GABONISATION DES MINES, LE PARI SOUVERAIN DU GOUVERNEMENT EN MARCHE
Depuis son accession au pouvoir en 2023, puis son élection en avril 2025 avec plus de 90,35 % des suffrages, le président Brice Clotaire Oligui Nguema s’est engagé dans une transformation profonde du modèle économique gabonais.
Au cœur de cette mutation, la gabonisation du secteur minier, longtemps dominé par des multinationales et orienté vers l’exportation brute des ressources. Dans un pays riche en manganèse, en fer et en or, mais encore dépendant du pétrole, le chef de l’État veut inverser la logique. Produire localement, transformer localement, et surtout capter davantage de valeur ajoutée pour les Gabonais.
Cette orientation s’inscrit dans un contexte où les autorités ambitionnent une croissance annuelle de 10 %, en misant sur la diversification économique.
Le manganèse, symbole d’un nouveau cap
Le cas du manganèse illustre parfaitement cette stratégie souverainiste. Le Gabon figure parmi les premiers producteurs mondiaux, avec une production de 6,8 millions de tonnes annoncée en 2025 par la Comilog.
Mais jusqu’ici, l’essentiel de cette richesse était exporté à l’état brut, limitant les retombées locales. Pour corriger cette anomalie, Libreville a pris une décision forte. Interdire l’exportation de manganèse non transformé à partir de 2029.
Un choix stratégique qui vise à :
développer une industrie locale de transformation ;
créer des emplois qualifiés ;
augmenter les recettes fiscales ;
renforcer la souveraineté économique.
Ce tournant rappelle les politiques industrielles adoptées par plusieurs pays africains, mais il marque surtout une rupture avec des décennies de dépendance extractive.
Transparence et réforme : les fondations du projet
La gabonisation ne se limite pas à la transformation industrielle. Elle passe aussi par une refonte de la gouvernance du secteur.
En décembre 2025, le président Oligui Nguema a exigé la publication intégrale des conventions minières signées entre 2010 et 2024, une mesure saluée par plusieurs observateurs.
L'objectif est de mettre fin à l’opacité, lutter contre les pratiques douteuses et restaurer la confiance des citoyens comme des investisseurs.
Cette volonté s’inscrit dans les recommandations du FMI et dans la dynamique de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), que le Gabon a réintégrée en 2021.
Parallèlement, les autorités ont lancé un audit des contrats miniers et engagé une réorganisation du secteur aurifère, avec l’ambition de bâtir une exploitation « moderne, équitable et bénéfique pour tous les Gabonais ».
Une stratégie économique globale
La réforme minière s’inscrit dans un projet qui consiste à faire du secteur extractif un pilier de la diversification économique.
Le nouveau ministre des Mines, nommé en janvier 2026, a ainsi été chargé de repositionner les mines comme un moteur central de croissance, en attirant des investissements tout en renforçant le contenu local.
Cette vision repose sur trois axes :
Industrialisation : développer des unités de transformation sur place ;
Partenariats équilibrés : renégocier les accords avec les majors ;
Montée en compétences : former une main-d’œuvre nationale qualifiée.
À terme, le Gabon veut rompre avec le modèle d’exportation de matières premières pour s’inscrire dans les chaînes de valeur mondiales.
Entre opportunités et défis
Si le pari est audacieux, il n’est pas sans risques.
D’abord, la transformation locale exige des investissements lourds en infrastructures. Energie, transport, logistique. Or, le pays fait encore face à des défis structurels, notamment dans le secteur énergétique.
Ensuite, la transition pourrait créer des tensions avec certains partenaires étrangers, habitués à un accès privilégié aux ressources. La renégociation des contrats et les nouvelles règles pourraient rebattre les cartes.
Enfin, la réussite dépendra de la capacité de l’État à maintenir un climat des affaires attractif tout en imposant ses nouvelles exigences souveraines.
Une attente forte des populations
Pour les Gabonais, l’enjeu est de voir enfin les richesses du sous-sol profiter au plus grand nombre.
Dans un pays de 2,4 millions d’habitants, marqué par des inégalités persistantes, la réforme minière est perçue comme un test majeur pour le pouvoir en place.
Emplois, infrastructures, redistribution. Les attentes sont immenses. Et le succès de la gabonisation des mines pourrait devenir le symbole d’un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens.
Un pari souverain aux implications continentales
Au-delà du Gabon, la stratégie de Brice Clotaire Oligui Nguema s’inscrit dans une tendance africaine. Reprendre le contrôle des ressources naturelles et rompre avec le modèle extractiviste hérité de la colonisation.
En misant sur la transformation locale, la transparence et la souveraineté économique, Libreville tente de tracer une nouvelle voie.
Le Gabon a annoncé qu’il exigera la transformation locale du manganèse d’ici 2029, interdisant l’exportation de minerai brut. Cette stratégie vise à capter davantage de valeur ajoutée, créer des emplois qualifiés et développer une industrie métallurgique nationale. Les compagnies minières devront investir dans des unités de transformation, sous peine de sanctions. Le pays ambitionne ainsi de devenir un hub industriel régional et de renforcer sa souveraineté économique.
La gabonisation des mines n’est plus un slogan. C’est désormais une politique en marche, scrutée de près, au Gabon comme sur l’ensemble du continent.