33,2 MILLIONS DE DOLLARS INJECTÉS
Au terme de sa quatrième revue de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC), le Fonds monétaire international (FMI) a donné son feu vert à un nouveau décaissement en faveur du Burkina Faso. L’institution financière internationale a approuvé un financement immédiat d’environ 33,2 millions de dollars, une enveloppe destinée à soutenir les efforts budgétaires et les réformes engagées par les autorités burkinabè.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants et une situation humanitaire toujours préoccupante. Malgré ces contraintes, le pays dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré semble maintenir le cap sur le plan macroéconomique, selon les conclusions de l’institution de Bretton Woods.
Un décaissement immédiat de 33,2 millions de dollars
L’approbation de cette nouvelle tranche de financement s’inscrit dans le cadre de l’accord appuyé par la FEC, un mécanisme destiné à soutenir les pays à faible revenu confrontés à des déséquilibres prolongés de leur balance des paiements. Le décaissement immédiat de 33,2 millions de dollars vise à renforcer les capacités budgétaires de l’État et à consolider les acquis enregistrés ces derniers mois.
Pour les autorités burkinabè, ce soutien constitue un signal positif envoyé aux partenaires techniques et financiers. Il témoigne, selon elles, de la crédibilité des réformes entreprises et de la solidité des engagements pris en matière de gouvernance économique.
Une économie jugée résiliente
« L’économie du Burkina Faso a fait preuve de résilience face aux défis sécuritaires et humanitaires », a déclaré Kenji Okamura, Directeur général adjoint du FMI. Une appréciation qui met en avant la capacité du pays à absorber des chocs multiples tout en maintenant une certaine stabilité macroéconomique.
D’après le responsable, les autorités ont su préserver une marge de manœuvre budgétaire tout en maîtrisant l’inflation. Cette performance serait le fruit d’une amélioration des mesures de gouvernance et d’une mobilisation plus efficace des recettes internes. L’objectif est de maintenir la dette publique sur une trajectoire soutenable, dans un environnement régional souvent marqué par des tensions sur les finances publiques.
Des critères de performance largement respectés
Le FMI souligne que les progrès accomplis dans le cadre du programme appuyé par la FEC ont été jugés satisfaisants. À fin juin 2025, toutes les cibles de réalisation quantitatives ont été respectées. Il en va de même pour les critères continus et les objectifs indicatifs, à une exception près. Un objectif manqué de moins de 0,1 % du produit intérieur brut (PIB).
À fin septembre, la tendance est restée globalement positive. Les autorités ont atteint l’ensemble des objectifs indicatifs, hormis le plafond fixé pour les arriérés de remboursement de la TVA, dépassé de 0,02 % du PIB. Des écarts jugés marginaux par l’institution, qui n’ont pas remis en cause l’appréciation générale du programme.
Ces résultats traduisent, selon les observateurs, une discipline budgétaire renforcée et un suivi plus rigoureux des engagements pris dans le cadre de l’accord.
Une croissance en accélération en 2025
Le FMI note par ailleurs une accélération de la croissance économique en 2025. Les estimations font état d’un taux de croissance de 5,0 %, contre 4,8 % en 2024. Une progression modérée mais significative dans un contexte sécuritaire toujours fragile.
Cette dynamique serait en partie liée à l’essor de l’exploitation minière artisanale, stimulée par la hausse des cours internationaux de l’or. Le métal précieux demeure en effet l’un des principaux produits d’exportation du pays et une source essentielle de devises.
À moyen terme, les perspectives restent favorables. L’institution anticipe une croissance comprise entre 4,5 % et 5,0 %, sous réserve d’une amélioration continue de la situation sécuritaire. La stabilité du cadre macroéconomique et la poursuite des réformes structurelles seront déterminantes pour maintenir ce rythme.
Une inflation en net ralentissement
Autre signal encourageant. Le ralentissement marqué de l’inflation. En 2025, celle-ci a reculé à -0,5 %, principalement grâce à la baisse des prix alimentaires. Cette évolution contribue à préserver le pouvoir d’achat des ménages, durement affectés ces dernières années par la flambée des prix.
Le FMI prévoit une convergence progressive de l’inflation vers un niveau proche de 2,0 % dans les prochaines années, en ligne avec les objectifs régionaux. Le maintien de cette trajectoire dépendra toutefois de la stabilité des prix des produits importés et de l’évolution des marchés internationaux.
Soutenir le secteur privé et réduire les vulnérabilités
Pour consolider les acquis, le FMI recommande aux autorités de promouvoir un environnement plus favorable au développement du secteur privé. L’enjeu est de diversifier l’économie et de réduire sa dépendance à quelques produits de base, en particulier l’or.
L’institution insiste également sur la nécessité de protéger l’économie contre les chocs extérieurs. La gestion de l’exposition accrue aux fluctuations des prix des matières premières apparaît comme un défi majeur, dans un contexte mondial incertain.
La mise en œuvre du plan d’action fondé sur les conclusions de l’évaluation diagnostique de la gouvernance figure aussi parmi les priorités. L’amélioration de la transparence, le renforcement des institutions et la lutte contre la corruption sont considérés comme des leviers essentiels pour attirer les investissements et stimuler la croissance.
Préserver les dépenses sociales
Si la poursuite de l’assainissement budgétaire demeure cruciale pour maintenir la stabilité macroéconomique, le FMI appelle à préserver les dépenses sociales. Les secteurs de la santé, de l’éducation et de la protection sociale devront rester prioritaires dans les plans de dépenses pluriannuels.
Dans un pays confronté à d’importants déplacements internes liés à l’insécurité, ces investissements sont jugés indispensables pour soutenir la cohésion sociale et prévenir une aggravation des inégalités.
L’agriculture de subsistance au cœur des priorités
Le nouveau financement accordé devrait également permettre de soutenir l’agriculture de subsistance et d’appuyer les mesures d’adaptation agricole. Ce secteur concerne près de 80 % de la population et constitue un pilier de l’économie nationale.
Les autorités entendent utiliser une partie des ressources pour renforcer la résilience face aux risques climatiques et aux catastrophes naturelles. Le financement des risques de catastrophe figure ainsi parmi les axes d’intervention, avec pour objectif de réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires.
Dans un contexte de volatilité des prix internationaux et de perturbations des chaînes d’approvisionnement, le développement de la production locale apparaît comme un impératif stratégique.
Un signal de confiance, mais des défis persistants
L’approbation de ce décaissement par le FMI constitue un signal de confiance envers les autorités burkinabè. Elle confirme que, malgré les défis sécuritaires et humanitaires, le pays parvient à maintenir une trajectoire économique globalement stable.
Toutefois, les défis restent nombreux. La consolidation de la paix, l’amélioration du climat des affaires et la diversification de l’économie seront déterminantes pour transformer cette résilience en croissance inclusive et durable.
Pour le Burkina Faso, l’enjeu est désormais de traduire ces appuis financiers en résultats concrets pour la population, en particulier dans les zones les plus vulnérables. Le soutien du FMI offre une bouffée d’oxygène budgétaire, mais la réussite du programme dépendra avant tout de la capacité des autorités à poursuivre les réformes et à renforcer la stabilité du pays sur le long terme.