L’AGRICULTURE APPARAÎT COMME UN SECTEUR STRATÉGIQUE
Un secteur à fort potentiel de création d’emplois grâce à toute la chaîne de valeur agricole.
Selon Jean-Jacques Edzang Mba, ingénieur agronome et coordinateur technique à l’Institut Gabonais d’Appui au Développement (IGAD), ce domaine possède un potentiel considérable pour dynamiser l’économie nationale et réduire la dépendance à d’autres secteurs. Pour lui, l’agriculture constitue l’un des secteurs les plus capables de générer de l’emploi au Gabon.
« Effectivement, l’agriculture dans tous les pays du monde, c’est un gros levier de création d’emplois. »
De ce fait , cette capacité s’explique par la diversité des activités qui composent la chaîne de valeur agricole, depuis la préparation des terres jusqu’à la commercialisation des produits.
« Prenez la chaîne des valeurs de l’agriculture. Vous allez débrousser, abattre, tronçonner, préparer votre champ. Si vous avez des bulldozers, vous allez utiliser du carburant, un dieseliste, un machiniste pour labourer. Ensuite vous semez, vous récoltez, puis vous transformez et vous transportez votre produit jusqu’au marché. »
L’agriculture ne se limite donc pas à la culture des terres, mais mobilise une multitude de métiers et d’activités économiques.
« Après la production, vous allez transformer votre produit. Vous allez ensuite le transporter, soit à l’état brut, soit à l’état transformé, jusqu’au marché. Vous pouvez vendre au bord de votre unité de transformation ou venir vendre votre produit à Libreville. »
Pour le spécialiste, cette organisation crée un véritable écosystème économique autour de l’agriculture.
« Vous avez toute cette chaîne-là, tous ces maillons de la filière qui vont donner de l’emploi aux jeunes et à la population. »
Il cite l’exemple de la culture du bananier pour illustrer ce potentiel.
« Un hectare de bananier peut mobiliser environ trois personnes. Donc si vous avez 1 000 hectares de bananiers, cela représente environ 3 000 emplois directs impliqués dans la production. »
À ces emplois permanents s’ajoutent des travailleurs temporaires mobilisés lors des périodes de forte activité.
« Il y aura aussi des temporaires qui viendront travailler pendant les périodes de forte activité, par exemple pour la récolte ou le transport. »
Réduire les coûts et accompagner les jeunes pour stimuler l’investissement agricole.
Pour que l’agriculture devienne un véritable moteur de diversification économique au Gabon, il est crucial de rendre le secteur compétitif tout en formant de nouveaux entrepreneurs agricoles.
Le coordinateur technique de l’IGAD souligne la cherté des intrants comme un obstacle majeur à la rentabilité des exploitations.
« Pour mettre en place un hectare de bananier, vous êtes autour de 3 millions de francs CFA entre l’achat des rejets, la trouaison, l’entretien et les intrants jusqu’à la récolte. »
Les prix des intrants au Gabon restent nettement plus élevés que dans plusieurs pays voisins.
« Le kilo d’engrais est parfois à 800 ou 1 000 francs au Gabon, alors qu’il peut être autour de 300 ou 400 francs ailleurs. »
Cette différence impacte directement la compétitivité et décourage les jeunes investisseurs potentiels.
Pour y remédier, Jean-Jacques Edzang Mba insiste sur l’importance de combiner formation pratique et accompagnement entrepreneurial.
« Les formations doivent aller de la pratique : comment cultiver la banane, le manioc, les choux. Mais à côté de ça, il faut ajouter le côté entrepreneurial. »
Selon lui, la réussite d’une exploitation ne dépend pas uniquement des techniques agricoles.
« L’aspect gestion n’est pas souvent valorisé, alors qu’il est essentiel pour la réussite d’un projet agricole. »
Créer un environnement favorable et offrir des compétences solides aux jeunes constitue ainsi une condition clé pour transformer l’agriculture en levier économique durable.
Redonner de la valeur au métier d’agriculteur et renforcer la sécurité alimentaire
Pour Jean-Jacques Edzang Mba, l’agriculture ne doit pas seulement être perçue comme un simple travail de subsistance, mais comme un pilier stratégique de l’économie gabonaise.
« Il faut créer des modèles et investir sur l’humain. Parce qu’il y a des gens qui se croient des sous-hommes parce qu’ils sont agriculteurs, alors que c’est faux. »
Selon lui, valoriser le métier d’agriculteur est essentiel pour attirer les jeunes et renforcer la contribution du secteur à la diversification économique du Gabon.
« Faire de l’agriculture, c’est un travail noble. Vous nourrissez votre famille, la population de votre quartier, votre ville et votre pays, et pourquoi pas le monde. »
Au-delà de l’emploi et de la valorisation sociale, l’agriculture joue un rôle central dans la sécurité alimentaire du pays.
« On parle de sécurité alimentaire. Donc on doit produire bien et beaucoup. »
Jean-Jacques Edzang Mba estime que le Gabon dispose d’un potentiel suffisant pour accroître sa production et réduire sa dépendance aux importations.
« Le Gabon n’est pas un pays très peuplé. Arriver à l’autosuffisance alimentaire n’est pas impossible. »
Pourtant, certains obstacles, tels que les coûts élevés, le manque d’infrastructures et l’insécurité foncière, continuent de freiner le développement du secteur. Ces défis doivent être levés pour que l’agriculture puisse pleinement jouer son rôle de moteur de diversification économique et de sécurité alimentaire.