LA HAC FACE À L’USAGE DES VPN, ENTRE CONTRÔLE ET LIBERTÉ NUMÉRIQUE
À Libreville, depuis quelques semaines, la suspension par la la Haute autorité de la communication (HAC), de certaines plateformes numériques fait couler beaucoup d’encre et agite le débat sur la liberté d’expression et la sécurité numérique. Les internautes, quant à eux, semblent avoir trouvé des parades via les VPN. C’est dans ce contexte que Germain Ngoyo Moussavou, président de la HAC, a accepté de répondre aux questions d’un journaliste, éclairant la position de l’institution sur la question délicate du contournement des mesures imposées.
VPN : la HAC n’ignore rien
Interrogé sur l’usage des VPN par les internautes et certaines institutions pour continuer à naviguer malgré la suspension, Germain Ngoyo Moussavou se veut clair. « Nous avons conscience de cela. Nos services techniques partenaires travaillent à une exécution totale de la décision, y compris en intégrant la question des VPN, qui se trouve être un moyen de contournement de notre mesure de suspension. »
a déclaré Germain Ngoyo Moussavou, président de la HAC, au quotidien l’Union.
Pour le président de la HAC, il est essentiel de rappeler que la mesure adoptée ne vise pas à bâillonner la liberté d’expression. « Cette mesure, précise-t-il, ne vise nullement à empêcher les opinions de s’exprimer. Celles-ci continuent, du reste, de se manifester par d’autres canaux numériques non impactés par la suspension prononcée par la HAC. »
En d’autres termes, la régulation n’est pas synonyme de censure totale. La HAC distingue clairement entre contrôle de certaines plateformes et respect des libertés fondamentales dans le cyberespace. Mais le défi reste réel. Comment empêcher le contournement par des outils technologiques alors que le public y a largement recours ?
Trois types de VPN et leur traitement
Pour mieux comprendre la stratégie de la HAC, Ngoyo Moussavou détaille la typologie des VPN et la manière dont chacun est traité par les autorités :
Les VPN sécurisés d’ordre professionnel
« Ils ne sont pas coupés et continuent de fonctionner en toute sécurité », explique le président. Ces VPN sont utilisés principalement par des entreprises et institutions pour sécuriser leurs communications. Leur usage reste donc légal et nécessaire pour le fonctionnement de l’administration et des services professionnels.
Les VPN téléchargés avant la décision de la HAC
Ceux-ci sont désormais surveillés par les fournisseurs d’accès à Internet (FAI). « Nous y veillons », souligne Ngoyo Moussavou, confirmant que les autorités ont mis en place un dispositif technique pour suivre leur fonctionnement et s’assurer qu’ils respectent la réglementation.
Les VPN non sécurisés dédiés aux réseaux sociaux
Ceux-ci sont ciblés directement par la HAC. Selon le président, ils « ne fonctionnent pas ou du moins pas correctement ». Les fournisseurs d’accès sont chargés de veiller à ce que les décisions de la HAC soient appliquées jusqu’à la levée officielle de la mesure de suspension.
Cette différenciation remet en surface une approche pragmatique de l’institution. Plutôt que de bloquer Internet dans sa globalité, la HAC choisit de cibler les outils jugés à risque, tout en laissant passer les usages professionnels indispensables.
La surveillance technique : un équilibre délicat
L’une des questions centrales demeure celle de la surveillance technique et de son impact sur les libertés numériques. Ngoyo Moussavou insiste sur la légalité et la transparence de cette surveillance. « Les décisions de la HAC sont mises en œuvre par les fournisseurs d’accès internet dans le cadre réglementaire existant. »
Cette position reflète une volonté de ne pas transformer la régulation en outil de répression généralisée. Pourtant, certains observateurs s’inquiètent de la capacité des FAI à appliquer ces mesures de manière équitable, sans affecter des utilisateurs qui respectent la loi. Les VPN professionnels, eux, semblent épargnés, ce qui laisse entendre que l’État privilégie la continuité des services essentiels et la sécurité des entreprises plutôt que l’interdiction pure et simple de tous les contournements numériques.
Les internautes face aux restrictions
Malgré les efforts de la HAC, les internautes continuent d’explorer les failles technologiques pour accéder aux plateformes suspendues. Les VPN non sécurisés restent partiellement efficaces, même si leur performance est réduite. Pour Ngoyo Moussavou, cette réalité n’est pas une surprise. « Nous avons conscience de l’existence de ces moyens de contournement, mais notre travail consiste à minimiser leur impact tout en respectant les règles établies. »
Le président insiste sur l’idée que l’expression en ligne n’est pas totalement entravée. D’autres canaux numériques, non affectés par la suspension, restent ouverts. Blogs, forums et applications de messagerie sécurisée offrent encore aux Gabonais des espaces pour communiquer et partager leurs opinions. La HAC souhaite donc encadrer plutôt que réprimer. Un équilibre difficile à maintenir dans un monde où la technologie évolue plus vite que la réglementation.
L’avenir de la régulation numérique au Gabon
Ngoyo Moussavou conclut sur l’importance de mettre en place des « voies réglementaires » pour encadrer durablement l’usage d’Internet et des VPN au Gabon. Ces mesures visent à clarifier les droits et devoirs des utilisateurs, à sécuriser les communications professionnelles et à garantir que la liberté d’expression ne soit pas compromise par des abus technologiques.
La Haute Autorité de la Communication, tout en affirmant sa vigilance, laisse transparaître une certaine prudence. Il ne s’agit pas de restreindre Internet de manière arbitraire, mais de réguler des pratiques spécifiques pouvant nuire à l’ordre public ou à la sécurité numérique. Dans ce contexte, les Gabonais devront apprendre à naviguer entre régulation et liberté, entre contrôle étatique et innovation technologique.
En définitive, la HAC apparaît comme une institution consciente des enjeux numériques actuels. Entre le respect des libertés et la nécessité de faire appliquer ses décisions, elle tente de tracer une ligne claire dans un espace numérique en perpétuelle mutation. L’usage des VPN, sous surveillance ou restreint, devient ainsi un symbole de cette bataille moderne entre régulation et liberté, une bataille que Germain Ngoyo Moussavou et son équipe semblent prêts à mener avec prudence et méthode.
Rappelons que la décision de la HAC se fonde, sur les dispositions de la loi n° 014/2023 du 03 juillet 2023 portant réorganisation de la Haute autorité de la communication, notamment sur l'article 3 qui dispose que la Haute autorité de la communication a pour mission la régulation du secteur de la communication audiovisuelle, cinématographique, écrite et numérique. Le numérique est donc l'un des domaines régulés par la HAC.