MOYEN-ORIENT, UNE COMPAGNIE MARITIME INTERNATIONALE FRAPPE L’AFRIQUE AVEC DES SURTAXES D’URGENCE
Depuis plusieurs semaines, les tensions au Moyen-Orient perturbent gravement le trafic maritime mondial. Les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, deux passages stratégiques reliant le Golfe Persique et la mer Rouge à l’océan Indien, sont devenus des zones à haut risque. Les affrontements récents impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis ont entraîné des attaques ciblées contre des navires commerciaux, l’usage accru de drones et des opérations militaires ponctuelles. Ces incidents obligent les compagnies maritimes à revoir leurs itinéraires, à augmenter leurs primes d’assurance et à appliquer des frais supplémentaires pour couvrir les risques.
Pour l’Afrique, cette instabilité arrive à un moment déjà critique : plusieurs pays connaissent une flambée des prix des carburants et des denrées importées, aggravée par la volatilité des marchés internationaux. Les ports africains, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux îles de l’océan Indien, subissent une pression croissante pour maintenir le flux de marchandises essentielles. Dans ce contexte, la décision de MSC Mediterranean Shipping Company d’instaurer des surtaxes dites « guerre » pour les cargaisons à destination de l’Afrique n’est pas seulement une mesure commerciale. Elle reflète l’impact direct des tensions géopolitiques mondiales sur les économies africaines.
Des surtaxes qui frappent tous les conteneurs
Depuis le 5 mars 2026, MSC applique des frais supplémentaires sur toutes les cargaisons en provenance du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh) vers l’Afrique de l’Est, la Somalie, le Mozambique et les îles de l’océan Indien. La surtaxe est de 500 $ par conteneur standard de 20 pieds (EVP) et de 1 000 $ pour les conteneurs frigorifiques. Pour les cargaisons provenant des pays du Golfe, les coûts sont encore plus élevés : 2 000 $ pour les conteneurs de 20 pieds, 3 000 $ pour les 40 pieds et 4 000 $ pour les conteneurs frigorifiques.
La compagnie justifie ces mesures par l’évolution de la situation sécuritaire dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, précisant qu’elle suit de près les événements et coordonne ses actions avec les autorités locales et internationales pour garantir la sécurité des opérations. Pour MSC, ces surtaxes sont nécessaires afin de compenser les risques accrus, les modifications d’itinéraires et les coûts supplémentaires liés aux assurances.
Une pression supplémentaire sur les marchés africains
Pour les pays africains, cette décision pourrait avoir des conséquences immédiates sur le coût de la vie et le commerce extérieur. Les prix des carburants et des produits importés sont déjà élevés. Au Nigéria, l’essence atteint jusqu’à 960 nairas le litre dans la capitale, tandis qu’en Afrique du Sud, les prix ont été relevés dès le 4 mars. Le Zimbabwe affiche également des tarifs record pour le diesel et l’essence.
Les économistes avertissent que les surtaxes imposées par MSC risquent d’amplifier ces tensions. Les importateurs devront répercuter ces coûts sur les consommateurs, ce qui pourrait peser sur l’inflation et sur les budgets familiaux dans plusieurs pays. Les entreprises locales, notamment celles dépendant de matières premières ou de produits alimentaires importés, pourraient voir leurs marges réduites, ralentissant la reprise économique dans certaines régions.
Vers un avenir incertain pour le transport maritime africain
Cette décision souligne la vulnérabilité de l’Afrique face aux perturbations géopolitiques mondiales. Les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, bien que loin des côtes africaines, ont un impact direct sur les prix et la disponibilité des marchandises sur le continent. Alors que MSC et d’autres compagnies maritimes adaptent leurs stratégies pour minimiser les risques, les gouvernements africains devront trouver des moyens pour protéger leurs économies et sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.
Entre hausse des prix, risques accrus pour le transport maritime et incertitudes politiques, les prochains mois s’annoncent complexes pour l’Afrique. La communauté internationale et les acteurs du commerce devront naviguer avec prudence pour limiter l’effet domino sur les marchés africains et maintenir la fluidité des échanges commerciaux essentiels.