L'AGRICULTURE GABONAISE PEUT-ELLE NOURRIR LE GABON ?
L'agriculture, secteur fondamental pour tout pays en quête de souveraineté alimentaire, constitue un levier incontournable pour nourrir la population gabonaise, mais aussi pour assurer son développement économique. Bien que le Gabon soit un pays à forte dépendance vis-à-vis des importations alimentaires, le potentiel agricole du pays reste immense. Si des politiques adéquates sont mises en place, l’agriculture gabonaise pourrait non seulement répondre aux besoins nationaux mais aussi générer des revenus pour l’ensemble du continent.
Le Gabon : un pays de richesses agraires sous-exploitées
Avec une superficie de plus de 267 000 km² et un climat équatorial, le Gabon bénéficie de conditions climatiques favorables à une grande diversité de cultures agricoles. En dépit de ce potentiel, l’agriculture gabonaise reste sous-développée. En 2020, le secteur agricole représentait environ 5,6% du PIB, contre 80% pour le secteur pétrolier. C’est un fait : la dépendance aux importations alimentaires est réelle. Le Gabon importe environ 70% de sa consommation alimentaire, un chiffre inquiétant dans un contexte de crise sanitaire et d’instabilité économique mondiale.
L’ironie réside dans le fait que le Gabon possède d’immenses terres arables qui ne demandent qu’à être cultivées. Le pays dispose de sols fertiles, particulièrement propices à des cultures variées, de la banane au manioc en passant par le riz, le cacao, le café et les fruits tropicaux. Le Gabon a tout pour devenir un acteur agricole majeur en Afrique centrale. Mais encore faut-il lever les obstacles structurels et opérationnels qui freinent son développement.
Des ressources humaines et naturelles sous-exploitées
La question du manque de main-d’œuvre formée dans le secteur agricole est primordiale. L’agriculture gabonaise souffre de l’absence de formations spécialisées et de mécanismes de soutien aux petits agriculteurs. Selon les chiffres de l’INSEE Gabon, 50% de la population rurale travaille dans l’agriculture de subsistance, souvent dans des conditions précaires et avec des rendements faibles. Pourtant, la demande en produits agricoles ne cesse de croître. Il est essentiel d'encourager l'industrialisation du secteur tout en mettant en place des programmes de formation adaptés pour que les jeunes soient attirés par le secteur.
D’autre part, le pays dispose de terres encore largement inexploitées. Le Gabon a une population de 2,3 millions d'habitants et près de 85% de son territoire est couvert de forêts. Des investissements dans l’irrigation, la mécanisation et la gestion des sols permettraient de libérer tout le potentiel agricole, surtout en dehors des zones forestières où l’agriculture pourrait prendre de l'ampleur.
Des initiatives prometteuses pour stimuler la production
Il existe toutefois des initiatives encourageantes. Le Plan Stratégique de Croissance et de Developpement du Gabon, mis en place par le gouvernement, vise notamment à promouvoir une agriculture durable et une meilleure organisation de la filière agricole. Ce plan prévoit l'augmentation de la production nationale, la valorisation des produits locaux et la diversification des cultures, tout en visant à réduire la dépendance alimentaire.
Les projets agricoles pilotes, comme ceux développés dans la province de l’Ogooué-Ivindo (notamment la culture du riz et de l’huile de palme), témoignent des efforts de diversification et d’exploitation des terres agricoles sous-utilisées. Le programme d’irrigation mis en œuvre dans certaines zones agricoles pourrait, à terme, changer la donne, permettant ainsi à des produits comme le riz local, encore insuffisamment cultivé, de gagner en compétitivité sur le marché intérieur.
Le marché gabonais : entre consommation importée et potentiel local
Aujourd'hui, l’agriculture gabonaise est largement dominée par les cultures de rente, telles que le cacao et le café, qui sont exportées, mais représentent peu dans l’alimentation de la population locale. Les fruits et légumes, par exemple, sont souvent importés, mais des initiatives de producteurs locaux ont vu le jour ces dernières années pour encourager la consommation de produits du terroir.
L’émergence de coopératives et de petits producteurs innovants dans les grandes villes gabonaises, comme Libreville, où l’on trouve des marchés de produits frais locaux, démontre qu’il existe un appétit pour les produits agricoles locaux. La crise sanitaire de 2020 a d’ailleurs révélé la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales, et le Gabon a pris conscience de la nécessité de renforcer sa sécurité alimentaire.
Une agriculture gabonaise à réinventer
Le Gabon a tous les atouts pour devenir un modèle d’agriculture durable et une référence dans la production alimentaire régionale. Mais pour y parvenir, il est impératif de revaloriser l’agriculture locale, d’investir massivement dans la formation, la mécanisation, et de promouvoir des politiques agricoles audacieuses. À moyen terme, le Gabon pourrait non seulement subvenir à ses propres besoins alimentaires mais également devenir un acteur majeur de l'exportation agricole en Afrique centrale. Mais pour cela, il faut passer de la parole à l’action, renforcer les partenariats public-privé et adopter une vision à long terme pour que l’agriculture devienne un pilier stratégique de son économie.