tvplusafrique

Société

DU DÉFICIT À L’EXCELLENCE, COMMENT LE GABON VEUT DEVENIR UN MODÈLE ÉNERGÉTIQUE EN AFRIQUE CENTRALE

DU DÉFICIT À L’EXCELLENCE, COMMENT LE GABON VEUT DEVENIR UN MODÈLE ÉNERGÉTIQUE EN AFRIQUE CENTRALE
Gabon : transformation énergétique vers un modèle d’excellence en Afrique centrale

Le paradoxe énergétique gabonais a longtemps été criant. Un pays producteur de pétrole, doté d’un potentiel hydraulique considérable, mais confronté à des délestages chroniques. À Libreville comme à l’intérieur du pays, les coupures d’électricité ont durablement pesé sur l’économie et le quotidien des populations.


Jusqu’à ce jour, les autorités ont  mis  en place des délestages rotatifs pour « éviter un effondrement total du réseau », signe d’infrastructures vieillissantes et d’une gouvernance défaillante du secteur.  


Ce déficit structurel est désormais au cœur d’une transformation politique et économique assumée au sommet de l’État.


L’énergie, pilier numéro un du projet présidentiel


Depuis son arrivée au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de l’accès à l’électricité et à l’eau une priorité absolue. « L’accès à l’eau et à l’énergie constitue le pilier numéro 1 de mon projet de société », a-t-il martelé lors d’une réunion stratégique avec les acteurs du secteur. 


Dans son message à la Nation du 31 décembre 2025, il a également insisté sur l’urgence sociale que représentent ces services de base, rappelant qu’ils conditionnent la dignité et le développement économique du pays. 


Plus tôt, en campagne, il s’était engagé à investir massivement entre 2025 et 2027, affirmant que « l’accès à l’électricité n’est pas un privilège, mais un droit constitutionnel ». 


Une réforme structurelle autour de la SEEG


Au cœur de cette transformation, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) fait l’objet d’une refonte en profondeur. L’objectif est de restaurer ses capacités techniques et financières pour en faire un véritable levier de développement.


Selon le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, la coordination entre l’État, la SEEG et les partenaires techniques est désormais renforcée. Il souligne que le chef de l’État exige « un premier bilan d’étape » rapide afin d’accélérer les résultats. 


Cette approche marque une rupture avec les pratiques antérieures, souvent caractérisées par l’improvisation et le manque de suivi.


Des investissements massifs pour sortir du cycle des délestages


Le chantier est colossal. Selon les estimations relayées dans les médias gabonais, près de 2 000 milliards de FCFA seraient nécessaires pour moderniser et étendre les réseaux d’eau et d’électricité à l’échelle nationale. 


Face à cet enjeu, le Gabon multiplie les partenariats et les projets structurants. À Libreville, des dialogues de haut niveau ont récemment réuni bailleurs internationaux, investisseurs privés et autorités publiques pour mobiliser des financements.


Parmi les pistes privilégiées :




  • la construction de nouvelles centrales thermiques pour stabiliser le réseau à court terme ;




  • le développement accéléré de barrages hydroélectriques ;




  • la modernisation des réseaux de distribution, notamment dans le Grand Libreville.




L’innovation au cœur du nouveau modèle énergétique


Au-delà des infrastructures classiques, le Gabon explore des solutions innovantes, souvent mises en avant par la presse nationale.


Parmi ces innovations :




  • L’hydroélectricité intelligente : plusieurs projets visent à optimiser l’exploitation du potentiel du fleuve Ogooué, avec une planification plus durable et intégrée des barrages ;




  • Les solutions hybrides (thermique + solaire) pour alimenter les zones enclavées ;




  • La digitalisation du réseau : compteurs intelligents et systèmes de gestion en temps réel pour réduire les pertes techniques ;




  • Les partenariats énergétiques régionaux, comme l’importation temporaire d’électricité depuis la Guinée équatoriale pour sécuriser l’approvisionnement.




Ces initiatives traduisent une volonté de passer d’un modèle centralisé et fragile à un système plus résilient et diversifié.


Vers un accès universel : un objectif politique assumé


L’ambition affichée est d’atteindre l’accès universel à l’électricité et à l’eau potable pour les quelque deux millions de Gabonais.


Pour y parvenir, le gouvernement mise sur une approche territoriale, avec des projets spécifiques pour les zones rurales longtemps marginalisées. L’électrification hors réseau, notamment via des mini-centrales solaires, est appelée à jouer un rôle clé.


Dans cette dynamique, les autorités insistent sur la nécessité de résultats rapides. « Les attentes des populations sont pressantes », reconnaissent les responsables du secteur, conscients que la réussite de cette politique conditionne la crédibilité du pouvoir en place. 


Une ambition régionale : devenir un hub énergétique


Au-delà des enjeux nationaux, le Gabon affiche désormais une ambition continentale. L’objectif est de devenir un hub énergétique en Afrique centrale, capable non seulement de couvrir ses besoins, mais aussi d’exporter de l’électricité.


Cette stratégie s’appuie sur plusieurs atouts :




  • un potentiel hydraulique encore largement sous-exploité ;




  • une position géographique stratégique ;




  • une volonté politique affirmée d’attirer les investisseurs.




Des projets liés au gaz, notamment portés par des acteurs internationaux, visent également à renforcer cette position et à diversifier les sources d’énergie.


Un pari politique et économique


La transformation énergétique du Gabon est plus qu’un chantier technique : c’est un pari politique. Dans un pays où les coupures d’électricité ont longtemps symbolisé les limites de l’action publique, réussir ce virage serait un marqueur fort de gouvernance.


Le président Oligui Nguema le sait. L’énergie est à la fois un levier de croissance, un facteur de cohésion sociale et un test de crédibilité.


Si les défis restent immenses, financement, gouvernance, délais, la dynamique engagée marque une rupture nette avec le passé. Le Gabon tente désormais de passer d’un statut de pays en déficit énergétique à celui de modèle sous- régional.


Une ambition audacieuse. Mais, pour la première fois depuis longtemps, elle semble portée par une vision structurée et assumée.








Par Pamphil

Top Articles