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LA FILIÈRE CACAO AU GABON

LA FILIÈRE CACAO AU GABON
Filière cacao au Gabon : enjeux, relance et potentiel durable

Longtemps resté en marge des grandes nations productrices africaines, le Gabon cherche aujourd’hui à redonner au cacao une place stratégique dans son économie agricole. Dans un pays davantage connu pour son pétrole et ses vastes forêts équatoriales, la relance de cette culture apparaît comme un levier de diversification économique, de développement rural et de création d’emplois. Mais la filière cacao gabonaise, encore modeste, doit surmonter des défis structurels importants pour espérer rivaliser avec ses puissants voisins.


Un héritage ancien mais marginal


La culture du cacao au Gabon remonte à l’époque coloniale. Introduite au début du XXe siècle, elle a connu un développement limité, notamment en comparaison avec la Côte d’Ivoire et le Ghana, devenus depuis des géants mondiaux du cacao. Alors que ces deux pays produisent chacun plus d’un million de tonnes par an, la production gabonaise reste très faible, estimée à quelques milliers centaines de tonnes seulement.


Plusieurs raisons expliquent ce retard. L’économie gabonaise s’est longtemps appuyée sur la rente pétrolière, ce qui a freiné les investissements dans l’agriculture. Par ailleurs, la faible densité de population et le manque d’infrastructures rurales ont limité l’expansion des plantations.


Pourtant, le potentiel agroclimatique agropédoclimatique du pays est réel. Le climat équatorial, caractérisé par des pluies abondantes et des températures stables, est particulièrement favorable à la culture du cacao. De nombreuses zones rurales disposent de sols adaptés, notamment dans les provinces du Woleu-Ntem, de la Ngounié ou encore du Haut-Ogooué de l’Ogooué Lolo.


Une volonté politique de relance


Conscient de la nécessité de diversifier l’économie nationale, l’État gabonais a intégré l’agriculture, et en particulier le cacao, dans sa stratégie de développement. Sous l’impulsion des autorités, plusieurs programmes ont été lancés pour encourager la création de plantations, soutenir les petits producteurs et attirer des investisseurs privés.


Le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), initié dans les années 2010, a placé l’agriculture au cœur des priorités. L’objectif est de réduire la dépendance aux hydrocarbures et développer des filières à forte valeur ajoutée. Le cacao, produit d’exportation par excellence, s’inscrit parfaitement dans cette logique. Depuis août 2023, une nouvelle impulsion a été donnée à ce secteur spécifique de l’exploitation cacaoyère. 


Des appuis techniques sont désormais proposés aux planteurs. Distribution de plants améliorés, formation aux bonnes pratiques agricoles, accompagnement dans la gestion des exploitations. L’idée est d’améliorer les rendements, souvent faibles en raison de plantations vieillissantes et d’un accès limité aux intrants.


Une production encore artisanale


La filière cacao au Gabon repose majoritairement sur de petites exploitations familiales. La taille moyenne des plantations dépasse rarement quelques hectares. Les méthodes de culture restent souvent traditionnelles, avec peu de mécanisation et un recours limité aux engrais ou aux produits phytosanitaires.


Cette situation a des conséquences directes sur les rendements, qui demeurent inférieurs à ceux observés dans les grands pays producteurs. De plus, la qualité du cacao peut varier en fonction des techniques de fermentation et de séchage, étapes cruciales pour obtenir des fèves répondant aux standards internationaux.


Cependant, cette production à petite échelle peut aussi représenter une opportunité. Dans un contexte mondial où la demande pour un cacao traçable, durable et issu de l’agroforesterie augmente, le Gabon peut se positionner sur des segments de niche, notamment le cacao biologique ou équitable.


L’enjeu de la transformation locale


L’un des défis majeurs de la filière reste la transformation. Comme dans beaucoup de pays africains, le cacao gabonais est principalement exporté sous forme de fèves brutes. La valeur ajoutée liée à la transformation, beurre de cacao, poudre, chocolat, est en grande partie captée à l’étranger.


Des initiatives émergent toutefois pour inverser cette tendance. Quelques unités artisanales de transformation ont vu le jour, produisant du chocolat local destiné au marché national ou régional. Bien que modestes, ces projets témoignent d’une volonté de créer une chaîne de valeur plus complète.


Le développement d’une industrie chocolatière nationale supposerait cependant des investissements conséquents, une amélioration des infrastructures énergétiques et logistiques, ainsi qu’un renforcement des compétences techniques. Cela représente un chantier de long terme.


Des contraintes structurelles persistantes


Malgré les ambitions affichées, la filière cacao gabonaise se heurte à plusieurs obstacles. Le premier concerne l’accès au financement. Les petits producteurs rencontrent souvent des difficultés pour obtenir des crédits agricoles. L’absence de garanties, la faible structuration en coopératives et la perception du risque freinent les banques.


Le second défi est logistique. Dans certaines zones rurales, l’état des routes complique l’acheminement des fèves vers les centres de collecte ou les ports d’exportation. Ces contraintes augmentent les coûts et réduisent la compétitivité du cacao gabonais sur le marché international.


La question de la main-d’œuvre se pose avec acuité. La jeunesse rurale, attirée par les villes, se détourne parfois des activités agricoles, perçues comme pénibles et peu rémunératrices. Assurer la relève générationnelle est donc un enjeu crucial pour la pérennité de la filière.


Une carte à jouer sur le cacao durable


Dans un contexte international marqué par une attention croissante aux questions environnementales et sociales, le Gabon dispose d’atouts spécifiques. Le pays est reconnu pour sa politique de conservation forestière et son engagement en faveur du développement durable.


Le modèle de culture du cacao en agroforesterie, qui associe cacaoyers et arbres forestiers, correspond bien à cette orientation. Il permet de préserver la biodiversité, de limiter la déforestation et d’améliorer la résilience des plantations face au changement climatique.


À l’heure où les grands acheteurs mondiaux imposent des exigences accrues en matière de traçabilité et de durabilité, le Gabon pourrait valoriser une image de “cacao vert”, produit dans le respect des écosystèmes. Cette stratégie pourrait lui permettre de compenser des volumes encore modestes par un positionnement qualitatif.


Une filière à construire patiemment


La filière cacao au Gabon n’en est encore qu’à une phase de structuration. Les volumes produits restent faibles à l’échelle mondiale, et les défis sont nombreux. Mais le potentiel est réel. Entre volonté politique, ressources naturelles favorables et opportunités sur les marchés spécialisés, le pays dispose de bases solides pour bâtir une filière compétitive.


Le succès dépendra toutefois de la capacité à organiser les producteurs, à sécuriser les financements, à améliorer les infrastructures et à investir dans la transformation locale. Plus largement, il s’agira de faire du cacao non pas une culture marginale, mais un pilier durable du développement rural.


Dans un monde où la demande en chocolat ne cesse de croître, le Gabon a une carte à jouer. À condition de miser sur la qualité, la durabilité et la montée en gamme, la filière cacao pourrait devenir, dans les années à venir, l’un des moteurs d’une économie gabonaise plus diversifiée et résilien

Par Pamphil

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