avais pas l’argent, ils ont pris ma carte bancaire et ont commencé à prélever à leur guise. J’ai perdu le contrôle total de mon argent. » Ce témoignage illustre la spirale infernale dans laquelle tombent de nombreux Gabonais.


L’ombre des cartes bancaires : sécurité ou piège ?


L’un des aspects les plus inquiétants de ce phénomène réside dans l’exploitation des cartes bancaires. Certains prêteurs exigent des emprunteurs qu’ils leur remettent leurs cartes, ou obtiennent les informations nécessaires pour effectuer des prélèvements automatiques. La carte, qui devrait être un instrument de sécurité et de liberté financière, se transforme alors en outil d’asservissement.


« Même quand vous essayez de rembourser partiellement, explique Jean-Pierre K., ils ajoutent de nouveaux frais. Vous pensez que vous allez sortir de la dette, mais elle ne fait que croître » Ces pratiques permettent aux usuriers de prélever des sommes importantes et répétées, tout en accentuant la détresse des emprunteurs.


Des usuriers qui prospèrent dans la tourmente


Pendant que les emprunteurs s’enlisent dans les dettes, les prêteurs prospèrent. L’expression « s’engraisser dans la tourmente » prend ici tout son sens. Chaque difficulté financière d’un citoyen devient une opportunité pour ces prêteurs, souvent tolérés par l’absence de régulation stricte.


Mais certains ne se contentent pas d’attendre le remboursement . Ils harcèlent les débiteurs, multipliant appels et menaces, et parfois impliquant les proches pour obtenir ce qu’ils réclament. Le stress et la pression sociale s’ajoutent alors à la dette financière, créant un cercle vicieux presque impossible à briser.


Un cercle vicieux


Les conséquences de ces pratiques font froid dans le dos. Au sein des fonctionnaires gabonais, les dettes usuraires provoquent disputes, tensions et parfois ruptures. Les dépenses essentielles,  nourriture, santé, éducation,  sont les premières victimes. Les écoles, les épiceries de proximité, privées ou publiques, subissent indirectement le contrecoup. Des frais impayés, des fournitures manquantes, et des enfants privés d’opportunités et de nourriture.


Sur le plan économique, la prolifération des prêts informels freine l’épargne et l’investissement local. Ceux qui pourraient créer une petite entreprise ou développer une activité artisanale préfèrent éviter tout risque, de peur de tomber dans le piège des dettes. L’économie informelle, déjà prédominante au Gabon, devient un terrain fertile pour ces pratiques abusives.


L’absence de régulation : un terrain propice aux abus


L’un des principaux problèmes est l’absence de régulation stricte. Même si le Gabon dispose de lois encadrant le crédit et les prêts bancaires, les prêts informels échappent souvent à tout contrôle. Les autorités peinent à identifier les usuriers et à sanctionner leurs pratiques. Parallèlement, la sensibilisation du public reste insuffisante. Beaucoup d’emprunteurs ignorent les conséquences des intérêts majorés et la légalité douteuse de certaines pratiques.


Cette méconnaissance des droits financiers et l’absence de recours efficace permettent aux prêteurs de continuer leurs activités en toute impunité. Le résultat est sans appel. Un cercle vicieux où les victimes restent vulnérables et impuissantes.


Témoignages poignants : la voix des victimes


Les récits d’Aline et de Jean-Pierre ne sont pas isolés. À Libreville comme à Port-Gentil, des dizaines de Gabonais racontent des expériences similaires. Certains ont été contraints de vendre des biens, des terrains, des véhicules, des ordinateurs ou d’emprunter à d’autres usuriers pour rembourser, ou de renoncer à des soins médicaux pour éviter que la dette ne s’alourdisse.


Ces témoignages révèlent un système d’exploitation où l’argent, censé être un outil de soutien, devient un instrument de domination et de contrôle social.


Informer les citoyens sur les dangers des prêts usuraires 


Face à ce fléau, plusieurs acteurs de la société civile et experts financiers appellent à une prise de conscience collective. La première étape consiste à informer les citoyens sur les dangers des prêts usuraires et sur leurs droits. Campagnes de sensibilisation dans les quartiers populaires, interventions à la radio, publications sur les réseaux sociaux… autant de moyens pour limiter la propagation de ces pratiques.


Parallèlement, les autorités sont invitées à renforcer les contrôles et à créer des structures d’assistance pour les victimes. Des plateformes de médiation pourraient, par exemple, aider à négocier les dettes et à prévenir l’exploitation abusive des cartes bancaires.


Un appel à l’action


Le phénomène des prêts usuraires au Gabon est une réalité alarmante. Les citoyens, souvent pris dans l’urgence, se retrouvent prisonniers d’un système qui les exploite, et leurs cartes bancaires deviennent des instruments de contrôle. Les dettes s’accumulent, les intérêts se majorent, et les familles se retrouvent étranglées financièrement.


Il est impératif que la société gabonaise, citoyens, institutions et médias, se mobilise pour informer, protéger et offrir des alternatives viables. Sans une intervention concertée, les prêts usuraires continueront de prospérer, et les plus vulnérables continueront à « s’engraisser dans la tourmente » des dettes qu’ils n’ont jamais réellement choisies.


Certains empruntent à de nouveaux usuriers simplement pour rembourser d’autres 


Au Gabon, de nombreux ménages s’endettent auprès de prêteurs privés pour faire face à des besoins urgents. Certains empruntent à de nouveaux usuriers simplement pour rembourser d’autres prêts déjà contractés, créant ainsi un engrenage infernal. Les taux d’intérêt, souvent exorbitants, dépassent parfois 50 % par mois, et les dettes s’accumulent rapidement. Malgré les lois interdisant les prêts usuraires, cette pratique persiste, exacerbée par la pauvreté et le chômage. Les familles subissent alors une pression financière intense.


Les dossiers  sont transmis devant les tribunaux


Au Gabon, certaines affaires de prêt d’argent avec intérêts finissent par mobiliser les chefs de quartiers puis les forces de l’ordre. Des emprunteurs excédés déposent plainte au poste de gendarmerie, tandis que d’autres dossiers sont transmis au tribunal. Ces situations concernent souvent des prêts usuraires aux taux exorbitants, qui entraînent un endettement rapide et injuste. Malgré l’interdiction légale, les usuriers continuent leurs activités, exposant ainsi les familles à des pressions financières et sociales intenses et à des feuilletons judiciaires.


Jusqu’à cinq ans de prison et 10 millions de francs CFA d’amende


Au Gabon, prêter de l’argent entre particuliers sans autorisation légale peut coûter jusqu’à cinq ans de prison et 10 millions de francs CFA d’amende, selon l’article 578 du Code pénal (loi n°042/2018 modifiée). Cette disposition vise surtout les établissements informels de prêt sur gage, mais interdit aussi les prêts à intérêt entre individus. Malgré ces mesures, les prêts usuraires prolifèrent, avec des taux parfois supérieurs à 50 % par mois, plongeant les familles dans un cercle vicieux d’endettement. Les autorités judiciaires multiplient les mises en garde.


 


 


 


 


 

Par Pamphil

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