UNE MALADIE SOUVENT SILENCIEUSE
Le poids financier de l’hémodialyse pour le système de santé.
Entre traitements coûteux et bouleversements dans la vie quotidienne, l’insuffisance rénale s’impose progressivement comme une préoccupation majeure de santé publique. Selon le Dr Arthur Kanganga Ekomy, médecin néphrologue et chef du service de néphrologie au Centre hospitalier universitaire de Libreville, la prise en charge des patients atteints d’insuffisance rénale chronique est particulièrement onéreuse.
« La prise en charge d’un patient hémodialisé coûte près de 1,8 million de francs CFA par mois à la CNAMGS »,explique-t-il.
Avec environ 600 patients actuellement sous hémodialyse, la facture annuelle pour l’État avoisine 6 à 7 milliards de francs CFA, sans compter les dépenses liées aux médicaments et aux examens médicaux.
« Si l’on fait une simulation sur les patients pris en charge actuellement, on arrive à plusieurs milliards de francs CFA par an uniquement pour les séances d’hémodialyse », précise le spécialiste.
Un bouleversement dans la vie des patients.
Au-delà du coût financier, l’insuffisance rénale entraîne de profondes répercussions dans la vie quotidienne des malades. Les patients sous hémodialyse doivent suivre plusieurs séances de traitement chaque semaine, ce qui perturbe fortement leur activité professionnelle et leur vie sociale.
« L’insuffisance rénale entraîne une désorganisation des familles, mais aussi de la vie professionnelle des patients », souligne le néphrologue.
Pour de nombreux malades, la maladie impose une réorganisation totale du quotidien. Les déplacements réguliers pour les soins, la fatigue liée aux traitements et les contraintes médicales peuvent limiter la capacité à travailler ou à mener une vie normale.
Une maladie souvent silencieuse.
L’un des principaux dangers de l’insuffisance rénale réside dans son évolution discrète. Dans de nombreux cas, la maladie ne présente aucun signe apparent au début, ce qui retarde souvent le diagnostic.
« L’insuffisance rénale est souvent qualifiée de tueur silencieux, car au début il n’y a pas de signe annonciateur », explique le Dr Arthur.
« La seule manière de la détecter précocement reste le dépistage. »
À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé estime que près de 850 millions de personnes sont touchées par une maladie rénale.
Au Gabon, les campagnes de dépistage réalisées sur un échantillon d’environ 1 000 personnes ont révélé près de 10 % d’anomalies rénales, un chiffre qui interpelle les spécialistes.
Les principales causes de l’insuffisance rénale.
Selon le spécialiste, plusieurs facteurs sont à l’origine de l’insuffisance rénale.
« Les principales causes sont l’hypertension artérielle, le diabète, les infections mal traitées et l’automédication », indique le néphrologue.
Certaines maladies héréditaires, comme la polycystose rénale, peuvent également entraîner une dégradation progressive de la fonction rénale.
La prévention au cœur de la lutte.
Face à cette situation, le professionnel de santé insistent sur l’importance de la prévention et du dépistage précoce.
« Nous recommandons aux populations de ne pas manger trop salé, trop sucré ni trop gras, de pratiquer une activité physique régulière et de boire suffisamment d’eau », conseille le spécialiste.
« Une hydratation d’environ un litre et demi à deux litres d’eau par jour permet aux reins de fonctionner dans de bonnes conditions. »
Dans cette dynamique de sensibilisation, plusieurs activités sont organisées à l’occasion de la Journée mondiale du rein dans différentes villes du pays, notamment à Libreville, Oyem et Lambaréné. Des campagnes de dépistage permettront aux populations de vérifier gratuitement certains indicateurs essentiels comme la tension artérielle, la glycémie ou encore les anomalies urinaires.
Pour le spécialiste, la lutte contre les maladies rénales ne repose pas uniquement sur le système de santé. Elle passe aussi par une prise de conscience individuelle et collective.
« L’insuffisance rénale est un problème de santé publique majeur qui nécessite une mobilisation de tous », souligne le Dr Arthur.
Car au-delà des chiffres et des coûts, ce sont des vies, des familles et des trajectoires professionnelles qui se trouvent bouleversées par cette maladie souvent silencieuse. D’où l’importance de la prévention, du dépistage et de l’adoption de modes de vie plus sains pour freiner la progression de ce fléau.