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100 KG DE MANIOC PAR AN

100 KG DE MANIOC PAR AN
100 kg de manioc par an : le chiffre qui révèle l’appétit des Gabonais

Au Gabon, le manioc n’est pas simplement un aliment : c’est un pilier du quotidien. Avec une consommation moyenne estimée à près de 100 kilogrammes par habitant et par an, chaque Gabonais en consommerait environ 270 grammes par jour. Un chiffre impressionnant qui traduit l’importance stratégique de cette racine dans l’alimentation nationale.


Une base alimentaire incontournable


Dans les villes comme dans les campagnes, le manioc accompagne presque tous les repas. Bouilli, pilé en foufou, transformé en gari ou roulé en bâton de manioc, plus connu localement sous le nom de Ikwangue, Pita, Mbong, il constitue la principale source d’énergie pour une grande partie de la population. Sa neutralité gustative lui permet de s’adapter aux sauces et aux mets traditionnels à base de poisson, de viande ou de légumes-feuilles.


La consommation moyenne, située entre 90 et 120 kg par habitant et par an, place le pays dans la norme africaine. Ce niveau élevé s’explique par des habitudes alimentaires profondément ancrées, mais aussi par la relative accessibilité du produit. Peu coûteux comparé au riz ou au blé importés, le manioc reste un choix rationnel pour de nombreux ménages.


Une production encore largement familiale


La production nationale est évaluée entre 300 000 et 400 000 tonnes par an. Elle provient majoritairement de petites exploitations familiales. Dans les zones rurales, plus de 60 % des ménages cultivent le manioc, souvent sur des parcelles de taille modeste, en complément d’autres cultures vivrières.


Ce modèle agricole repose en grande partie sur le savoir-faire traditionnel et une main-d’œuvre familiale. Les techniques culturales demeurent pour l’essentiel peu mécanisées, ce qui limite les rendements. Pourtant, le potentiel est considérable. Le manioc est une plante résistante, capable de pousser sur des sols pauvres et de supporter des conditions climatiques variables.


Le rôle central des femmes


Un autre aspect essentiel de la filière est le rôle des femmes. Elles représentent près de 70 % des acteurs de la transformation artisanale. Ce sont elles qui assurent l’épluchage, le rouissage, le séchage, la fermentation et la commercialisation sur les marchés locaux.


Cette prédominance féminine fait du manioc un véritable levier d’autonomisation économique. Les revenus tirés de la vente du bâton de manioc ou du gari contribuent au financement de la scolarité des enfants et aux dépenses courantes des ménages. Cependant, l’absence d’infrastructures modernes, unités de transformation semi-industrielles, routes rurales praticables, systèmes de stockage performants, freine la professionnalisation du secteur.


Un paradoxe alimentaire


Malgré cette production significative, le Gabon importe encore une part importante de denrées alimentaires. Ce paradoxe met en lumière un déficit de productivité et d’organisation. Les pertes post-récolte restent élevées et les circuits de distribution peu structurés. Résultat. Le pays dépend fortement de l’extérieur pour des produits de base comme le riz ou la farine de blé.


Renforcer la filière manioc pourrait donc contribuer à améliorer la sécurité alimentaire nationale. Une meilleure valorisation industrielle, amidon, farine panifiable, alimentation animale, offrirait aussi de nouvelles perspectives économiques.


Un chiffre cohérent à l’échelle régionale


Selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la consommation moyenne de manioc en Afrique subsaharienne est proche de 100 kg par habitant et par an. Le chiffre avancé pour le Gabon n’a donc rien d’exceptionnel.


Plusieurs éléments permettent de mieux comprendre cette moyenne. D’abord, il s’agit d’un aliment de base consommé par plus de 80 % des Gabonais, sous diverses formes traditionnelles largement répandues. Ensuite, le poids de “100 kg” fait généralement référence à la racine fraîche. Une fois épluchée, fermentée ou séchée, la quantité réellement ingérée en matière sèche est bien inférieure. Enfin, en comparaison régionale, certains pays voisins affichent des niveaux encore plus élevés. En République démocratique du Congo, par exemple, la consommation peut même dépasser les 160 kg par an.


Un véritable filon


Au regard de ces chiffres, le manioc apparaît comme un véritable filon économique encore sous-exploité au Gabon. La demande est forte, régulière et ancrée dans les habitudes alimentaires. Pourtant, peu d’opérateurs économiques gabonais investissent réellement dans la transformation industrielle, la modernisation des chaînes de production ou la distribution structurée. Cette frilosité laisse le champ libre aux importations et prive le pays de valeur ajoutée locale. Mieux organisé, le secteur pourrait générer emplois, revenus durables et croissance nationale.


 


 

Par Pamphil

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