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PIÈCES JAUNES ET RITUELS

PIÈCES JAUNES ET RITUELS
Entre rumeurs urbaines, symbolique traditionnelle et désintérêt économique, enquête sur la perception des pièces dites « jaune » au Gabon.

Au Gabon, les pièces de 5 F et 10 F CFA, communément appelées « pièces jaunes », sont toujours en circulation. Pourtant, dans les transports en commun comme dans les espaces commerciaux, elles sont de moins en moins utilisées. Beaucoup de citoyens hésitent à les accepter ou à les manipuler. Dans les environs du commissariat central de Libreville, plusieurs usagers ont partagé leurs avis sur ce désintérêt croissant.


« Je ne les ai jamais utilisées .»


Gaël Bouessi affirme n’avoir jamais utilisé de pièces inférieures à 25 F.
« Personnellement, je ne les ai jamais utilisées, que ce soit chez le boutiquier ou au marché », confie-t-il. Selon lui, ces pièces « ne sont même pas utilisables ». Il s’interroge même sur leur raison d’être. « Ça sert à quoi ? Pourquoi on fabrique ça ? »


D’après lui , ces petites pièces seraient davantage associées à certaines pratiques traditionnelles qu’aux transactions courantes. « Apparemment, elles ne sont utilisées que dans certains travaux traditionnels, pour ceux qui, comme on dit ici, lavent souvent le corps », ajoute-t-elle, reprenant une expression populaire gabonaise.


Une valeur symbolique persistante.


Francine, elle, nuance le débat en rappelant la portée symbolique de ces pièces dans les us et coutumes gabonaises.


« Généralement, même dans nos traditions, on demande les pièces de 5 F ou 10 F, c’est symbolique », explique-t-il.


Elle souligne également leur rôle dans certaines pratiques de médecine traditionnelle.


« Il y a des tradipraticiens qui demandent ces pièces pour des sacrifices, pas forcément des rituels de sang, mais parfois pour soigner quelqu’un. Il faut une monnaie d’échange. On demande souvent 5 F, 10 F ou 25 F. Les grosses sommes comme 500 F ou 10 000 F concernent d’autres types de demandes. »


Un problème de taille.


Pour Hermine, le principal problème réside dans la dimension de ces pièces.
« Elles sont trop petites pour être utilisées dans les transactions », explique-t-elle. Selon elle, leur format les rend faciles à perdre et peu pratiques à manipuler. « Elles sont tellement petites qu’on est obligé de les garder comme pièces de collection. »


Elle précise toutefois ne rien soupçonner de mystique concernant les jetons jaunes .« Je ne soupçonne rien du tout. » À ses yeux, ces pièces ont simplement perdu leur utilité économique réelle.


Entre perte de valeur marchande, contraintes pratiques et dimension culturelle persistante, les pièces de 5 F et 10 F semblent aujourd’hui naviguer entre économie formelle et traditions locales. Toujours en circulation, elles peinent pourtant à trouver leur place dans le quotidien des Gabonais.


 

Par NZENGUE BOULENDE

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