tvplusafrique

Société

VOL PAR LES EMPLOYÉS

VOL PAR LES EMPLOYÉS
Vol en entreprise au Gabon : détournements d’argent et de matériel

Dans de nombreuses entreprises au Gabon, un mal silencieux s’installe et ronge progressivement la confiance : le vol interne. Argent détourné, matériel subtilisé, matériaux disparus, stocks évaporés par les propres agents de l’entreprise victime du vol. Les faits sont de plus en plus fréquents et touchent tous les secteurs d’activité. Derrière les murs des bureaux climatisés comme dans les ateliers et les chantiers, la tentation semble gagner du terrain. Beaucoup d’employés se cachent derrière leur visage pour subtiliser à la moindre occasion tout ce qu’on peut dérober dans une entreprise. 


Il ne s’agit plus seulement de petits écarts. Les sommes d’argent en valent parfois la chandelle. Il s’agit  parfois des dizaines de milliers de francs CFA, parfois des centaines de milliers, et dans certains cas, des millions de FCFA. Rares sont les entreprises qui échappent à un épisode de vol. 


Quand l’argent disparaît des caisses


Dans plusieurs sociétés privées de Libreville, de Port-Gentil ou de Franceville, des dirigeants confient que les détournements d’argent constituent leur principale source de pertes internes. Des comptables modifient des écritures, manipulent des factures ou retardent des dépôts bancaires. Des caissiers dissimulent des recettes. Des responsables administratifs gonflent des dépenses.


Ces pratiques ne concernent pas uniquement les grandes entreprises. Les PME et les petites structures familiales en souffrent également. Pour certaines, un détournement de quelques centaines de milliers de francs CFA peut suffire à déséquilibrer toute la trésorerie.


Un chef d’entreprise de la zone industrielle d’Oloumi confie : « Nous avons découvert qu’un employé détournait progressivement de petites sommes. Au total, cela représentait plus de deux millions de FCFA en une année. » Deux millions qui auraient pu servir à payer des salaires, investir dans du matériel ou développer l’activité.


Les comptables dans la tourmente


Le plus inquiétant reste peut-être l’implication de certains professionnels censés garantir la rigueur financière. Les comptables. Bien sûr, il serait injuste de jeter l’opprobre sur toute une profession. Beaucoup exercent leur métier avec intégrité et compétence. Mais les cas de malversations existent.


Les détournements comptables et de certains informaticiens sont souvent sophistiqués. Doubles facturations, fournisseurs fictifs, manipulations de bilans, avances non justifiées. Ces méthodes rendent la fraude difficile à détecter, surtout lorsque le chef d’entreprise n’a pas les compétences techniques pour vérifier les comptes.


La confiance, indispensable dans le monde du travail, devient alors une faille exploitable.


Du bureau au chantier : le matériel qui disparaît


Le vol ne se limite pas à l’argent. Dans les entreprises de BTP, les entrepôts et les ateliers, les usines de placage,  le matériel de travail disparaît régulièrement. Outils, machines, matériel informatique, pièces de rechange, équipements de protection. Sur les chantiers, des sacs de ciment, des barres de fer ou des rouleaux de câbles électriques s’évaporent comme par enchantement.


Parfois, il s’agit de petites quantités, sorties discrètement. Parfois, les pertes sont massives. Des entreprises déclarent avoir perdu des matériaux d’une valeur de plusieurs millions de FCFA en quelques mois.


Le phénomène touche aussi les bureaux : ordinateurs portables, imprimantes, rames de papier, carburant des véhicules de service… Rien n’est épargné.


Même les postes les plus modestes concernés


Contrairement aux idées reçues, le vol en entreprise ne concerne pas uniquement les cadres ou les employés ayant accès aux finances. Dans certaines structures, des agents d’entretien, des techniciennes de surface qui fouillent les tiroirs tout en passant la serpière, des magasiniers ou d’autres membres du personnel sont impliqués dans des disparitions de biens.


Il ne s’agit pas de stigmatiser une catégorie sociale. Mais les faits montrent que le problème traverse toutes les strates de l’entreprise. Là où la vigilance baisse, l’opportunité s’installe.


Parfois, ce sont des personnes à qui l’on faisait entièrement confiance. Des employés de longue date, considérés comme « de la famille », qui finissent par trahir cette confiance. La déception est alors double. Financière et morale.


Les causes d’une situation gênante


Pourquoi les Gabonais continuent-ils de voler dans les entreprises qui les emploient ? La question mérite d’être posée sans passion.


Certains invoquent la précarité économique ou l’égoïsme d’un patron. Le chômage élevé, le coût de la vie, les coupes de salaires et les retards de salaires peuvent créer un terrain propice aux dérives. D’autres évoquent un affaiblissement des valeurs morales, une banalisation de la fraude, voire une culture de l’impunité.


Il faut également souligner le manque de contrôle interne dans de nombreuses entreprises. Absence d’audits réguliers, procédures floues, gestion confiée à un frère ou une nièce, concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne. Autant de facteurs qui facilitent les abus.


La faiblesse des sanctions contribue à entretenir le phénomène. Trop souvent, les affaires se règlent à l’amiable pour éviter le scandale, sans poursuites judiciaires. Un remboursement en coupant le salaire en plusieurs tranches est réalisé.  


Un impact direct sur l’économie nationale


Le vol en entreprise ne nuit pas seulement aux employeurs. Il affaiblit l’économie nationale. Chaque franc CFA détourné est un franc qui ne sera pas investi, qui ne créera pas d’emploi, qui ne contribuera pas à la croissance.


Dans un pays qui cherche à diversifier son économie au-delà du pétrole, la solidité des entreprises locales est essentielle. Les pertes répétées découragent l’investissement et fragilisent la confiance des partenaires étrangers.


Restaurer la culture de la responsabilité


Face à cette situation, plusieurs pistes s’imposent. D’abord, renforcer les mécanismes de contrôle interne. Séparation des tâches, audits réguliers, systèmes informatisés de gestion. La transparence doit devenir la norme.


Ensuite, investir dans la formation à l’éthique professionnelle. Les employés doivent comprendre que voler son entreprise, c’est fragiliser son propre emploi. La loyauté et l’intégrité doivent être valorisées autant que la performance.


Une prise de conscience collective


Il serait injuste de généraliser. Tous les Gabonais ne volent pas. Beaucoup travaillent avec honnêteté et dévouement, parfois dans des conditions très difficiles pendant de longues années. Sans rechigner ni envier. Mais le phénomène existe et doit être reconnu.


Le développement du Gabon repose autant sur les infrastructures que sur les comportements. La lutte contre le vol en entreprise est une question de morale, mais aussi de survie des entreprises.


Il est temps d’ouvrir le débat, d’assumer les responsabilités et de bâtir une culture du travail fondée sur la confiance et l’intégrité. Car une entreprise prospère profite à tous. Employeurs, employés et nation entière.


 


 

Par Pamphil

Top Articles