LA BATAILLE POUR LES 75 MILLIARDS
Un combat judiciaire qui entre dans une nouvelle phase.
Près de dix ans après l’éclatement du scandale BR SARL, les victimes refusent de tourner la page. Ce jeudi matin, des milliers d’épargnants, réunis sous la bannière du Congrès des Agents Publics et Privés de l’État (CAPP), se sont rendus au tribunal de commerce pour relancer officiellement la procédure. Avec un objectif de régulariser les aspects techniques du dossier afin de permettre enfin au juge de se prononcer sur le fond de l’affaire. Une étape cruciale après une décision rendue en février dernier, qui avait pointé des irrégularités de forme.
Selon l’avocats des victimes, les obstacles procéduraux ont désormais été levés. Des centaines de dossiers ont été déposés pour corriger les insuffisances relevées précédemment.
« Nous avons purgé toutes les questions de forme. Désormais, nous demandons au tribunal de statuer sur le fond », a expliqué l’avocat du collectif.
Cette fois, la stratégie a changé, chaque victime dépose une requête individuelle, après le rejet d’une action collective par le tribunal.
18 000 victimes et des banques mises en cause.
Elles seraient près de 18 000 personnes à attendre réparation, pour un préjudice estimé à 75 milliards de francs CFA. Ce chiffre colossal fait de l’affaire BR SARL l’un des plus grands scandales financiers récents dans le pays.
Les autorités du CAPP se veulent rassurantes : tous les dossiers seront progressivement déposés, entre aujourd’hui et les prochains jours.
Au cœur de cette nouvelle offensive judiciaire : la mise en cause des établissements bancaires.
Les avocats invoquent la responsabilité civile délictuelle, estimant que certaines banques auraient failli à leurs obligations réglementaires. Elles auraient notamment été informées d’activités jugées illicites, sans prendre les mesures nécessaires.
« Lorsqu’il y a faute, il y a responsabilité », soutient la défense, qui s’appuie sur les règlements de la CEMAC et de la COBAC pour étayer ses arguments.
Si cette responsabilité est reconnue, les banques pourraient être condamnées à verser des dommages et intérêts, en plus de rembourser les sommes perdues par les épargnants.
Un appel à la mobilisation générale.
Dans cette phase décisive, le CAPP lance un appel à toutes les victimes, y compris celles vivant à l’étranger, pour qu’elles transmettent rapidement leurs dossiers.
Une mobilisation jugée indispensable pour renforcer le poids de la procédure et maximiser les chances d’obtenir une décision favorable.
Malgré la longueur de la procédure, les responsables du dossier appellent les épargnants à rester calmes et confiants.
« Les arguments juridiques tiennent », assurent-ils, convaincus que cette nouvelle approche pourrait enfin permettre d’identifier les responsables et d’ouvrir la voie à des indemnisations.
Après une décennie d’attente, cette relance judiciaire ravive l’espoir d’un dénouement dans une affaire devenue emblématique.